Santé

Chikungunya en Guadeloupe et Martinique : le Bti pour sortir de la crise

Plus de 13000 cas en Martinique, plus de 3000 en Guadeloupe

Manuel Marchal / 15 avril 2014

8 ans après La Réunion, la Martinique, la Guadeloupe et Saint-Martin sont touchées par une épidémie de chikungunya. Les mêmes erreurs seront-elles commises en négligeant la lutte biologique au profit d’insecticides chimiques aux effets désastreux ? Le Bti sera-t-il utilisé massivement pour emporter la décision grâce à l’adhésion de la population ?

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En novembre 2005, avant que l’épidémie de chikungunya ne prenne un tournant dramatique, Témoignages appelait à privilégier la lutte biologique plutôt que l’épandage d’insecticides chimiques.

L’épidémie de chikungunya s’est installée aux Antilles. C’est le constat que notre confrère France Antilles dans son édition de samedi avec les chiffres suivants : 3.700 cas en Guadeloupe, 13.500 en Martinique. 6 morts depuis le début de l’année, dont 3 rien qu’à Saint-Martin. A ce jour, il n’existe pas de vaccin contre le chikungunya. Les médicaments contre le chikungunya ne peuvent que soulager les douleurs. Va-t-on vers une nouvelle catastrophe sanitaire, environnementale et économique ?

A partir de mars 2005, le chikungunya s’est installé à La Réunion. Avec l’arrivée de l’été, l’épidémie s’est déclenchée. Le résultat a été une catastrophe sanitaire, environnementale et économique.
Catastrophe sanitaire car environ 265.000 personnes ont été touchées, et plus de 200 décès ont été liés au chikungunya.

Le chikungunya fait fuir les touristes

Catastrophe environnementale parce qu’au départ, les autorités ont décidé de traiter l’épidémie par la pulvérisation d’insecticides chimiques peu sélectifs aux effets dévastateurs sur la faune et le flore.
Catastrophe économique car l’épidémie a tout d’abord fait exploser le nombre d’arrêt maladie, puis a entrainé un sévère ralentissement de l’économie. Le chikungunya a fait fuir les touristes, la confiance a pris un coup, les répercussions ont touché tous les secteurs. Les services de l’État ont dû mettre en place dans l’urgence un moratoire pour les dettes fiscales et sociales. Heureusement qu’à cette époque, Paul Vergès et l’Alliance dirigeaient la Région. Cela permettait à notre pays de pouvoir compter sur les grands chantiers. C’est ce qui a permis à notre île d’éviter la récession, et l’explosion du chômage.

Témephos et Fénitrothion : bonjour les dégâts !

Pourtant, dès 2005, des propositions étaient faites pour anticiper tout risque d’épidémie. Elles émanaient en particulier du Parti communiste réunionnais. Le but était de conscientiser la population en faisant d’elle un acteur responsable de la lutte contre le chikungunya. Mais ce discours n’était pas celui des autorités de l’époque. Compte tenu du risque de catastrophe, les autorités ont manifestement minimisé la situation en 2005. Première erreur.

Quand l’épidémie a commencé à flamber, la population n’était toujours pas au centre de la lutte. L’État a préféré faire venir des militaires et des tonnes d’insecticides chimiques manipulés par des personnels portant des masques à gaz : Témephos et Fénitrothion. Les dégâts étaient considérables, car le moustique aèdes albopictus n’était pas la seule victime de ce bombardement. Les abeilles ont particulièrement souffert de ce traitement de choc, et un photographe de « Témoignages » avait été pris à partie quand il a voulu rendre compte des effets nocifs sur des animaux domestiques. Cette méthode considérée de dernier recours par l’OMS était un échec, l’épidémie de chikungunya continuait de flamber.
Deuxième erreur.

Une solution : la population

C’en était trop, et c’est du Port et du Sénat qu’un coup d’arrêt a été donné à cette politique. Le maire du Port a refusé que les brigades chimiques interviennent sur la commune sans concertation. La Mairie a réussi à obtenir l’utilisation d’insecticides biologiques, et l’organisation d’une lutte impliquant la population : la lutte mécanique.

Au Sénat, Gélita Hoarau menait la bataille pour que la voix des Réunionnais soit entendue. Pendant des semaines, elle a mené le combat pour que le Bti soit utilisé. Larvicide biologique, le Bti peut être utilisé sans danger par la population. Sa diffusion massive permet alors à tous les habitants d’une région infectée d’être les fers de lance de la lutte contre le moustique vecteur du chikungunya. Au bout de quelques semaines, l’épidémie a commencé à reculer.

Et aux Antilles ?

En Martinique, plus de 13.000 personnes touchées, et plus de 3.000 en Guadeloupe. L’épidémie est donc clairement avérée. Dans une région déjà mutilée par l’utilisation massive du chlordécone, les entomologistes commettront-ils les mêmes erreurs qu’à La Réunion ?

L’expérience réunionnaise rappelle que sans l’appui massif de la population, aucune victoire rapide n’est possible. Face chikungunya, la lutte mécanique et le Bti sont les armes décisives pour emporter la décision.

 Manuel Marchal 


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