Edito

« Un territoire, un peuple, une assemblée ».

J.B. / 20 juin 2014

Dans la période contemporaine, la réforme institutionnelle des quatre plus vieilles colonies françaises est en question depuis un demi siècle. En 1946, les Députés des Antilles, Guyane et de La Réunion ont réclamé le statut départemental pour sortir de la colonisation. Et, au milieu des années 50, la demande a évolué vers une assemblée autonome adaptée aux conditions de développement socio-historiques de chaque entité.

Le constat était le suivant : l’intégration d’une économie sous développée dans une économie développée allait conduire à l’asphyxie de nos économies fragiles, et à l’accumulation d’un retard structurel. De surcroît, les conséquences de la croissance démographique de nos populations ne laissaient aucune échappatoire à la persistance des inégalités structurelles, et à la constitution de monopoles. Le pouvoir et ses représentants locaux ont usé de toutes sortes de manigance pour repousser l’inévitable échéance où tout le système sera bloqué si on reste en l’état.

Qu’à cela ne tienne, nous avons été gratifiés de 4 « régions mono-départementales » là où la raison commandait une seule assemblée sur un même territoire. C’était sans compter avec l’imagination fertile de ceux qui ont inventé le concept de « Congrès ». Pour La Réunion, cette modification était vécue comme un drame. Un amendement à la Constitution fut l’ultime invention pour empêcher la moindre évolution.

Cette fois-ci, le Conseil Général est menacé de disparition par le pouvoir. Logiquement, nous allons nous retrouver avec une seule assemblée. Après un demi-siècle, nous sommes revenus à la case départ, à l’époque où il n’y avait qu’une seule assemblée, le Conseil Général. Mais durant cette période, la situation sociale s’est terriblement détériorée au point où l’INSEE affirme que nous vivons désormais dans un « département socialement hors norme ».

Aux Antilles, nous assistons à un revirement de tendance. Par exemple, Victorin Lurel, se rallie à la revendication d’une assemblée unique, après l’avoir combattue quand il était encore ministre. Sophie Moula, dans « DOMactu », se moque de lui avec ce titre : Collectivité unique : « Victorin Lurel vire à gauche » ! Avec la Guyane, un front s’est constitué pour renforcer la revendication et obtenir des compétences élargies, notamment pour tenir compte de l’intégration naturelle géographique... pour sortir de l’intégration mécanique, artificielle.

Tout cela était déjà prévu dans le vote positif obtenu en 1982 à l’Assemblée Nationale. Mais, au moment de rédiger la loi, il fut fait référence à un mauvais article de la Constitution. Le texte fut retoqué par le Conseil Constitutionnel. Le gouvernement de gauche n’a plus voulu représenter le projet. 1982-2014, nous avons perdu 32 années qui ne seront jamais plus rattrapées. Par respect pour ceux qui souffrent de ces erreurs politiques, il est bon de rappeler notre revendication : le changement par l’autonomie.

J.B.


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