Edito

Un nouveau cadre pour un nouvel espoir pour la filière canne-sucre

J.B. / 11 mai 2017

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La filière canne-sucre se situe à moins de 5 mois d’une échéance redoutable : la fin des quotas sucriers. Jusqu’à présent, le sucre produit à La Réunion bénéficie d’un accès privilégié au marché européen, le plus solvable du monde. Notre île bénéficie en effet d’un quota de production qu’elle n’a jamais atteint et qu’elle ne pourra plus jamais approcher à cause de la fermeture de toutes les usines sauf deux, et de la diminution de la surface consacrée à la production de canne à sucre. En conséquence, si les industriels n’arrivent pas à vendre la totalité de leur sucre, l’Union européenne est obligée d’intervenir pour acheter le stock invendu à un prix fixe convenu à l’avance et supérieur au cours mondial. C’est à partir de cette mesure que toute la filière est organisée. Mais le 1er octobre, cette protection n’existera plus.

La suppression des quotas fait suite à la condamnation du régime sucrier par l’Organisation mondiale du commerce voici une quinzaine d’années. La Politique agricole commune avait prévu une baisse du prix garanti entre 2007 et 2013. Pour la PAC 2014-2020, les États européens, dont la France, ont voté en 2013 pour la suppression des quotas sucriers en 2017. Il a fallu attendre la fin de l’année dernière, soit plus de trois ans, pour que soit inscrit dans le budget de la France une mesure concrète pour faire face aux conséquences de cette décision. C’est une aide supplémentaire de 28 millions d’euros pour la campagne sucrière 2017. Si un accord de principe est donné pour le renouvellement de cette mesure, il s’avère qu’elle ne bénéficie pas d’une programmation pluri-annuelle. À chaque projet de loi de Finances, il faudra donc être vigilant et lutter pour que cette somme soit inscrite dans le budget.

La survie de la filière canne-sucre est une préoccupation de longue date pour les communistes à La Réunion. En 1955, Paul Vergès avait mené avec succès la bataille pour sauver l’usine de Quartier Français. Ce succès a été rendu possible par un accord entre le propriétaire de l’usine et les planteurs. Il avait entraîné des avancées pour les planteurs, avec notamment un raccourcissement du délai de paiement de la somme due par les usiniers aux planteurs. Ces derniers étaient en effet les propriétaires de la canne et bénéficiaient à ce titre de deux-tiers des revenus qui en étaient tirés, le tiers restant était encaissé par l’industriel, considéré alors comme un intermédiaire.

La réaction à ses progrès s’est faite par la signature par la Fédécanne de Jean-Paul Virapoullé des accords de 1969 avec les usiniers. Sous prétexte de modernisation des rapports dans la filière dans la perspective de l’intégration dans l’Europe, ces accords faisaient des planteurs des fournisseurs de matière première qui vendaient leurs cannes à un usinier selon un prix calculé en fonction de la richesse en sucre. L’industriel devenait alors le propriétaire de la canne et en tirait tous les bénéfices.

Les communistes se sont alors battus contre cette injustice. Ils ont créé la CGPER, outil de lutte au service des planteurs. La restructuration de la filière a entraîné la concentration de l’industrie dans deux usines, et la diminution drastique du nombre de livreurs de canne. Ils sont désormais moins de 4.000 alors qu’avant les accords de 1969, ils étaient 20.000 de plus.

C’est dans ces conditions que la filière doit faire face à sa mise en concurrence dans un marché mondial. C’est une des conséquences de l’intégration à l’Union européenne. Dans les discussions avec les pays tiers, c’est l’Union européenne qui discute au nom de la France. Des enjeux énormes sont en jeu. À l’échelle de l’Union européenne, le poids de la filière canne-sucre est très relatif, par rapport à des secteurs comme l’aéronautique ou l’industrie automobile.

À La Réunion, la filière canne-sucre est à l’origine de 18.000 emplois qui touchent 100.000 personnes. Les terres cultivées en canne représentent 25.000 hectares, soit la moitié de la superficie consacrée à l’agriculture. La canne à sucre est une plante qui permet de lutter contre l’érosion. Autant dire que sa disparition serait une catastrophe pour notre île.

Dans le cadre actuel, la filière canne-sucre est prisonnière d’engagements pris par l’Union européenne. Aucune solution n’est possible. Dans son programme, le PCR propose la responsabilité. Cela signifie qu’il revient aux Réunionnais d’être responsables des affaires qui les concernent dans un nouveau cadre. Cela peut ouvrir une nouvelle perspective pour défendre plus efficacement 18.000 emplois et un secteur essentiel pour l’économie et l’environnement.

J.B.


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