Union européenne

Plus de 40 jours de grève en Bulgarie

Crise en Europe

Céline Tabou / 26 juillet 2013

En grève depuis le 14 juin, les Bulgares veulent la démission du gouvernement socialiste qu’ils accusent de corruption. Ces derniers dénoncent « l’oligarchie » qui perdure en Bulgarie.

La mobilisation a durci le ton en siégeant devant le Parlement dans la nuit de mardi à mercredi 24 juillet, où une trentaine de députés et trois ministres étaient restés bloqués pendant neuf heures. Selon la police, plus de 4.000 personnes ont manifesté, mercredi soir, devant le siège du gouvernement et le Parlement à Sofia. Ces derniers scandaient : « Mafia » et « Démission », munis de banderoles arborant des messages tels que « Nous voulons vous voir en prison », a révélé l’“Agence France Presse”.

40 jours de mobilisation

« Quarante jours que nous manifestons sans être entendus. La tension a explosé hier, c’était inévitable », a expliqué à l’“AFP” Maria Anguelova, une manifestante accompagnée de ses deux jeunes enfants.

Pour Ani Raltcheva, âgée de 72 ans, « si le gouvernement continue à nous mépriser, je crains que de nouvelles violences ne se produisent » .

Des tensions sont survenues lors d’une tentative d’évacuation de ministres et députés par un car de la police. Cette évacuation a provoqué des accrochages, faisant une vingtaine de blessés, dont cinq policiers, mardi soir.

Malgré la tension, le gouvernement est resté ferme : « Les gouvernements ne démissionnent pas dans les pays de l’Union européenne sous la pression de deux ou trois mille protestataires », a indiqué Yanaki Stoilov, un responsable du Parti socialiste (PSB). Le PSB soutient le gouvernement du Premier ministre sans étiquette Plamen Orecharski, qui a décidé lors d’une réunion mercredi de ne pas céder aux demandes d’élections anticipées.

A contrario, le Président Rossen Plevneliev, issu du parti conservateur Gerb, a de son côté appelé à « préserver le caractère tolérant des protestations », car « il n’existe pas d’objectif qui justifie la violence ». Ce dernier a souhaité que les partis représentés au Parlement recherchent « des voies pour surmonter la situation difficile ». Une position que le Premier ministre Plamen Orecharski a rejetée en gardant le silence.

Un gouvernement contesté

Le nouveau gouvernement mis en place le 12 mai 2013 a dû faire face quelques semaines plus à tard à des manifestations composées de la classe moyenne et de l’intelligentsia, qui dénoncent « l’oligarchie » qui, selon eux, dirige en fait le pays.

Le politologue Tsvetozar Tomov a expliqué à l’“AFP” que « les gens protestent contre le modèle du pouvoir, un mélange d’économie, de criminalité et de politique, et ce cocktail issu de l’effondrement du régime totalitaire (en 1989) trouve son expression dans tous les partis » représentés au Parlement.

D’après l’organisation Transparency International , le pays est l’un des plus corrompus d’Europe. Viviane Reding, Commissaire européenne à la Justice, a souhaité, le 23 juillet, que les « partis politiques accentuent leurs efforts pour réformer en profondeur le système de la justice et se débarrassent de la corruption, parce qu’une démocratie, pour être forte, en a besoin ».

Cependant, « l’issue est incertaine. Des élections anticipées paraissent inévitables, cet automne, si la tension continue à augmenter, ou au printemps. Une agonie du système nous attend pendant des années, avant que ce modèle ne soit transformé », a indiqué Tsvetozar Tomov.

Céline Tabou


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