Santé

"La priorité des priorités c’est l’humain"

Chikungunya : “Agir Pou Nout Tout” poursuit son action

Témoignages.re / 27 février 2006

Sous le regard de pierre de Mahé de Labourdonnais, face à la Préfecture, le collectif panonnais “Agir Pou Nout Tout” tenait samedi matin une conférence de presse pour diffuser les résultats d’un sondage réalisé auprès de 511 foyers réunionnais et apporter sa contribution en formulant une série de propositions. Il faut selon lui "agir tous ensemble", avec l’humain au cœur de toutes les priorités.

Gouvernement, collectivités, services de l’État, syndicats, associations, population : face à la gravité de l’épidémie qui continue sa progression, “Agir Pou Nout Tout” prône l’urgence et la mobilisation unitaire. Les malades plongés dans une détresse physique, morale et financière ont besoin d’un soutien sans faille. Pour sa part, le Collectif poursuit ses actions d’information dans les quartiers.

Répulsifs

“Agir Pou Nout Tout” profite de la venue du Premier ministre pour lui transmettre les conclusions de son sondage (voir encadré) mais aussi une série de propositions. S’agissant des répulsifs, il demande que leur distribution soit réglementée dans les pharmacies et que leur coût soit pris en charge par la Sécurité sociale et les Mutuelles. Il met de nouveau en avant l’idée d’activer un décret de réglementation qui fixerait le prix des produits anti-moustiques. Car bien que l’on parle de contrôle de la Direction des fraudes et de la concurrence, certains abus seraient encore pratiqués. Enfin, il estime nécessaire, pour assurer la pleine sécurité des élèves, qu’une distribution soit mise en place dans les établissements scolaires, accompagnée d’un contrôle médical.

"Pour un traitement durable"

"Pour une intervention plus efficace et appropriée", le Collectif souhaite que le Bti, larvicide biologique, soit mis à disposition de la population pour permettre sa pleine implication et l’emploi de méthodes plus respectueuses de notre environnement. Dans le même esprit, s’adressant cette fois au Rectorat, il prône la mise en place de cours d’instruction civique qui permettraient aux élèves d’agir sur les gîtes larvaires, dans le respect de l’environnement, avec la conscience de l’esprit de solidarité qui doit prévaloir dans cette lutte. Confronté quotidiennement à la souffrance de la population, le Collectif insiste sur l’effort de recherche pour un vaccin et des traitements anti-douleurs. Les malades doivent également bénéficier d’un suivi adapté, "pour un traitement durable". Enfin, il demande au gouvernement de retenir l’idée d’une enveloppe budgétaire exceptionnelle pour aider les familles touchées par la maladie et pallier les pertes de revenus pour assurer le pouvoir d’achat.

Merci aux médias

"Nous considérons que la priorité des priorités c’est l’humain", maintient Jean-Hugues Ratenon, président du Collectif, qui émet une ultime idée, en envisageant face aux cas de plus en plus graves, au manque de capacités des hôpitaux, "même si on nous dit le contraire", de transformer certains centres d’hébergements en lieux d’accueil médicalisés. “Agir Pou Nout Tout” a également sollicité le soutien des 2 opérateurs de téléphonies mobiles de l’île pour obtenir leur contribution dans une action de communication grand public par le biais de textos et de SMS. "Chacun a son rôle à jouer et la population doit prendre cette affaire en main", poursuit le président qui remercie le travail des journalistes que l’on accuse bien à tord d’être responsable de la mauvaise communication. "S’il n’y avait pas eu les médias pour nous informer de la gravité de la situation, pour engager des débats ici ou là, provoquer la réaction de l’État, les Réunionnais vivraient encore la maladie dans l’inconscience".

 Estéfani 


Sondage : Le vecteur moustique mis en doute

Bien que les méthodes de dénombrement des malades aient fait l’objet de réajustements, pour le président du Collectif, résultats de sondage en main, les chiffres officiels sont encore en-deçà de la réalité. Sur 2 jours, le bureau du Collectif a contacté 511 foyers réunionnais répartis sur toute l’île. 53% d’entre eux, soit 271 foyers, ont été touchés par le virus et 513 personnes sur 1.602 ont contracté la maladie. 79,14% d’entre elles ont consulté un médecin, soit 406 malades suivis médicalement. Enfin à la question : "Le moustique est-il selon vous le vecteur ?", 174 interrogés (34,05%) répondent par l’affirmative, 130 (25,40%) par la négative et 207 (40,51%) affirment en douter. Le Collectif conclut ainsi que le nombre de contaminés dépasse largement les chiffres officiels "complètement discrédités", que la population ne fait pas confiance à l’information qui lui est délivrée, que certaines déclarations contradictoires lui font craindre l’avenir. "Elle se sent abandonnée", confie le président du Collectif. Rapporté à l’échelle de l’ensemble de la population, “Agir Pou Nout Tout” estime ainsi que 240.000 personnes sont contaminées, que 48.000 ne se sont pas rendues chez le médecin et que 66% des personnes interrogées remettent en cause le vecteur annoncé de la maladie. Et de conclure : "Fort de ce constat, il est vital d’agir autrement, d’autant que d’autres virus risquent d’apparaître sur le sol de La Réunion".


Kanalreunion.com