Santé

Vigilance Zika à La Réunion

10 ans après la catastrophe sanitaire, économique et sociale provoquée par le chikungunya

Manuel Marchal / 12 mars 2016

L’Agence régionale de la Santé de l’océan Indien a annoncé qu’une personne porteuse du virus Zika vit à La Réunion. La situation est sous contrôle, indique l’ARS-OI. Souhaitons que tous les enseignements aient été tirés de l’épidémie de chikungunya qui avait ravagé La Réunion voici précisément 10 ans. Car elle avait commencé de la même manière, avec une seule personne porteuse du virus.

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Le virus Zika se transmet notamment par les piqures de moustique.

La Réunion n’est pas à l’écart de la mondialisation. Généralement, ce phénomène est présenté surtour sous l’angle économique. Mais il a d’autre dimension, car La Réunion a beau être une île, elle n’est pas isolée du monde par un mur invisible.

La mondialisation a accéléré les échanges des biens, et aussi des personnes. Cela a des conséquences sur le plan sanitaire, avec des épidémies qui se propagent plus rapidement.

En 2006, nombreux étaient ceux qui avaient oublié que jusqu’à une période récente, le paludisme était une des principales causes de décès à La Réunion. D’importants efforts ont été engagés pour éradiquer cette maladie de notre île. Ce long combat a été victorieux. Désormais, le paludisme n’est plus endémique.

Mais le paludisme n’est pas la seule maladie tropicale. De part son climat, La Réunion peut être touchée par d’autres épidémies. C’est ce qui s’était passé en 2005 quand les premiers cas de chikungunya ont été confirmés durant l’hiver. À l’époque, le Parti communiste réunionnais avait été la seule organisation à mettre en garde les autorités. Si des mesures n’étaient pas prises rapidement, la situation allait devenir catastrophique avec l’arrivée de l’été et de ses fortes chaleurs.

Le PCR n’a pas été écouté, et la catastrophe est arrivée.

Les catastrophes du chikungunya

En 2006, le chikungunya a touché le tiers de la population. Plus de 200 personnes sont mortes. Cette catastrophe sanitaire est rapidement devenue économique. Le secteur du tourisme a été touché de plein fouet. Des milliers de travailleurs étaient contraints à des arrêts de travail pour se soigner. De nombreuses entreprises ont dû recourir au chômage technique.

Puis la méthode choisie par les autorités a déclenché une catastrophe sanitaire, à cause de l’usage d’insecticide polluants. Les Réunionnais se souviennent encore des messages précédant le passage des équipes de démoustication. Il fallait protéger les enfants des retombées des produits utilisés. Il était pourtant possible d’agir autrement.

Au Sénat, Gélita Hoarau avait alerté l’opinion publique sur la crise qui était en train de se jouer. Avec le PCR, elle faisait la promotion du Bti, un moyen biologique de tuer les larves de moustique. À la différence des insecticides chimiques vaporisés par les services de démoustication, le Bti peut être manipulé par la population. C’est un moyen de rendre les citoyens acteurs de la lutte contre le chikungunya.

Quand l’épidémie s’est arrêtée, les dégâts étaient considérables. Fort heureusement, c’était une équipe différente de celle d’aujourd’hui qui était à la tête de la Région. Sous la direction de Paul Vergès, elle a pris des initiatives qui ont permis au secteur du tourisme de redresser la tête.

Aujourd’hui, du fait du changement climatique, le moustique vecteur du chikungunya s’est installé durablement dans le Sud de la France. Paradoxalement, cette extension de la menace est une chance. Car jusqu’alors, le chikungunya n’avait touché que des pays tropicaux, dans des pays ayant de faibles revenus. Cela n’incitait pas l’industrie pharmaceutique à mettre les moyens considérables nécessaires à la recherche d’un vaccin. Puisque l’Europe peut être potentiellement touchée, la donne change et c’est peut être l’espoir d’un traitement préventif. Mais en attendant, La Réunion reste toujours vulnérable au chikungunya et aux autres maladies tropicales.

10 ans se sont écoulés

Avant hier, l’ARS-OI a révélé qu’une personne porteuse du virus Zika l’a importé à La Réunion. L’épidémie de chikungunya avait commencé de la même façon. De plus, les symptômes de cette maladie ne se démarquent pas beaucoup d’autres virus. Des personnes peuvent donc être atteintes du virus Zika sans le savoir, et être donc contagieuses.

En ce moment, c’est en Amérique latine que le Zika fait le plus de dégât. La zone de circulation du virus s’est étendu aux Antilles. Le malade réunionnais avait d’ailleurs séjourné en Martinique où il a sans doute été en contact avec Zika. Dans ces pays, les autorités sanitaires mettent en garde contre les risques courus par les femmes enceintes. Le Zika pourrait être à l’origine de malformation telles que la microcéphalite.

La menace est donc connue.

Souhaitons que tous les enseignements aient été tirés de l’épidémie de chikungunya. Il faut en effet à tout prix éviter que La Réunion vive une nouvelle catastrophe sanitaire, économique et environnementale. Du fait de l’augmentation de la population, une telle épidémie aurait des répercussions plus graves que le chikungunya 10 ans plus tôt.


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