Edito

Vous avez dit violence…

Témoignages.re / 19 septembre 2012

Au Port, un curé est frappé par une jeune femme et son compagnon. A la Montagne, un jeune se rue sur un policier avec une arme blanche. Il est stoppé par le tir d’un autre policier qui le blesse très grièvement. A Saint Louis, un motard de la gendarmerie est fauché par un scootériste qui refuse d’obtempérer à un contrôle de routine. A Saint-Denis, des jeunes s’en prennent à un bus et brisent les vitres à coups de galets.

C’est dans ce contexte que surviennent les coups qui ont été portés au journaliste du “Quotidien”. Les photos publiées dans les journaux se passent de commentaires sur la détermination des personnes qui lui enserrent à la tête, frappent, puis le jettent par terre. Le journaliste a juste voulu protéger la consoeur du JIR qui était déjà prise à partie, probablement par les mêmes. Cette dernière était visée pour un article dont elle n’était pas à l’origine.

Pourquoi de telles violences ?

Il y a manifestement une recrudescence de violences à caractères physiques. Aux cas cités ci-dessus, on ne compte plus le nombre de coups et blessures portés par des compagnons à leurs compagnes. Mais, les faits rapportés aux 2 premiers paragraphes sont surprenants : en effet, c’est rare qu’un curé, des policiers ou des journalistes se fassent attaquer. De plus, les journalistes présents répondaient à une invitation de couvrir une conférence de presse.

Les violences physiques ne sont pas les seuls types de violences.

Une grande partie de notre peuple souffre en silence face à la dure réalité du chômage, de la pénurie de logements et du manque de considération. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui ont des revenus dont le montant est compris entre 350 à 600 euros (les jeunes n’ont rien). Ils doivent boucler des milieux de mois extrêmement difficiles, puis payer des impôts, taxes et redevances ainsi que les dépenses de santé et de mutuelle. Cela dure depuis des années et concerne des dizaines de milliers d’individus. Cette forme de maltraitance devrait faire plus souvent la une de l’actualité, car il faudra bien pointer du doigt les responsables de ces violences.

Y a-t-il pire violence que celle que subissent ces personnes en souffrance permanentes en butte à des élu(e)s qui les utilisent pour se faire des indemnités sur leur dos ? Nous sommes au cœur d’un système bien huilé, brutal, qui décide de la vie ou la mort des autres. Voyez avec quelle délectation certain(e)s élu(e)s se vantent de pouvoir trier dans une masse de gens désespérés qui tendent la main pour obtenir un ti contrat de quelques mois ! On ne parle jamais du reste de la mandature où ceux-ci doivent se faire violence, en silence. Certain(e)s élu(e)s soignent la cruauté jusqu’au détail : exiger de la part des victimes un acte d’allégeance !

N’attendons pas pour parler de violence uniquement quand ça pète, c’est-à-dire quand l’insupportable est atteint. Les journalistes ne sont pas des agneaux. Ils doivent réfléchir sur la façon dont ils ont fabriqué des créatures médiatiques, qui n’ont aucune réponse sérieuse qui puissent remettre en cause les fondamentaux qui fabriquent de la violence dans notre société, dite démocratique où l’égalité est la règle, l’inégalité l’exception. Il y va de la cohésion de notre société.

J.B.

NDLR : un problème technique a empêché la parution de l’intégralité de l’édito hier, nous le publions donc aujourd’hui avec nos excuses à nos fidèles lecteurs.


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