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Pourquoi l’Etat s’est mis au service d’intérêts privés contre les institutions de la République ?

9 décembre 2008, par Manuel Marchal

Comment le pouvoir central a-t-il pu se mettre au service d’intérêts privés et prendre parti contre les institutions de la République ? Comment le préfet a-t-il pu se laisser entraîner dans une manipulation politicienne contre la Région ? Décidément, de nombreuses questions restent à clarifier, surtout avec l’éclairage apporté par le mouvement des Guyanais.

Pendant cinq jours au début du mois de novembre, les transporteurs ont érigé des barrages routiers qui ont totalement paralysé l’économie du pays. Dès le départ, l’attitude du représentant de l’Etat, garant de l’ordre public, a été pour le moins étrange. En effet, les dirigeants de ce mouvement ont annoncé plusieurs jours à l’avance ce qu’ils comptaient faire. Et quand ils ont bloqué, les forces de l’ordre étaient sur place non pour garantir la libre circulation des personnes et des biens, mais pour éviter tout affrontement entre les transporteurs et les usagers exaspérés par les barrages.
Le 9 novembre, une première rencontre à la Préfecture a débouché sur des insultes proférées à l’encontre de l’élu mandaté par la Région pour négocier. Le représentant de l’Etat a laissé faire. Et quelques heures après, lors d’une conférence de presse dans la cour de la Préfecture, le préfet se trouvait aux côtés de Joël Mongin, un dirigeant du mouvement. Lorsque ce dernier a appelé à bloquer la Région, le préfet a montré sa compréhension. Il a laissé faire ce blocus qui s’est prolongé plus de 48 heures, dans l’impunité la plus totale.
Pour faire cesser le mouvement, le représentant de l’Etat a demandé à la Région et aux communes de verser 2,5 millions d’euros aux transporteurs. Alors qu’il aurait été plus logique que le garant de l’ordre public dise aux transporteurs d’aller s’expliquer avec les pétroliers. Il aurait pu leur proposer de négocier par appels d’offres auprès des compagnies pétrolières afin que ces dernières baissent leurs prix. Il ne l’a pas fait. Cela amène à s’interroger.
En effet, quelle mouche a piqué le préfet pour que ce dernier oriente les transporteurs contre des institutions de la République, la Région et les communes ? Comment se fait-il qu’il fasse preuve de compréhension quand des élus de la République sont insultés dans la Préfecture ?
Comment le préfet a-t-il pu tombé dans un tel piège ? Dans une autre région, aurait-il eu la même attitude ?

La même tentative en Guyane

Ce qui s’est passé en Guyane vient en tout cas éclairer une véritable manipulation à La Réunion. Là-bas, l’Etat a tenté de diviser le front uni des Guyanais pour la baisse des prix. Antoine Karam, Président de la Région Guyane, rappelle dans "Témoignages" d’hier que le gouvernement a « asséné des contre-vérités pour rendre responsable et coupable la Région ». Mais la population est restée unie, elle n’est pas tombée dans le piège de la diversion. Et la tentative de l’Etat de s’en prendre aux institutions de la République a échoué.
Le résultat est que l’Etat a dû finalement se placer du côté de l’intérêt général. Il a donc été contraint d’obliger les pétroliers de baisser leurs marges de 30 centimes au profit de tous les Guyanais, et il a pris à sa charge une baisse de 20 centimes afin que la revendication de la Guyane, une diminution de 50 centimes, soit satisfaite.
Cet éclairage apporté par 11 jours de mobilisation en Guyane amène donc à demander la clarification : comment un représentant de l’Etat a-t-il pu se laisser tromper de la sorte alors qu’il est le garant de l’ordre public ?

M.M.

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