Santé

Éradiquer la poliomyélite dans 5 ans

Un plan stratégique de l’Organisation mondiale de la Santé

Témoignages.re / 7 mai 2013

Depuis son lancement en 1988 à l’occasion de l’Assemblée mondiale de la Santé, l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP) a permis de réduire l’incidence mondiale de la poliomyélite de plus de 99% et le nombre de pays d’endémie de 125 à 3. Sans cet effort mondial, plus de 10 millions de personnes qui marchent aujourd’hui seraient paralysées.


Au début de l’année 2013, la poliomyélite — une infection virale très contagieuse qui entraîne très rapidement une paralysie irréversible — n’était plus qu’un lointain souvenir dans la plupart des régions du monde. À la fin 2012, le nombre de cas de poliomyélite comme celui des pays touchés par la maladie n’avaient jamais été aussi faibles. Le moment est venu aujourd’hui d’éradiquer définitivement cette terrible maladie, pourtant évitable.

Le 26 mai 2012, l’Assemblée mondiale de la Santé a déclaré que l’achèvement de l’éradication de la poliomyélite constituait une « urgence programmatique pour la santé publique mondiale ». Prenant note de la réussite de l’Inde, qui a su utiliser les outils et les technologies disponibles, de la menace que la poursuite de la transmission du poliovirus dans les trois derniers pays d’endémie (Afghanistan, Nigeria et Pakistan) fait peser sur la communauté mondiale et, enfin, considérant les connaissances croissantes sur les poliovirus circulants dérivés de souches vaccinales (PVDVc), susceptibles de provoquer des flambées de poliomyélite paralytique, et l’augmentation du risque qui leur est associé, l’Assemblée mondiale de la Santé a prié le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé d’élaborer et de finaliser une stratégie globale pour la phase finale de la lutte antipoliomyélitique.

Le Plan stratégique 2013-2018 pour l’éradication de la poliomyélite et la phase finale (ci-après “le Plan”) a été élaboré pour profiter de cette nouvelle occasion de mettre un terme définitif à la poliomyélite. Il prévoit de s’atteler simultanément à l’éradication du poliovirus sauvage et à l’élimination du PVDVc, tout en utilisant les infrastructures de lutte antipoliomyélitique pour fournir d’autres services de santé en faveur des enfants les plus vulnérables au monde.

Progrès réalisés en 2012

Les progrès formidables accomplis au cours de l’année 2012 par le programme rendent désormais possible d’éradiquer définitivement la poliomyélite. Parmi les avancées les plus marquantes, citons le cas de l’Inde qui, en février 2012, a célébré une année complète sans aucun cas de paralysie d’enfant dû au poliovirus sauvage. L’Inde était sans doute le pays dans lequel l’élimination de la maladie soulevait les problèmes techniques les plus complexes. Sa réussite tient au fait que le programme a pu bénéficier à tous les enfants au cours de plusieurs interventions successives ; à l’utilisation d’un nouveau vaccin antipoliomyélitique oral bivalent (VPOb) ; à l’engagement et à la responsabilité indéfectibles des politiques ; à l’appui de la société et, enfin, à la mise à disposition des ressources nécessaires pour mener à bien les opérations.

À ce jour, ce pays est toujours exempt de poliomyélite. À la fin de l’année 2012, le nombre total de cas de poliomyélite dans le monde a chuté de 66% par rapport à l’année précédente, passant à 223. Parmi les quatre pays où la transmission du poliovirus sauvage a été rétablie par des importations (Angola, République démocratique du Congo et Soudan), trois n’ont pas enregistré un seul cas en 2012. Le quatrième pays, le Tchad, n’a déclaré aucun cas depuis juin 2012.

Pour lutter contre les poliovirus circulants dérivés de souches vaccinales (PVDVc), de nouvelles options de vaccination par VPI (vaccin antipoliomyélitique inactivé), d’un prix plus abordable, ont été mises au point. Avancée importante, le Groupe consultatif stratégique d’experts (SAGE) de la vaccination, l’autorité mondiale qui formule les orientations stratégiques en matière de vaccination, a recommandé en 2012 de retirer dès que possible la composante de type 2 du vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) de la vaccination systématique partout dans le monde, opération qui serait facilitée par l’introduction d’au moins une dose de VPI.

En septembre 2012, les chefs d’État et de gouvernement des pays d’endémie et des pays donateurs et le Secrétaire général des Nations unies ont déclaré que l’éradication de la poliomyélite était une priorité absolue. Cette déclaration a montré que l’engagement politique nécessaire était présent pour mettre en œuvre les plans d’action d’urgence nationaux et tirer parti des progrès réalisés jusque-là.

Les quatre principaux objectifs du Plan

1. Détection du poliovirus et interruption de sa transmission. Le premier objectif est l’interruption de la transmission de tous les poliovirus sauvages avant fin 2014 et l’élimination de toute nouvelle flambée due à un PVDVc dans les 120 jours qui suivent la confirmation du cas indicateur. L’accent est mis en premier lieu sur les trois pays d’endémie, les pays les plus exposés au risque d’importation en Afrique et ceux enregistrant une circulation persistante du PVDVc ou ayant été confrontés à l’émergence du PVDVc.

2. Renforcement de la vaccination et retrait du VPO. Cet objectif porte sur l’accélération de l’interruption de la transmission de tous les poliovirus et devrait contribuer à rendre plus rigoureux le système de délivrance d’autres vaccins salvateurs. Il concerne les 144 pays qui utilisent actuellement le VPO dans leurs programmes de vaccination systématique, l’Alliance GAVI et les partenaires des programmes de vaccination.

3. Confinement et certification. Les 194 États membres de l’Organisation mondiale de la Santé participeront à la réalisation de cet objectif qui consiste à certifier à l’horizon 2018 que toutes les régions du monde sont exemptes de poliomyélite et que tous les stocks de poliovirus sont confinés dans les conditions de sécurité exigées. Ces activités porteront notamment sur l’obtention d’un consensus international concernant les conditions impératives de confinement biologique à long terme des poliovirus en laboratoire.

- Planification de la reconversion. Cet objectif vise à faire en sorte que le monde reste définitivement exempt de poliomyélite et que l’investissement dans les opérations d’éradication soit bénéfique pour la santé publique dans les années à venir. Pour y parvenir, il s’agit notamment de rationaliser les fonctions à long terme d’éradication de la poliomyélite comme la vaccination par le VPI, le confinement et la surveillance, d’exploiter les enseignements tirés d’autres grandes initiatives de santé et de faire évoluer l’infrastructure de la lutte contre la maladie, selon les besoins.


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