Edito

Visite de François Chérèque : il n’y aura pas de deuxième Sarda Garriga

J.B. / 25 octobre 2013

La visite de François Chérèque était annoncée depuis très longtemps. Attendu la fin du mois dernier, il arrive, en définitive, ce lundi. Rarement le déplacement d’un envoyé du gouvernement n’aura créé une telle attente. Il faut dire qu’il vient nous entretenir de la pauvreté et d’un plan pluriannuel.

Or, la pauvreté, à La Réunion, est une affaire permanente. La situation est connue. Les derniers chiffres placent notre île dans une situation d’extrême pauvreté. Les animateurs de l’Appel de l’Ermitage ont vu juste en posant le problème à partir du « reste à vivre » au lieu du montant numéraire. Pourquoi ?

À partir des revenus, sociaux ou salariaux, les Réunionnais payent les dépenses courantes : taxes, impôts, habitat, transport, etc. Pour un mois, de nombreuses familles ne disposent plus que 150 euros effectifs, soient 5 euros en moyenne journalière.

Vers le 20 du mois, elles n’ont plus rien à manger et s’adressent aux structures caritatives.

Cette situation atteint maintenant les familles qui travaillent mais perçoivent des revenus modestes. Elles reçoivent peu d’aide, doivent quasiment tout payer. Généralement, elles sont étranglées par des dettes et autres charges de la vie courante, en particulier la voiture.

Sur le plan statistique, les ayant droits de minimas sociaux et les travailleurs aux revenus modestes constituent largement la majorité de la population. La fin du RSTA et, bientôt, celle de la prime COSPAR, va amputer les bénéficiaires de près de 10% de leurs revenus. Pour un gouvernement dit « de gauche », cela fait tache.

L’autre piège du système actuel, c’est le pouvoir d’achat. Les prix sont plus élevés de 53% à La Réunion alors que les revenus sont les mêmes qu’en France. En parité de pouvoir d’achat, le consommateur réunionnais est donc très pénalisé. Pour leurs agents, l’État et les Collectivités compensent le manque à gagner à hauteur de 53%. Cela engendre la plus grosse inégalité du siècle et crée, de fait, un marché artificiel alimenté par des monopoles d’importation-distribution. Le système s’auto-alimente et s’auto-détruit lentement par la recherche de plus en plus de profits.

L’État ne veut pas remettre en cause ces honteuses discriminations car il est lié à eux par des alliances objectives de classe. Dès lors, les pauvres sont tenus en état de dépendance extrême. Certains pensent qu’un messie viendra de Paris pour les libérer de la pauvreté. M. Chérèque a déjà rappelé dans un journal les limites de son action. Ce qui veut dire qu’il n’y aura pas de deuxième Sarda Garriga. Qui s’en plaindrait ? Certainement pas les Réunionnais qui se battent pour le respect de leur dignité, tout en constatant que leurs compatriotes n’ont pas été capables de se rencontrer et de s’entendre sur un programme à soumettre à l’invité.

J.B.


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