Santé

30 tonnes de chrome 6 hautement cancérigènes rejetés dans la nature ?

Pour une gestion responsable des éthylotests usagés

Témoignages.re / 16 juillet 2012

Dans un communiqué, le collectif Robin des Bois alerte sur les conséquences de l’application depuis le 1er juillet dernier d’une nouvelle mesure de prévention routière : l’obligation d’avoir un éthylotest dans son véhicule. En effet, quand ce matériel est à usage unique, il contient une substance cancérigène, le chrome 6. Sur 30 millions d’éthylotests utilisés par an, cela signifie 30 tonnes de ce déchet hautement dangereux à retraiter sous peine de pollution. Voici le communiqué de Robin de Bois, avec des inter-titres de "Témoignages".

Robin des Bois demande au Ministère de l’Ecologie et à l’ADEME de créer dans les meilleurs délais une filière REP — Responsabilité Elargie des Producteurs — pour les éthylotests à usage unique. Le marché de ces accessoires peut être estimé à 30 millions par an. Chaque éthylotest à usage unique contient environ 1 gramme de chrome 6, substance classée Cancérogène, Mutagène et Reprotoxique (CMR). Le rejet des éthylotests usagés « dans des poubelles » ou « dans les collecteurs de déchets plastiques pouvant être recyclés », comme le préconise le fabricant français Contralco, serait une pratique dangereuse pour l’environnement et la santé publique. Incinérés, les déchets d’éthylotests chargeront en chrome les fumées et les mâchefers. Mis en décharge, les déchets d’éthylotests pollueront à terme les eaux superficielles et souterraines.

Toxiques pour la faune aquatique

A cause du manque de directive sur les modalités de gestion après usage, les éthylotests devenus des déchets se retrouveront en partie sur la voie publique ou au bord des routes et se joindront au cortège de macrodéchets qui encombrent et empoisonnent les rivières, les estuaires, le littoral et la mer. Les composés chromés sont toxiques pour la faune aquatique.
Selon l’article L541-10 du Code de l’Environnement, il peut être fait obligation aux producteurs, importateurs et metteurs sur le marché des produits générant des déchets de contribuer à leur élimination. La Responsabilité Elargie du Producteur oblige les parties prenantes à financer et à organiser une filière de regroupement, de collecte et d’élimination de leur produit en fin de vie, quand ils sont devenus des déchets. Le cahier des charges de chaque filière REP impose aux fabricants d’améliorer l’éco-conception de leurs produits. Cette clause est appropriée pour les producteurs d’éthylotests à usage unique qui emploient des réactifs chimiques toxiques.

De 622 kg à 30 tonnes ?

A défaut de filière spécialisée, les éthylotests pourraient être intégrés à la filière REP des Déchets Diffus Spécifiques. Les DDS conditionnés pour la vente au détail présentent un risque pour la santé et l’environnement en raison de leurs caractéristiques physico-chimiques. Le périmètre de cette filière multi-déchets comprend des déchets ménagers dangereux et des déchets ménagers non dangereux pouvant entraîner une détérioration notable de la qualité des milieux naturels ou une atteinte significative à la faune ou à la flore.
Les éthylotests et les autres tests de dépistage rentrent dans cette catégorie. Dans une certaine mesure, ils pourraient aussi rentrer dans la REP Déchets d’Activités de Soins à Risques Infectieux (DASRI).

A partir du 1er novembre, l’absence d’éthylotests dans les véhicules routiers et les tracteurs pourra être sanctionnée d’une amende de 11 euros par la police et la gendarmerie. Qui sanctionnera l’absence de dispositifs de collecte, de regroupement et d’élimination ? 30 millions d’éthylotests représentent 30 tonnes de chrome 6. A titre de comparaison, en 2010, le rejet dans l’eau de chrome 6 a été de 622 kg, selon le Registre français des Emissions Polluantes sur Internet (iREP).


Éthylotests : Arrêter ce crime écologique sans tarder !

Au mois de mai 2009, il y avait en France 37 millions 212.000 véhicules en circulation, dont 31 millions de voitures particulières. Nous sommes en juillet 2012 et le parc automobile augmente de plus de 1% chaque année.
Restons-en cependant aux données de mai 2009 : plus de 37 millions de véhicules.
Sachant que chaque véhicule doit en permanence être équipé de 2 éthylotests* jetables, que chaque éthylotest renferme 1 gramme de chrome VI hautement toxique, ce sont donc 60 tonnes de chrome qui vont ainsi être disséminées sur les routes de France continentale alors que, nous précise l’article, en 2010, 622 kg** de chrome VI (0,6 T) ont été déversés dans les cours d’eau, ce qui constitue déjà une catastrophe environnementale.
Pour la plupart de ces éthylotests, leur extrême fragilité aux températures élevées les rendra obsolètes en 6 mois. Ce sont donc 2 lots annuels d’éthylotests que les automobilistes devront acheter chaque année. Ce qui porte le total du chrome VI dispersé*** chaque année sur tout le territoire à 120 tonnes.
On nage en pleine folie furieuse.
On a connu la pollution au mercure des piles-bouton. Mais, cette fois-ci, c’est l’État qui préside à cet empoisonnement généralisé. Et notre participation à cette folie est obligatoire sous peine d’amende.
L’actuel gouvernement va-t-il mettre fin à cette stupidité aux conséquences désastreuses ou bien va-t-il consentir à cette très mauvaise action ? Madame Duflot, notamment, assumera-t-elle ses responsabilités en Conseil des ministres ?
Il faut arrêter ça tout de suite.

Aimé Habib

* — Pourquoi 2 éthylotests ? Si, à l’issue d’un repas de famille, une fête, une soirée en boîte, etc., je dois prendre le volant, je dois préalablement vérifier que je suis en état de conduire. J’utilise donc un éthylotest. Or, si je suis l’objet d’un contrôle routier, les gendarmes vont me demander de leur présenter un éthylotest neuf. Si je leur réponds : « je viens d’en utiliser un tout neuf en sortant de boîte », j’ai droit à une contravention.
** — À La Réunion, en 2010, il y avait 328.700 véhicules particuliers. Deux éthylotests par voiture signifierait une importation ANNUELLE de 656 kg de chrome VI. Quasiment toute l’actuelle pollution au chrome VI en France continentale.

*** — Chiffre minimum, car au sortir des boîtes de nuit ou autres lieux de festivités familiales ou de masse, si, chaque samedi, les automobilistes vérifient leur taux d’alcoolémie, on imagine l’étendue du désastre ! Qui peut croire, en effet, que TOUS les usagers vont se soucier du devenir de leur éthylotest usagé ? Les mégots et les filtres de cigarettes, par exemple, jonchent plages, sols, berges des cours d’eau, etc., et on voudrait nous faire croire qu’il n’en sera pas de même des éthylotests ? On rêve ou on regarde la réalité en face ?


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