Santé

Plus de 40000 cas de chikungunya aux Antilles

Saint-Martin, Martinique et Guadeloupe îles les plus touchées

Manuel Marchal / 21 mai 2014

L’épidémie de virus chikungunya continue de progresser à la Martinique et en Guadeloupe. La crise sanitaire n’est pas une catastrophe pour le moment, et elle n’a pas d’importantes répercussions sur l’économie. La vigilance reste de mise, car si l’épidémie atteignait en Martinique la même intensité qu’à La Réunion en 2006, tout le système sanitaire serait débordé et des renforts venus d’ailleurs seraient nécessaires.

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Voici la carte de l’épidémie en Guadeloupe. Le chikungunya progresse partout.

Le dernier point épidémiologique fait apparaître une situation contrastée face à l’épidémie de chikungunya aux Antilles.

À Saint-Martin, le plus gros de l’épidémie semble avoir été franchi. La CIRE Antilles Guyane qualifie la situation de transmission modérée. Malgré tout, ce sont 3.240 évocateurs et deux décès indirects dénombrés pour une population de 37.000 habitants, soit un peu moins d’un habitant sur 10 touché.

À la Guadeloupe, l’épidémie a pu être contenue quelques semaines, mais elle s’est brutalement accélérée dans la dernière semaine d’avril et la première semaine de mai. Du 5 au 11 mai, ce sont 3.000 personnes supplémentaires qui se sont ajoutées à la liste des malades du chikungunya dans cette région d’outre-mer. Cela porte le total des personnes touchées à plus de 13.000.

À la Martinique, le nombre de malades depuis le début de l’année est deux fois plus important. D’après le dernier point de la CIRE Antilles-Guyane, il dépasse 24.000 cas estimés. Un premier pic avait été atteint juste avant Pâques, avec une estimation de 2.500 nouveaux malades en une semaine. Le niveau de transmission était, du 5 au 11 mai, estimé à 2.290 nouveaux cas.
Trois décès chez des personnes porteuses du virus sont pour le moment confirmés.

Interrogation sur la lutte chimique

La proportion de personnes touchées et l’intensité de l’épidémie sont encore loin de ce que La Réunion a vécu en 2006. Néanmoins la vigilance s’impose pour plusieurs raisons : la « démographie médicale déficitaire » en Martinique (voir encadré). La seconde est la pulvérisation d’insecticides suspectés d’être dangereux. Fort heureusement, le fénitrothion utilisé début 2006 à La Réunion a été banni. Pour le remplacer, le deltaméthrine est utilisé. Son efficacité est remise en doute, notamment à Tahiti qui se base sur le résultat d’études menées justement à la Martinique. « Si la deltaméthrine s’avère l’un des meilleurs insecticides utilisables à l’intérieur des habitations, elle peut en revanche montrer certaines limitations quand les traitements sont effectués à l’extérieur des habitations. (…)Des essais réalisés en Martinique ont montré que la deltaméthrine tuait moins de 50% des moustiques adultes issus de la population locale ». Mais l’insecticide tue les pollinisateurs. A Tahitim le syndicat des apiculteurs a demandé l’interdiction de ce produit par crainte d’une surmortalité des abeilles. Pour sa part, Greenpeace a demandé à l’Europe d’interdire ce pesticide chimique car l’ONG estime qu’il contribue du déclin des abeilles.

Le Bti nécessaire

Ces soupçons renforce l’intérêt de l’utilisation du Bti, un insecticide biologique contre les larves de moustiques. Sachant que l’espérance de vie d’un moustique adulte n’est que de quelques semaines, la disparition des larves fera baisser drastiquement le nombre de vecteurs. Cela aura pour conséquence d’éradiquer l’épidémie.

M.M.


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