Santé

Nelson Técher : « Les situations financière et sociale de l’hôpital deviennent inquiétantes »

Groupe hospitalier Est Réunion

Céline Tabou / 6 octobre 2012

Le délégué de Force Ouvrière au sein du Groupe hospitalier Est Réunion de Saint-Benoît a révélé les difficultés économique et sociale de la nouvelle structure. Nouveau bâtiment, nouvelles mesures d’hygiène et de sécurité, le GHER est devenu un hôpital de « qualité ».

Quelle est la situation financière du GEHR ?

— L’hôpital est vraiment malade. Nous avons un déficit prévisionnel pour l’année 2012 de 6,8 millions d’euros dans l’EPDR (État prévisionnel des Dépenses et Recettes). Le déficit est un constat, le problème est que ce déficit vient de la fusion de l’hôpital et de la clinique de Saint-Benoit en 2010 qui a entrainé un surcoût par l’intégration du personnel du privé, devenu public. L’ARS devait pallier ce surcoût à 100% en finançant l’arrivée de ce nouveau personnel. Mais dès à présent, le surcoût n’a pas été comblé, comme convenu avec l’ARS.

Auparavant, l’hôpital avait un fonctionnement budgétaire comme toutes collectivités, mais aujourd’hui, le GHER vit à la tarification à l’activité, c’est-à-dire que l’hôpital est géré comme une industrie, ce qui n’est pas normal. Les patients ne sont pas des clients. La tarification à l’activité impose un rendement maximum.

Quelle est la situation sociale du GEHR ?

— Nous avons un nouvel établissement, en règle avec les normes d’hygiène, nous avons embauché des chirurgiens, notamment un professeur. Mais le service Chirurgie par exemple a un taux d’occupation de 52%, ainsi qu’un taux de fuite des patients de l’Est vers d’autres points de l’île de 58%. Nous avons aujourd’hui des services de qualité, nous demandons aux médecins généralistes de la région Est d’envoyer leurs patients dans notre structure, car on ne peut pas continuer ainsi.

En juillet, le déficit était de 2,8 millions d’euros, l’administration voulait licencier, elle parlait de « fin de contrat ». Pour éviter ces licenciements, nous avons négocié et sommes parvenus à redéployer le personnel en ouvrant notamment un service Diabétologie. Mais avec les difficultés actuelles, les contractuels sont inquiets, car la menace pèse sur leurs emplois. Si l’ARS ne finance pas le surcoût lié à l’emménagement et au surcoût de personnel, nous allons entrer dans une période grave.

Quelles sont les perspectives pour les hôpitaux ?

— Nous attendons également la promesse du gouvernement de revenir sur la loi Hôpital, patients, santé et territoires qui a mis en difficulté près de 90% des établissements publics hospitaliers du pays. Cette loi est une attaque directe contre l’hôpital public, condamnant l’accès au soin et conduisant aux restructurations, à la fermeture de services et à la privatisation. L’hôpital est devenu une entreprise, et le patient, un client, nous ne pouvons concevoir la santé ainsi.

Propos recueillis par Céline Tabou


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