Edito

Zorey cochon dann marmite poi

Geoffroy Géraud-Legros / 19 avril 2011

Il y a environ deux semaines, “Témoignages” publiait dans son éditorial une lettre ouverte au Président de la République. Est-il vrai, demandions-nous en substance au locataire de l’Élysée, que vous vous soyez laissé aller à qualifier les Réunionnais d’assistés en présence du premier ministre de l’Ile Maurice ? Est-il exact que, comme le rapporte ledit chef d’État, vous avez établi un parallèle désavantageux entre les habitants de La Réunion et les Mauriciens ?
Bien entendu, nous ne nous attendions pas à une réponse directe du Chef de l’État. Celui-ci est, on le sait, passablement occupé à faire la guerre en Afrique du Nord et en Côte d’Ivoire. Il n’a, reconnaissons-le, pas chômé : la semaine dernière, il inaugurait en Côte d’Ivoire, par forces armées interposées, une « démocratie » selon son goût. « Démocratie », dont le premier acte fut de procéder à l’arrestation arbitraire d’un chef d’État proclamé élu par le Conseil constitutionnel de son pays, de le battre et de le mettre au secret dans un lieu inconnu, sans assistance d’aucune sorte.

Nicolas Sarkozy se démène tout autant sur le front libyen, où il essaie de faire croire que le bombardement de populations civiles cadre parfaitement avec les résolutions de l’ONU, que les « insurgés » sont des démocrates qui veulent du bien au peuple tout entier… et que tout cela n’a rien, mais rien à voir, avec le pétrole dont regorge la zone qui échappe au gouvernement de Tripoli. Pas étonnant, donc, que notre petite missive soit passée inaperçue du grand chef de guerre : nous n’avons pas de pétrole, et lorsqu’il nous arrive d’avoir des idées, telles que l’autonomie énergétique, elles ne lui plaisent pas.

On pouvait légitimement penser, en revanche, que cette querelle, omniprésente dans les médias réunionnais éveillerait l’attention des amis locaux de M. Sarkozy. Et en particulier, du plus représentatif d’entre eux, Didier Robert, qui, en plus d’être président UMP de la Région Réunion, premier adjoint d’une commune UMP et ancien député UMP, est aussi membre du bureau national de ce parti, c’est-à-dire l’un des 30 acteurs politiques les plus proches du Président. Ajoutons à cela que M. Robert affiche, à tous les sens du terme, un goût certain pour les affaires mauriciennes, goût si prononcé d’ailleurs, qu’il leur donne le plus souvent possible, le pas sur les intérêts réunionnais.

Distingué membre du parti présidentiel, usager assidu des classes affaires d’Air Mauritius et des palaces de l’île sœur, il semblait donc le mieux placé pour confirmer, infirmer, ou le cas échéant, expliquer les propos que l’on prête à la voix de son maître. C’était compter sans le caractère hautement sélectif de sa com’. Prompt à s’exprimer lorsqu’il n’a en face de lui que des interlocuteurs à sa discrétion ou un plan de propagande bien ficelé, le président de la Région sombre dans le mutisme le plus profond lorsque surgissent des débats de sociétés embarrassants. Il n’y a pas si longtemps, plusieurs représentants de la vie sociale et associative réunionnaise lui demandaient les raisons de son vote en faveur de la « réforme » des retraites, sans qu’il veuille les entendre. Gageons que face à la présente réclamation, il fera, là encore, kom zorey kochon dann marmit poi.

GGL


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