Union européenne

Le Royaume Uni perd son Triple A

Crise en Europe

Céline Tabou / 26 février 2013

La Grande-Bretagne vient d’être privée vendredi 22 février de son « triple A » par l’agence de notation, Moody’s au moment où le pays est menacé de retomber dans la récession. Auparavant à l’abri de la crise au sein de la zone euro, le pays doit aujourd’hui faire face aux mêmes difficultés que ces voisins.

« Nous avons droit à un sévère rappel des problèmes de la dette auxquels est confronté notre pays (...). Nous n’allons pas tourner le dos à nos problèmes, nous allons les surmonter » , a expliqué le ministre des Finances britannique George Osborne. En dépit de sa monnaie, la livre-sterling, et une place financière confortable, le pays est dans le collimateur des agences de notation après une nouvelle rechute de son économie à la fin 2012.

Une économie atone

En abaissant la note d’un cran de « triple A » à « Aa1 », l’agence Moody’s a expliqué que « la faiblesse continue des perspectives à moyen terme » de la Grande-Bretagne, peut laisser craindre une activité économique atone du pays, pouvant « s’étendre à la deuxième moitié de la décennie ». Entrant en récession avec une contraction de son PIB de 0,3% au quatrième trimestre 2012, l’activité du pays est morose et s’est confirmé au cours des trois premiers mois de l’année. Selon les économistes, la Grande-Bretagne connaîtra sa troisième récession depuis le début de la crise financière en 2008-2009.

Sarah Carlson, analyste en chef de Moody’s pour la Grande-Bretagne, a expliqué que plusieurs facteurs sont à l’origine de cette situation, « il y a principalement un processus de désendettement du secteur privé et public qui a sans aucun doute étouffé la croissance » . De plus, l’ « inflation élevée » pèse sur les ménages. La dégradation de la situation économique et financière au sein de la zone euro, dont les pays sont les principaux partenaires commerciaux de la Grande-Bretagne, peut expliquer qu’il y a « eu des retombées négatives » .

Cette nouvelle survient alors que le gouvernement conservateur de David Cameron a décidé de mettre en place une série de mesures d’austérité, afin de réduire la dette publique qui a atteint un niveau inquiétant les agences de notations. Moody’s a souligné le "défi" posé par l’assainissement budgétaire. Selon le Fonds Monétaire International, la dette publique devrait se creuser en 2013 pour atteindre 93,3% du PIB. « La trajectoire de la dette ne devrait pas s’inverser avant 2016 » a indiqué Sarah Carlson.

L’ « embarras » du gouvernement

Economiquement le pays conserve sa solidité, notamment sa compétitivité, sa diversité économique et des perspectives stables. De plus, « le risque de contagion (par la zone euro, NDLR) est limité par la politique monétaire indépendante (du Royaume-Uni, NDLR) et par le fait que la livre sterling bénéficie du statut de monnaie de réserve internationale » , a souligné Sarah Carlson. Politiquement, les choses sont différentes. Depuis la campagne pour les élections de 2010, qui ont ramené les conservateurs au pouvoir par le biais d’une alliance avec les libéraux démocrates, George Osborne, le ministre des Finances, s’est engagé défendre le triple A du pays.

« Voilà une blessure que George Osborne s’est lui-même infligée. Pour être honnête, il était très naïf en 2009. Il a bêtement érigé ce triple A en symbole de virilité » , a estimé Matthew Oakeshott, membre des LibDem. De son côté, l’opposition, le Parti travailliste, a réclamé la démission d’Osborne. « Le médicament ne fonctionne pas, alors le Chancelier de l’Echiquier dit qu’il faut augmenter les doses : c’est une politique économique folle. C’est comme un médecin du XVIIIe siècle qui pratiquait des saignées sur des patients de plus en plus malades » , a indiqué Ed Balls, porte-parole du Labour pour les questions financières.

Tim Montgomerie, rédacteur en chef de l’influent site "ConservativeHome", a expliqué à l’Agence France Presse que le ministre des Finances britannique « compte beaucoup de détracteurs, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du parti et qui aujourd’hui se sentent confortés, mais il n’y a pas d’alternative cohérente » . Pour l’heure, David Cameron conserve sa confiance en son ministre et va continuer à engager un plan de rigueur dans les prochaines semaines.

Céline Tabou


Kanalreunion.com