Sciences politiques

« La préférence régionale : une aberration à La Réunion »

Les limites à la préférence régionale à l’embauche dans les Outre-mer -6-

André Oraison / 10 octobre 2015

Parmi les arguments que devait développer le professeur Oraison lors de sa conférence interrompue le 24 septembre dernier, figuraient plusieurs objections à l’application à La Réunion de la préférence régionale en matière d’emploi. En voici la troisième.

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Le Professeur André Oraison.

Dans cette île dépourvue de population autochtone, on entend souvent dire que les Métropolitains viennent prendre les emplois des Réunionnais. Cette dérive xénophobe qui vise les « Zoreils » n’est pas nouvelle. Mais avec la crise, elle a tendance à s’étendre au détriment des communautés comoriennes et mahoraises. À suite de cette orientation, une question s’impose : qui est Réunionnais dans une île peuplée par des populations originaires d’Afrique, d’Asie et d’Europe et métissées aux plans biologique, culturel et linguistique ? Pour le Réunionnais Jean-Claude Fruteau - député-maire PS de Saint-Benoît - qui s’est exprimé à ce sujet le 14 mars 2012 dans une interview locale, la réponse est dépourvue d’ambigüité. La voici : « Un Réunionnais est quelqu’un qui vit à La Réunion, quel que soit son lieu de naissance ». Voici probablement le meilleur slogan pour combattre la préférence régionale à l’embauche à La Réunion.

Les mesures discriminatoires pour favoriser l’emploi local n’ont pas lieu d’être dans la société « arc-en-ciel » de La Réunion, une société multiethnique, multiconfessionnelle et multiculturelle depuis les premiers jours de son peuplement. Mais si le débat sur la préférence régionale à l’embauche est blâmable dans les DROM lorsqu’il revient à traiter de l’antagonisme Métropolitains/Ultramarins en raison de sa connotation raciste, on peut néanmoins comprendre le problème de l’insuffisante créolisation des cadres d’emplois de la catégorie A de la fonction publique de l’État dans les DROM. Ce constat émane du préfet Jean-Marc Bédier - lui aussi d’origine réunionnaise - dans un rapport établi le 30 avril 2012, sous le titre : « La place des Ultramarins dans la fonction publique de l’État outre-mer ».

Il n’en est pas moins vrai que le débat sur la préférence régionale à l’embauche est stérile dans les DROM puisque cette pratique discriminatoire ne peut juridiquement prospérer qu’en Nouvelle-Calédonie et dans les COM-DA. Dès lors que les Guadeloupéens, les Guyanais, les Mahorais, les Martiniquais et les Réunionnais se prononcent majoritairement pour le maintien du statut de DROM, ce débat est même inutile. Autant dire que les responsables politiques et syndicaux doivent recourir à d’autres moyens moins controversés pour mener à bien une politique de plein emploi. Mais Lesquels ?

(à suivre)



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  • La préférence régionale ne devrait pas être seulement un dispositif législatif et réglementaire qui permettrait de gérer les emplois et les marchés publics avec le souci d’éviter une condamnation au chômage perpétuel à une grande partie de leur population active des régions concernées , mais il devrait être également un concept général appliqué par toute les personnes ayant des intérêts dans cette région dans le simple but de protéger ces intérêts .

    Vu dans ce sens , la préférence régionale , impose la protection d’un intérêt général régional qui devrait être respecté par l’intérêt général national . L’intérêt général national c’est l’intérêt de tous ceux qui appartiennent à la communauté nationale , mais c’est aussi un cumul de tous les intérêts généraux qui peuvent se manifester au niveau de chaque strate de gestion administrative de la population , que ce soit au niveau d’une commune d’un département ou d’une région . La notion d’intérêt général local ne doit pas aller à l’encontre de l’intérêt général national , et lorsque c’est le cas , la constitution permet sans doute de porter atteinte aux divers intérêts généraux locaux comme elle permet de violer des intérêts particuliers de chaque les individu, mais la violation de l’intérêt général , communal , départemental ou régional mérite une juste compensation . Si les collectivités locales sont des personnes morales , elles devraient aussi bénéficier de ce principe inscrites dans la déclaration des droits de l’homme de 1789 attachée à notre constitution .

    Cette compensation peut se trouver dans l’application de disposition dérogatoire ou l’application de système de péréquation pour l’attribution de moyens de fonctionnement , pour la gestion des écoles , des réseaux divers , du paiement de l’impôt .... Dans cet ordre d’idée , pourquoi serait il aberrant pour une collectivité locale de préférer de recruter quelqu’un qui est installé dans sa région plutôt qu’ailleurs , d’attribuer un marché à une entreprise qui paye ses impôts dans la région plutôt qu’ailleurs et tout simplement pour chaque individu de préférer les produits et services de sa région à ceux venus d’ailleurs lorsque ceux ci sont proposés à une qualité et à un prix comparable .

    La notion de préférence régionale devient alors un moyen de consolider le sentiment d’appartenance à une collectivité , à une communauté , et ce sentiment d’appartenance peut exister depuis le niveau de la cellule familiale pour aller jusqu’au niveau de l’Etat et peut être même se prolonger au delà des frontières nationales pour créer un sentiment d’appartenance à une communauté plus large comprenant plusieurs pays (comme l’appartenance à l’Union européenne )

    L’existence de divers niveaux d’appartenance institutionnelle devrait inciter les responsables politiques à rechercher les moyens de laisser s’appliquer une certaine préférence entre les membres d’une même communauté institutionnelle, d’une même collectivité , d’une même région plutôt que de vouloir la supprimer. Et tant que l’application de cette préférence ne porte pas atteinte à la cohésion nationale ou à celle des communautés supranationales auxquelles la nation a adhéré elle devrait être encouragée , car la préférence régionale augmente la responsabilité des citoyens de chaque région et les amènent à se remettre en cause eux mêmes en cas de crise grave plutôt que de s’en prendre aux autres et particulièrement aux instances supérieures .

    La situation économique et sociale des ultra marins est particulièrement grave dans pratiquement tous les domaines ,car pratiquement tous les indicateurs et témoins de contrôle sont dans la zone rouge , (chômage , santé publique , éducation , création d’emplois, production intérieure brut , masse monétaire en circulation , taux d’investissement et d’épargne .... ) On pourra toujours jeter la pierre à ceux qui nous gouvernent , mais la vraie question est qu’est ce que les ultra marins ont fait eux mêmes pour éviter cela ?. Pourquoi les produits et les services livrés par les ultra marins sont presque toujours plus chers que ceux des produits et services importés ? Pourquoi les ultra marins sont ils obligés de s’expatrier pour trouver du travail et surtout ne peuvent plus revenir chez eux lorsqu’ils ont acquis ailleurs les compétences nécessaires pour occuper les mêmes emplois chez eux ?. Pourquoi ceux qui viennent d’ailleurs pour travailler en outre mer n’investissent pas vraiment dans ces régions pour s’y installer mais ne font que ramasser suffisamment de sous pour retourner dans leur régions d’origine ? Pourquoi n’ont ils pas appliqué plus de préférence régionale à leur région ?
    L’époque des colonies est terminée depuis longtemps . Les Régions d’outre mer sont des régions françaises comme les autres et elles devraient être traitées comme toutes les autres .(ce n’est tout à fait évident si on considère qu’elles ne figurent même pas sur la nouvelle carte régionale de France , que leurs statistiques ne sont pas prises en comptes dans les statistiques nationales .Merci en passant à monsieur Paul Verges pour les amendements qu’il a fait voter récemment pour corriger cette aberration sur les statistiques , il pourrait aussi demander la correction de la nouvelle carte régionale , je pense que son amendement sera adopté à l’unanimité car il est possible que les parlementaires ne se rendent même pas compte de la situation tellement ils sont centrés sur l’hexagone )

    Pour conclure, même si j’aime bien mon ancien professeur de droit public , monsieur André Oraison , je dirai que la préférence régionale est loin d’être une aberration , mais au contraire devrait être considérée comme une nécessité économique et sociale sous réserve qu’elle respecte la cohésion nationale . Mais en contrepartie aucune préférence nationale ne devrait être appliquée à l’encontre des préférences régionales sans qu’il y ait une contrepartie ou une juste compensation qui rétablisse l’égalité réelle qui devrait exister entre tous les citoyens de la République française qu’ils résident sur le territoire métropolitain ou en outre mer .

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  • Bonjour,

    Avec la nomination du nouveau directeur du Chu de l Ile de la Réunion, le concept et le principe de la préférence régionale, chers aux élus et présidents des institutions de l Ile et de notre république des droits de l homme, conforme et mimétisme de la préférence nationale au programme du front national, la Réunion s’ enfonce et accentue ses pratiques discriminatoires favorables au népotisme.

    Que pensent les citoyens issus de l’Ile de la Réunion vivant et travaillant en métropole du concept et principe régionale.

    Martial Barraco

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