Santé

L’égalité vaincra le VIH

Lancement du 13e colloque VIH océan Indien

Manuel Marchal / 9 octobre 2014

Depuis hier se tient à l’hôtel Le Recif à Saint-Gilles le 13e colloque VIH/hépatites Océan Indien. Organisée par l’association RIVE Océan Indien avec le soutien du COREVIH, de l’État et des collectivités, la manifestation accueille 300 personnes dont 150 venues des îles voisines. Jusqu’à vendredi, il sera notamment question de l’égalité des soins dans l’océan Indien. Un vaste chantier qui rappelle toute l’importance du co-développement.

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Chantal de Singly, directrice générale de l’Agence régionale de Santé océan Indien a déclaré hier matin ouvert le 13e colloque VIH/Hépatites Océan Indien. C’était au terme de la cérémonie d’ouverture. Environ 300 personnes participent à ce rassemblement, la moitié sont des délégations des pays voisins : Maurice, Madagascar, Seychelles, Comores, Mayotte.
Ce sont des personnes vivant avec le VIH, des personnels de santé, des chercheurs,
des spécialistes du VIH et des hépatites. Mitcy Larue, ministre de la Santé des Seychelles, est présente, ainsi que Jacques Martial Henry, vice-président du Conseil général de Mayotte. Sheila Tlou, directrice régionale d’ONUSIDA participe également aux débats. Elle va notamment présenter aujourd’hui la stratégie mise en œuvre pour que notre région soit libérée du VIH en 2030.

Travaillons ensemble

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Catherine Gaud (RIVE Océan Indien)

Catherine Gaud, présidente de RIVE Océan Indien, a lancé les débats avec un mot de bienvenue dans la langue de chacun des participants. Elle a salué les 300 participants. Elle a également donné des exemples concrets de coopération entre différents pays de notre région lorsqu’il s’agit de lutte contre le VIH. Ce sont notamment des patients qui viennent à La Réunion pour accéder à un traitement, une solidarité qui n’a pas de frontière. Le Docteur Gaud a rendu hommage à l’implication de toute l’équipe de l’association. En effet, si dans les autres pays c’est l’État qui se charge des aspects logistiques du colloque, cette responsabilité repose sur les épaules de RIVE à La Réunion.

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Nicolas Ritter (personnes vivant avec le VIH)

Nicolas Ritter s’est ensuite exprimé au nom des personnes vivant avec le VIH. Il a annoncé la création le 6 octobre de RAVANE océan Indien, né de la fusion de Ravane Océan Indien et de Femmes océan Indien positives. Ce réseau va accentuer la mobilisation pour l’accès au traitement et pour faire reculer les stigmatisations.
Jacques Martial Henry a exprimé la motivation d’augmenter les échanges entre Mayotte et La Réunion pour mutualiser les moyens. Le VIH existe à Mayotte, a-t-il dit, et « nous voulons travailler avec nos frères d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande Comore ».
Sheila Tloo est ensuite intervenue pour donner un aperçu de la stratégie d’ONUSIDA dans notre région. Elle souligne tout d’abord que des preuves montrent que la riposte mondiale donne des résultats. Le nombre des décès diminue. De 2,3 millions voici une dizaine d’années à 1,6 million de nos jours, avec dans le même temps une multiplication par 7 du nombre de patients ayant accès aux médicaments. L’épidémie est très diversifiée dans la région. Les hommes sont davantage concernés, 63 % des patients à Maurice, aux Seychelles 54 %, et à Madagascar 56 %.
1042 nouveaux cas à Maurice en 2013.

L’égalité au coeur de la bataille

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Sheila Tlou (ONUSIDA)

Avec des moyens raisonnables, il serait possible d’en finir avec l’épidémie bien avant 2030, dit-elle en substance. Or, les discriminations et les lois limitent les ripostes.
L’objectif de 0 infection en 2030 passe par le traitement en 2020 de 90% des personnes vivant avec le VIH. Plus personne ne doit mourir ou naître avec le VIH, souligne-t-elle, insistant sur les deux piliers de cette stratégie : le dépistage et le traitement.
« Les personnes atteintes doivent vivre dans la dignité », affirme Sheila Tloo avant de conclure : « yes we can ».
Chantal de Singly est revenue sur l’implication de la France dans la lutte contre le VIH. Son pays est le 2e contributeur au fonds mondial de lutte contre le VIH et le paludisme, à hauteur de 350 millions d’euros. Elle souligne qu’« en matière de santé, admettons qu’il n’y a a pas de frontière, et travaillons ensemble ». Car les épidémies ne connaissent pas les frontières, ce que montre notamment Ebola.

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Mitsy Larue (ministre de la Santé des Seychelles)

Pour sa part, Mitcy Larue a évoqué les avancées dans la lutte contre le VIH aux Seychelles. Il existe un Plan stratégique national VIH-SIDA et IST. Des projets visent à cibler les personnes vivant avec le VIH pour des traitements plus efficace. Enfin, les Seychellois bénéficient d’un Conseil national contre le SIDA avec son budget et ses infrastructures.
La cérémonie d’ouverture s’est poursuivie par deux témoignages de personnes vivant avec le VIH, par une chanson accompagnée par Joël Manglou, par la projection d’un film réalisé par une classe de lycée professionnel de Mayotte et enfin par une chanson d’un groupe de jeunes Réunionnais sur le thème de la lutte contre le VIH.

En finir avec une injustice

Plus de 35 millions de personnes vivent aujourd’hui avec le VIH dans le monde. Notre région n’est pas épargnée. Même si le taux de prévalence est plus faible que chez nos voisins d’Afrique australe, il est nécessaire de rester constamment vigilant. L’objet du colloque est cette année l’égalité dans l’accès aux soins. Sur 35 millions de personnes atteintes par le VIH, moins de 10 millions ont accès à un traitement. Ces médicaments permettent de faire baisser la charge virale et de permettre à la personne de vivre normalement.
L’inégalité d’accès au traitement est bien réelle dans notre région. A La Réunion, toute personne dépistée a droit à un traitement et à des bilans réguliers. Chacun peut donc envisager une vie normale. Ce n’est pas le cas à Madagascar. Se pose en effet le problème du coût et de la disponibilité des traitements.
Cette inégalité repose uniquement sur le lieu de naissance, comme l’a dit en substance Catherine Gaud.
Cette injustice rappelle bien que la lutte pour l’égalité entre les peuples est avec l’adaptation aux changements climatiques une cause essentielle de ce 21e siècle. C’est pourquoi la victoire contre le VIH passera par l’égalité dans l’accès au traitement.

Zot la di


Jacques Rolain (La Réunion)
Séropositif depuis 1995. Il a commencé sa thérapie en 1997. Il a donc l’espoir de vivre avec le VIH.
Les idées reçues ont la vie dure, dit-il.
En 15 ans, il a noté une simplification de la prise en charge. Les mentalités n’ont pas évolué au même rythme. Quand il informe de sa séropositivité, les réactions ne sont pas toujours à la hauteur de ses attentes : gêne, embarras, parfois rejet et dans tous les cas un inconfort.
Sa charge virale est indétectable. « Il est difficile de faire vivre l’idée que c’est une infection chronique compatible avec une vie normale. Le fait de taire n’est pas la solution. Ce n’est plus le VIH qui tue, mais trop souvent le regard de l’autre.
Il appelle à combattre les stigmatisations dans des îles où l’égalité des soins n’est pas forcément à l’ordre du jour.

Johnson Siringa (Madagascar).
Il est testé positif en 2005. L’idée de la mort le traverse. Après la rencontre avec le docteur, l’espoir est revenu. Il a commencé son traitement deux ans plus tard.
« Quelques années plus tard, les problèmes ont commencé. Le médicament est terminé, on a plus, le bilan on ne peut plus faire. Et je me suis dit : on va bientôt mourir du SIDA. La famille disait qu’il faut se cacher ».
« Je vis dans la capitale, que peuvent faire ceux qui vivent dans la périphérie ? »
« Aujourd’hui on dit personne ne peut mourir du SIDA. », conclut-il


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