Edito

Yves et le loup

Geoffroy Géraud-Legros / 1er juillet 2011

On n’est pas des naïfs ni, comme on dit ces temps-ci, des « bisounours ». On sait bien que l’exercice du pouvoir politique comporte une part de valorisation, de présentation de soi et de son travail qui pousse les majorités à voir le verre plutôt à moitié plein et les oppositions à en scruter la moitié vide. C’est la règle. Mais si l’on a beau jeu de renvoyer dos à dos tous les politiques pour leur tendance à se prévaloir de leur bilan et de leurs réalisations, il faut bien être beau joueur, et convenir que tout ne se vaut pas, que certains font plus et mieux que d’autres, et que certains, souvent parmi les plus prompts à faire la roue, ne font pas grand-chose ou ne font rien du tout.

Car que l’on soit de droite, de gauche, du centre ou d’ailleurs, on ne peut que reconnaître que pour le BTP, une route des Tamarins faite par Vergès vaut mieux qu’une rocade défaite par Robert. Que pour le logement social, Le Port et ses 70% de logements sociaux valent mieux que Le Tampon, commune dont les deux maires en exercice font payer à la population l’amende infligée pour n’en avoir pas même construit 20%. Que pour les transports, il valait mieux un chemin de fer prêt à démarrer que 2.000 bus qui n’ont ni endroit ni carburant pour rouler et dont on n’a pas vu la première jante en un an. Que pour la salubrité publique, il vaut mieux avoir des bacs jaunes que de devoir jeter ses déchets dans le chemin, comme c’était le cas dans le Saint-André de l’ère Virapoullé. De cette distinction entre bilans réels et virtuels, qu’il est difficile de méconnaître sans malhonnêteté intellectuelle, découle celle qui différencie la promotion politique, enjolivée ou non, de la pure et simple propagande — vieux nom de cette nouvelle discipline que l’on nomme la « com’ ».

Faire de la com’, ce n’est pas conquérir l’opinion par ce que l’on a fait ou l’allécher par ce que l’on envisage de faire. C’est se vanter de faire quand on ne fait pas, et dire que l’on fera ce que l’on n’a aucune intention de faire. L’UMP locale, digne représentante de sa maison-mère parisienne, excelle en la matière ; en un an, les Réunionnais ont assisté à un véritable festival. Ainsi, la Région parle développement durable, mais flingue géothermie et photovoltaïque. Elle dispose dans les bars et salles de concert des cartes postales représentant des cars qui n’existent pas. Leur promotrice, Fabienne Couapel-Sauret, nie fermement qu’il n’ait jamais été question de 2.000 bus, alors que tout le monde l’a entendu. Au passage, la dame, qui se dit « avocate », parle d’éthique, ce qui doit bien faire rigoler dans les barreaux de France et de Navarre. L’UMP paie cher dans la presse des dessins représentant des bus qui n’existent pas, des routes à 8 voies pour un projet qui en comporte 6, et s’enorgueillit de faire voyager les Réunionnais, alors qu’elle tape dans leurs impôts pour leur payer le billet… tout cela en vantant en boucle la direction éclairée de son grand leader, Didier Robert.

Lorsque les faits deviennent trop têtus, il reste à la propagande deux grosses ficelles. Celle, classique, de la tentative d’intimidation : c’est l’annonce de plainte contre Pierre Vergès bidonnée hier par ledit grand leader et son« avocate » de service. Celle, non moins traditionnelle, de la théorie du complot communiste, éculée, mais tenace. L’éditorialiste Yves Montrouge nous en a servi hier une belle tranche : annonçant une manifestation devant la Région pour le respect de la langue créole, il expliquait en substance dans le “JIR” qu’il s’agissait d’un énième coup des cocos. Bon, on a beau s’y attendre, c’est tout de même fatiguant, à la longue. Et il nous prend l’envie de dire à notre confrère que la chasse aux sorcières, c’est un peu daté. Que tout de même, il pourrait écouter un peu ce que les gens ont à dire, au lieu de crier au loup dès qu’il s’agit de culture ou de Créole… et qu’il devrait, aussi, revoir un peu ses dossiers, parce que pour s’imaginer Jean-François Sam-Long en communiste dans la bergerie, il faut tout de même être un peu à côté de la plaque.

G.G.-L.


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