Santé

Le peuple réunionnais a-t-il le droit et le pouvoir de décision pour s’attaquer aux causes fondamentales des cancers ?

Face aux carences des plans gouvernementaux anticancéreux

Témoignages.re / 7 février 2014

Les médias ont beaucoup parlé ces derniers jours de la présentation par le président de la République de son « plan cancer » pour les 4 ans à venir et de la visite de la ministre des Affaires sociales et de la santé à La Réunion hier et aujourd’hui. Ce que l’on constate, c’est que malgré telle ou telle annonce officielle afin de prévenir et de guérir cette maladie souvent mortelle, les problèmes fondamentaux ne sont pas abordés à ce sujet et tout est fait pour les masquer. Il s’agit à la fois de la lutte contre les principales causes des cancers, liées notamment à notre environnement et à notre consommation, mais aussi du pouvoir de décision dont est privé le peuple réunionnais pour s’attaquer à ces problèmes essentiels.

Le président François Hollande vient de présenter le troisième plan cancer 2014-2018 au cours des « Rencontres de l’Institut national du cancer ». L’objectif est de lutter contre la première cause de décès en France, avec près de 150.000 morts par an. Pour Michèle Rivasi, députée européenne EELV, « face à l’explosion des cancers hormonodépendants, il faut accentuer la prévention environnementale et cesser de nier le lien entre cancers et pollutions (chimique, atmosphérique, exposition des travailleurs, amiante etc) ».

« Il est urgent, ajoute l’élue, que les responsables politiques européens, que ce soit au niveau de la Commission européenne ou des États membres, fassent montre d’une véritable ambition en matière de prévention des maladies liées aux comportements et à l’environnement. Et ce, quelles que soient les pressions exercées par des lobbies puissants comme les industries du tabac, de l’alcool, de la téléphonie mobile (ondes électromagnétiques), ou encore les industries chimiques et singulièrement celle de l’agro-alimentaire (pesticides) et des emballages (perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A). C’est pourquoi nous venons d’interpeller le Premier ministre sur les avancées de la Stratégie nationale perturbateurs endocriniens, qui est devrait être au cœur du plan cancer ».

Pour conclure, l’eurodéputée estime que la recherche sur les causes des cancers doit être encouragée, de même que l’application du principe de précaution face à la dissémination substances toxiques dans l’environnement. « La santé de nos concitoyens ne doit jamais être sacrifiée sur l’autel des profits des grands groupes internationaux. Elle devrait être la ligne rouge des représentants européens lors des négociations du Traité transatlantique de libre-échange (TTIP) en cours », dénoncé par le député réunionnais au Parlement européen, Younous Omarjee. Et quel est le pouvoir de décision du peuple réunionnais à ce sujet ?

La pollution de l’air

Ces considérations sont d’autant plus importantes que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé, le 17 octobre dernier, la pollution de l’air extérieur, sur l’ensemble de la planète, comme cancérigène avéré. Après une revue de littérature sur l’état de santé de millions d’humains sur trois continents, les experts ont conclu qu’il y a « suffisamment de preuves que l’exposition à la pollution de l’air extérieur provoque le cancer des poumons et favorise le cancer de la vessie ». Les particules fines — l’un des principaux composants de l’air extérieur — ont été évaluées séparément et sont aussi classées cancérigènes pour les humains, tout comme le diesel en juin 2012. « Bien que la composition de la pollution de l’air et les niveaux d’exposition puissent varier puissamment d’un endroit à l’autre, les conclusions du groupe de travail concernent toutes les régions du globe », indique le CIRC.

« Classer la pollution de l’air extérieur comme cancérigène pour les humains est une étape importante », a commenté Christopher Wild, médecin et directeur du CIRC. « Il existe des solutions concrètes pour réduire la pollution de l’air, et au vu de l’ampleur de l’exposition mondiale, ce rapport devrait envoyer un signal fort à la communauté internationale pour qu’elle agisse sans délai ». Il y a donc une contradiction entre les déclarations de l’Etat en France et ses actes à La Réunion. Comment expliquer le soutien à la Région pour renforcer la dépendance au pétrole et au tout automobile en préférant une route en mer à six voies à un tram-train électrique ? Davantage de voitures, cela fera encore plus de pollution et donc de cancers.

Mélange cancérigène

Les conséquences délétères de la pollution de l’air sur les pathologies respiratoires et cardiaques sont également bien connues. Mais c’est l’intensité et la fréquence des épisodes de pollution qui ont évolué ces dernières années, notamment dans les pays industrialisés et densément peuplés. Les données les plus récentes, selon le CIRC, font état du décès de 223.000 personnes, à travers le monde, du seul cancer des poumons, à cause de la pollution de l’air.

« L’air que nous respirons est désormais pollué par un mélange de substances qui causent le cancer », explique Kurt Straif, médecin qui dirige le département du CIRC chargé d’identifier les facteurs environnementaux susceptibles d’accroître le risque de cancer chez l’homme. « Nous savons maintenant que la pollution de l’air extérieur n’est pas seulement un risque majeur pour la santé en général, mais aussi une des causes environnementales principales des décès par cancer ».

Ce classement fait écho à la publication par l’Agence européenne de l’environnement qui met en évidence que 90% des urbains sont exposés régulièrement à des seuils de particules fines (PM 2,5) supérieurs aux recommandation de l’OMS (10 microgrammes par mètre cube d’air) et que 98% d’entre eux ont été exposés en 2011 à des concentrations d’ozone mesurées à des niveaux supérieurs aux seuils de recommandation de l’OMS.

Le Commissariat général au développement durable (CGDD) a publié, en octobre, deux rapports qui analysent le coût de la pollution de l’air en général et des particules PM 2,5 en particulier pour le système de soins français (consultations, soins, médicaments, hospitalisations, indemnités journalières). La pollution atmosphérique coûte entre 0,8 et 1,7 milliard d’euros par an au profit des colonialistes.

Pesticides

Enfin, concernant les effets sur la santé, le rapport de l’INSERM confirme des « présomptions fortes ou moyennes » de lien entre l’exposition à des pesticides et des maladies comme le lymphome non Hodgkinien, le cancer de la prostate, les myélomes multiples, des leucémies, les maladies de Parkinson et d’Alzheimer, sur divers troubles cognitifs ; ainsi que des impacts sur la fertilité et la fécondabilité.

L’association Générations futures a salué ce rapport « qui vient confirmer (…) l’existence de multiples études scientifiques montrant des présomptions réelles de lien entre l’exposition aux pesticides et de nombreuses pathologies graves ». C’est pourquoi elle demande que le gouvernement légifère « pour qu’à terme les collectivités publiques n’utilisent plus ces produits et que ceux-ci ne soient plus vendus aux utilisateurs ». Qu’en est-il à La Réunion ?


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