Santé

Pas d’épidémie, mais les autorités se préparent

Dengue à La Réunion

Témoignages.re / 28 avril 2010

Alors qu’une épidémie de dengue fait rage aux Comores, La Réunion est pour l’instant épargnée par cette maladie. Mais pas question pour les autorités de l’Agence régionale de santé (ARS) de baisser la garde. Le docteur André Cabié, chef du service des maladies infectieuses et tropicales au Centre hospitalier de Fort-de-France (Martinique) et spécialiste de la dengue, est actuellement sur l’île afin d’échanger avec les médecins libéraux et hospitaliers de La Réunion et de Mayotte sur les moyens de lutter contre une éventuelle épidémie et de limiter les risques de forme grave de cette maladie.

« Toutes les conditions sont réunies pour que le virus de la dengue puisse se développer et s’installer à La Réunion », lance André Cabié. Le message est clair. Même si on ne recense actuellement que deux cas de dengue importés de Mayotte, il est possible qu’une épidémie se déclare sur l’île. Ce constat établi, l’Agence de régionale de santé s’organise. « Nous sommes dans une politique d’anticipation », explique Chantal de Singly, directrice générale de l’ARS.

C’est pour cette raison que le docteur André Cabié est venu partager sa connaissance sur la maladie avec les médecins locaux. En effet, les Antilles ont déjà connu 4 épisodes importants d’épidémie de dengue depuis 1997. « Nous avons pu développer nos moyens de lutte contre cette maladie au fil des années », souligne le médecin spécialiste. « Il ne s’agit pas d’apprendre aux médecins de la zone comment ils doivent faire, mais d’échanger sur nos expériences respectives », tient à signaler le docteur André Cabié.

La dengue est une maladie transmise par le moustique, notamment l’Aedes albopictus qui est également vecteur du chikungunya. II existe 4 virus responsables de la dengue. « Lorsqu’on est touché par un des virus, on est immunisé à vie contre celui-ci », précise le chef de service des maladies infectieuses et tropicales. Une personne peut donc attraper la dengue 4 fois au maximum dans sa vie. « Contracter une deuxième fois la dengue peut provoquer une forme sévère de la maladie », ajoute-t-il.

André Cabié estime que 10% des malades développent cette forme sévère appelée « dengue hémorragique ». « C’est dû à un mauvais fonctionnement des vaisseaux sanguins. Il y a un état de choc qui peut évoluer vers un décès », indique le médecin.

Pour éviter cette situation, « il faut optimiser le traitement des patients ». D’abord, « il faut se reposer et ne pas prendre d’Aspirine ou d’anti-inflammatoire », insiste-t-il. Seul médicament susceptible de soulager la douleur, le Paracétamol. Mais « en cas de surdosage, il y a des risques d’atteinte grave du foie », prévient-il. Si les symptômes s’aggravent, le spécialiste préconise l’hydratation, soit en buvant de l’eau, soit en ayant recours à des perfusions.

André Cabié rappelle qu’« il n’y a pas de vaccin contre la dengue de disponible actuellement ». « C’est compliqué parce qu’il faut qu’il marche sur les 4 virus », explique-t-il. La commercialisation d’un vaccin est possible dans quelques années, estime-t-il toutefois. En effet, le laboratoire Sanofi Pasteur teste actuellement un produit. Si les tests s’avèrent concluants, il pourrait être mis en vente « d’ici 2015 ».

Le traitement de la maladie est une chose. Mais ce n’est pas la solution, pour le médecin spécialiste. « Le meilleur moyen de lutter contre la dengue, c’est de combattre le vecteur de la maladie », à savoir le moustique. Pour ce faire, il faut éliminer les eaux stagnantes dans son environnement (vider les soucoupes, vérifier l’écoulement des gouttières, respecter les jours de collecte des déchets…), se protéger contre les piqûres de moustiques (diffuseurs, répulsifs, vêtements couvrants…). Des gestes déjà connus des Réunionnais puisqu’ils sont conseillés dans le cadre de la lutte contre le chikungunya.

Imaz Press Réunion


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