Santé

Le dépistage du VIH doit être banalisé

Journée mondiale de lutte contre le Sida

Témoignages.re / 2 décembre 2013

Hier, le monde célébrait la Journée mondiale de lutte contre le Sida. Notre île n’est pas à l’écart de l’épidémie. Pour le Dr. Catherine Gaud, responsable du service d’immunologie au CHU Félix Guyon et présidente de l’association RIVE, le dépistage du VIH doit être banalisé, comme l’est aujourd’hui celui du cancer du sein, ou du côlon.

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Dr. Catherine Gaud : « Le dépistage du VIH change le pronostic vital. De plus, une personne séropositive qui suit un traitement diminue de 92 à 96% le risque qu’elle puisse transmettre le virus ».

Quelle est la situation de l’épidémie de VIH à La Réunion ?

— En 2013, 820 patients étaient suivis dans la file active, pour un total de 850 personnes contaminées connues. Les deux tiers sont suivies à Saint-Denis, l’autre tiers à Saint-Pierre. Mais 200 personnes sont atteintes sans le savoir.

Nous avons chaque année entre 30 et 40 nouveaux patients. Malheureusement, un quart vient trop tardivement, ce qui peut coûter la vie.

70% des patients sont hétérosexuels, mais on note une recrudescence des contaminations chez les bisexuels.

Cette année, 3 nouveaux patients sont des enfants. Ils ne sont pas nés à La Réunion, un vient de Mayotte et les deux autres de Madagascar.

Notre patient le plus âgé a 86 ans, et suit un traitement depuis 15 ans.

La Réunion est assez peu touchée. 95% des patients ont atteint leur but : avoir une charge virale indétectable.

Ce qui est important, c’est d’insister sur le dépistage, tout le monde devrait le faire au moins une fois dans sa vie. Le dépistage du VIH doit être banalisé. Il doit être un acte aussi banal que le dépistage du cancer du sein, ou du cancer du côlon. Le dépistage du VIH change le pronostic vital. De plus, une personne séropositive qui suit un traitement diminue de 92 à 96% le risque qu’elle puisse transmettre le virus.

Sur ce point, les mentalités évoluent, car lors du Testing Day de mercredi à Saint-Denis, 350 personnes sont venues se faire dépister en une seule journée.

Si tout le monde était dépisté et traité, l’épidémie pourrait disparaître en 2030, selon les modèles mathématiques.

Un autre point à souligner, c’est la présence dans les urgences de tous les hôpitaux d’un traitement post-exposition. Si une personne estime avoir eu des relations sexuelles à risque, elle peut prendre un traitement qui diminue de plus de 60% le risque de contamination. Cette trithérapie doit avoir lieu dans les 24 heures, mais le mieux est dans les 4 heures suivant le risque d’exposition au virus. C’est un traitement qui agit avant que le virus n’ait eu le temps de se répandre dans tout le corps.

Et dans la région ?

— À Maurice, 1,05% des habitants sont séropositifs. C’est un niveau inquiétant, car au-delà de 1%, l’OMS estime qu’il y a risque de flambée de l’épidémie. Néanmoins, un pic a déjà été atteint, et les pouvoirs publics ont des politiques de réduction de risque, comme les échanges de seringues et l’usage de la méthadone pour traiter la dépendance aux drogues. Car il y a 10.000 usagers de drogue intraveineuse à Maurice.

Là bas, il est possible d’avoir accès au traitement, mais les patients subissent la quadruple peine de la misère sociale : usages de drogue, VIH, hépatite C et discrimination.

À Rodrigues, une cinquantaine de personnes sont suivies.

À Madagascar, 800 patients sont dans la file active. Ce nombre bas s’explique par les difficultés à dépister. Les services de santé estiment que 1,5% des séropositifs sont dépistés. Ce qui veut dire que l’épidémie doit être importante.

Aux Seychelles, le nombre de personnes suivies est de 400, homosexuels, hétérosexuels et usagers de drogue.

Dans la Grande Comores, les patients suivis bénéficient tous d’un traitement efficace. À Mohéli et à Anjouan, c’est plus difficile.

Qu’est-ce qui pose le plus problème ?

— Le problème principal est la discrimination. Dans un pays riche, les traitements permettent d’avoir une espérance de vie normale. Les patients sont très peu à en parler : 34 à Maurice, 1 aux Seychelles, 2 à Madagascar…

Les gens sont discriminés ou s’auto-discriminent. C’est une maladie où les gens se sentent coupables, cela reste très douloureux.

C’est ce que l’on doit combattre.

La réponse politique est également très importante. En Afrique de l’Ouest, 13 pays sur 15 ont vu le nombre des infections baisser. Par contre, dans les pays de l’Est et en Russie, l’épidémie flambe.

En fonction de la réponse politique, il est possible d’inverser la courbe épidémiologique.

ONUSIDA met l’accent sur "Zéro contamination, zéro décès, zéro discrimination", qu’en pensez-vous ?

— On est très loin. 33 millions de personnes sont contaminées dans le monde. Le but de l’ONUSIDA est que 15 millions de personnes soient traitées en 2015, et plus de 2,5 millions de personnes meurent chaque année, alors que l’on était à 3 millions il y a quelques années. On a fait de réels progrès. Mais il y a encore une injustice très profonde vis-à-vis des personnes séropositives vivant dans les pays pauvres. Là bas, un traitement, c’est 20 euros par mois.

Catherine Gaud va recevoir la Légion d’honneur

Demain, le Dr. Catherine Gaud recevra la Légion d’honneur en hommage à ses actions dans la lutte contre le VIH/Sida.


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