Edito

Zoizo la kol

Geoffroy Géraud-Legros / 12 avril 2011

« Sa na poin vergogne », disaient en leur temps nos grands-parents, en parlant de ces personnes qui, loin d’avoir honte de leurs turpitudes ou de leurs échecs, les affichent et les déclarent très haut, jusqu’à en faire des emblèmes. C’est un commentaire de ce genre que leur aurait sans doute inspiré la lecture des propos tenus hier par l’ex-maire du Tampon, interrogé par le “JIR” sur le bilan d’une année passée au sommet de la pyramide inversée.

La route du Littoral ? Kas’ pa la tèt’, c’est pour — presque — tout de suite. Pas dans deux jours, prend tout de même la peine de préciser Didier Robert, mais, assure-t-il, cela va aller très, très vite : la DUP (sans “e”, pour « déclaration d’utilité publique »), c’est pour l’an prochain. Les travaux, pour 2013. Le reste, semble-t-il, ira tout seul. Aucune précision, en revanche, sur les moyens qui permettront de construire l’ouvrage imaginé par le président de la Région, qui vient en remplacement du projet déjà “calé” par ses prédécesseurs. Un éclairage qui aurait été utile, lorsque qu’on sait que le plan tiré sur le littoral par M. Robert et consorts prévoit un viaduc de six voies suspendu 20 mètres au-dessus des flots, qui incorporera une voie supplémentaire pour un train. De cet ouvrage comme qui dirait pharaonique, on peut prévoir sans trop s’avancer qu’il coûtera sensiblement plus cher que le projet initial acté au Protocole de Matignon, que Didier Robert se vante d’avoir « sauvé ». Problème : il n’a pas « sauvé » le mécanisme qui engageait l’État à assumer les surcoûts susceptibles d’intervenir en cours de réalisation.

Puisqu’on parle de réalisation, quid des 2.000 bus ? Allons, allons, 2.000, c’était « un chiffre théorique », sourit Didier Robert, qui aurait aussi bien pu parler de 5.000, de 10.000 ou de 50 bus... un détail mesquin qu’il balaie d’un geste, annonçant néanmoins que le Trans-Eco-Express aura bien lieu : c’est là, pour demain. Ah ? Tiens. Qu’est-ce donc alors que le Trans-Eco-Express puisqu’il ne s’agit plus des « 2.000 bus, en site propre desservant chaque ville, chaque village, chaque écart » ? Réponse : le Trans-Eco-Express, c’est « la création de voies réservées partout où cela est possible ». Très bien, et où en est-on ? Pas bien loin, répond à mots couverts le représentant de la Région. Il y a bien 44 sites « clairement identifiés » (mais est-ce un chiffre théorique ?). Il y a bien des appels d’offres qui vont s’ouvrir « bientôt ». Mais si ça n’avance pas plus que ça, se lamente M. Robert, c’est la faute du Conseil général. Si l’on comprend bien, l’interviewé en veut beaucoup à ce dernier, collectivité organisatrice des transports routiers, de ne pas obéir aux ordres qu’il lui donne, alors qu’il a lui-même supprimé sans discuter avec quiconque un projet de chemin de fer qui lui était bien de la compétence de l’institution qu’il dirige. En résumé, ce n’est pas moi, c’est l’autre : une ritournelle déjà entendue, que Didier Robert jouait encore dernièrement aux oreilles de Paulet Payet, pour l’accuser d’être l’artisan de la défaite de l’UMP au Tampon lors des dernières Cantonales. Des Cantonales dont, d’ailleurs, on n’a pas trop parlé dans cet entretien, qui se limite à un inventaire de mesures imaginaires, à l’engagement renouvelé auprès de l’État que la Région continuera à financer son désengagement avec l’argent des Réunionnais, et à une invitation répétée à croire que le changement va à toute vitesse. Bref, comme on disait jadis, M. Robert na poin vergogne, mé lu pran anou pou zoizo la kol.

G.G.-L.


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