Union européenne

Montée de l’extrême droite en Europe

Après les législatives en Allemagne

Céline Tabou / 24 septembre 2013

La montée de l’extrême droite en Europe est placée au centre des préoccupations, notamment après la démonstration de force des nervis grecs d’Aube Dorée, à l’envolée législative de l’AfD en Allemagne, ou encore l’agression mortelle contre Clément Méric en France.

Profitant de la crise économique et financière, les partis d’extrême droite profitent des dérives identitaires et démocratiques exacerbées par l’austérité imposée par les gouvernements. Certains partis d’extrême droite parviennent au pouvoir, légitimant de fait la violence de certains de leurs partisans. De nombreux cas sont révélés ces derniers mois, comme en Grèce, où les violences faites contre les étrangers s’accentuent depuis l’entrée au Parlement d’Aube Dorée, parti néonazi.

Exacerbation des tensions

Après une dizaine de plans d’aide et une économie toujours fragile, la Grèce a subi de plein fouet la crise économique et financière internationale. Les mesures drastiques, imposées par la Troïka, touchent tous les secteurs d’activité, si bien que les Grecs sont désormais dans une situation sociale inquiétante.

Selon le "réseau de recensement de la violence raciste", 154 « incidents de violence raciste contre des réfugiés et des migrants » ont été recensés en 2012. Le parti Aube Dorée, jugé responsable de ces actes, est né en 1992.

Selon le journaliste Yannis Androulidakis, les agressions sont « plutôt organisées par Aube Dorée » et se sont multipliées depuis trois ou quatre ans, après son score de 5% en 2010.

Face à la montée de la violence, le président grec de gauche, Károlos Papoúlias, a déclaré à la presse : « J’en appelle à un réveil social et institutionnel, à la volonté politique de lutter contre cette ignominie. Nous avons tous le devoir de ne pas laisser les portes ouvertes au fascisme ».

Des propos soutenus par le Premier ministre de droite, Antonio Samaras, qui s’est engagé à lancer « un combat à la fois politique et juridique pour combattre Aube Dorée ». Ce dernier souhaite renforcer l’arsenal législatif pour lutter contre la montée du parti d’extrême droite, a indiqué le quotidien belge “Le Soir”.

Récemment, la campagne législative allemande a fait émerger l’Alternative pour l’Allemagne (AFD), parti d’extrême droite anti-euro, crédité de 4,7% des suffrages après dépouillement. Ayant besoin de 5% pour s’asseoir au Parlement, l’AfD s’est senti encouragé par une partie de la population allemande hostile à l’Europe et à l’euro, un an avant les élections européennes.

Le chef de file de l’AfD, Bernd Lucke, a expliqué : « Nous avons proposé une alternative à ceux qui ont été déçus, non seulement par le FDP (libéraux - NDLR), mais par tous les autres partis également. Nous avons fait peur aux autres partis ».

Redorant son image, l’AfD n’a pas évoqué la question de l’immigration, récupérant les voix de tous les partis politiques et séduisant les abstentionnistes, a expliqué Carsten Koschmieder, analyste politique à l’Université libre de Berlin, dans “Les Echos”.

Le débat est soulevé en Europe

Dans d’autres pays d’Europe, les néonazis sont de plus en plus présents dans les institutions, comme en Suisse, où l’Union démocratique du centre (UDC), parti populiste, a réalisé des affiches avec des moutons blancs boutant un mouton noir hors de leur pré, véhiculant ainsi une xénophobie assumée et partagée. En effet, l’UDC possède désormais un quart des sièges au Conseil national suisse.

En Norvège, le Parti du progrès, formation populiste, avait obtenu plus de 22% des voix aux élections de 2009, et Anders Breivik, l’auteur du massacre de l’île d’Utøya, y avait milité plusieurs années avant de passer à l’acte.

Une majorité des États européens possède une composante d’extrême droite ou populiste dans leurs représentations nationales ou locales, a expliqué Rue89. Tous ces partis sont eurosceptiques, ont une hostilité avérée envers l’immigration et les minorités, prônent le racisme, la xénophobie et un nationalisme radical.

Pour le sociologue de l’extrême droite Jean-Yves Camus, il y a eu « une hausse conjointe de différentes formations de droite dures : le Front national en France, le Vlaams Belang en Belgique, la Ligue du Nord en Italie ou encore le FPÖ en Autriche ». Cette montée de l’extrémisme a été causée par la vague d’austérité.

Les conditions imposées par la Troïka ont conduit à une perte de la souveraineté des États, une situation dénoncée par les Grecs, dont le sentiment national a été mis à mal, tout comme leur dignité.

D’après Jean-Yves Camus, des mouvements populistes et extrémistes européens pourraient s’imposer ou consolider leurs bases lors des élections européennes de mai 2014. Le sociologue explique que « l’Europe n’a pas la possibilité d’agir sur le terrain politique des pays », « elle ne peut donc pas intervenir ». « Il manque en Europe une personnalité forte qui puisse s’imposer et proposer des projets positifs » car, selon ce dernier, l’Europe se situe dans « une phase de ralentissement » qui devrait s’intensif0ier après « une probable montée des votes pour les partis anti-européens en mai prochain ».

Le sociologue propose « un projet politique fort » pour l’Europe, afin de « réconcilier » les Européens avec l’Europe.

Céline Tabou


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