Santé

La création d’emplois : le moyen durable de réduire le déficit de la Sécurité sociale

Le déremboursement des médicaments ne règle rien

Céline Tabou / 17 juillet 2010

Dès le deuxième semestre 2002, le gouvernement avait annoncé le déremboursement des médicaments jugés « inefficaces ». Dans le but affiché de réduire le déficit de la Sécurité sociale, le gouvernement décide de ne plus rembourser des médicaments, plus d’un millier depuis 2002. Cette restriction sur les dépenses n’a pas empêché le déficit d’être multiplié par six, car c’est dans la création d’emplois que se situe la solution durable pour combler ce déficit.

L’objectif économique du gouvernement n’a pas été atteint. En dépit du déremboursement de certains médicaments, le déficit de la Sécurité sociale s’est engouffré, pour atteindre aujourd’hui 27 milliards, contre 3,4 milliards d’euros, en 2002.

De plus en plus de médicaments non remboursés

Il y a huit ans, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) a estimé que 835 médicaments avaient un Service médical rendu (jugé sur l’efficacité, la sécurité d’emploi, l’importance dans les traitements, les indications, l’intérêt en termes de santé publique...) insuffisant et 840 un Service médical rendu modéré.
Depuis, le gouvernement a progressivement déremboursé les médicaments. En 2003, 84 spécialités déremboursées concernent les produits dont « l’utilisation n’est médicalement pas souhaitable ». En juillet 2004, les médicaments qui « peuvent relever d’un choix d’automédication » ne sont plus remboursés, et fin 2005, ce sont ceux qui sont jugés « peu efficaces, mais pour l’heure sans alternative thérapeutique ». 2006, la Haute autorité de santé (HAS) préconise au ministre de la Santé le déremboursement total par la Sécurité sociale de 89 médicaments jugés à « service médical rendu insuffisant », et un remboursement plus limité de 44 autres médicaments en fonction des pathologies.
Chaque année depuis 2002, des centaines de médicaments ne sont pas remboursés en totalité ou partiellement, pour des raisons économiques. 2010, les évènements sont les mêmes. Le déficit de la Sécurité sociale explose, avec des estimations à 28,3 milliards pour 2011, et les consommateurs paient le prix de la gestion de la Sécu par le ministère de la Santé.

Les patients paieront le déficit

Le gouvernement souhaite économiser 145 millions d’euros cette année. Le ministère de la Santé a donc annoncé la liste des produits dont le taux de remboursement par la Sécurité sociale va passer de 35% à 15%, comme le Tanakan d’Ipsen, un traitement des troubles de la mémoire chez les personnes âgées.
Ces médicaments (Hexomédine, Phosphalugel, Débridat, Myolastan, Equanil, par exemple) ne sont pas tous inactifs, ni sans intérêt, mais les pouvoirs publics estiment que c’est aux patients de prendre leurs responsabilités et de payer ces médicaments, s’ils le souhaitent.
En pleine réforme des retraites, le gouvernement fait de nouveau peser le poids du déficit sur les plus démunis (retraités, étudiants, chômeurs) et les salariés. D’après "Les Echos", les ménages paient 17,5% des dépenses de médicaments, nettement plus que pour les soins médicaux de ville (12,5%) ou l’hôpital (2,8%).

Le plein emploi comblerait le déficit

Malgré ces mesures de déremboursement total ou partiel, le déficit de la Sécurité sociale a explosé ces dernières années. La diminution du droit aux soins n’a pas résolu le problème, qui se trouve au niveau des recettes. En effet, la hausse du chômage fait moins cotiser de salariés à la Sécurité sociale, cela entraîne une diminution des recettes de la Sécu.
D’autant plus que depuis 2007, le gouvernement a supprimé 100.000 salariés dans la Fonction publique. Ces 100.000 salariés potentiels ne pourront pas cotiser, et le gouvernement risque de continuer à dérembourser totalement ou partiellement des médicaments pour combler le déficit de la Sécurité sociale. À partir de cette année, 100.000 autres emplois vont être supprimés, diminuant les cotisations des salariés.
La hausse du chômage et les suppressions d’emplois vont aggraver la situation, car moins de salariés pourront cotiser, et le déficit va se creuser. Ce sont les patients qui devront payer des médicaments, auparavant remboursés en totalité.

Céline Tabou



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  • Excellent article, le gouvernement a beau jeu de nous marteler des problèmes de dépenses pour justifier le démantèlement du service public et des protections collectives alors que nous avons un problème de recettes. Des salaires qui stagnent depuis 30 ans, un chômage de masse, une recrudescence des emplois atypiques, une mauvaise répartition des richesses, pire, des abus de langage qualifiant les cotisations sociales de "charges".
    Et voilà notre cher modèle de société basé sur la solidarité, fruit de nombreuses et longues batailles qui est mis à mal par le capitalisme. Les travailleurs sont exclus de la récolte de la richesse qu’ils créent.

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