Création du Syndicat pour la Promotion de la Production Agricole Pays (SPPAP)
17 octobre 2009
Hier, un nouveau syndicat agricole est né : le SPPAP, Syndicat pour la Promotion de la Production Agricole Pays. Il compte environ 150 adhérents, regroupant aussi bien des exploitants agricoles que des salariés du secteur. Ces producteurs pays veulent avant tout sauver la filière agricole réunionnaise mise en danger, selon eux, par une importation excessive.
C’est devant une grande surface en construction à Saint-Louis que s’est tenue la conférence de presse du nouveau syndicat agricole créé hier : le SPPAP. En effet, après l’assemblée générale constitutive, le président ainsi que les membres du bureau ont invité l’ensemble des adhérents à mener une première action forte. Sous une banderole « Produits Pays », le groupe est sorti des locaux de Avipole pour se rendre, à pied, devant une grande surface en construction située un peu plus loin.
« L’importation doit venir en complément de la production locale et non le contraire », clame haut et fort le président du SPPAP, fraîchement élu par les adhérents. Il s’agit de Benjamin Elma, éleveur de poulets ; l’assemblée générale constitutive a également élu le bureau du syndicat composé d’hommes et de femmes, représentatifs de toute la filière agricole. On peut y retrouver une exploitante de café Bourbon Pointu, un éleveur laitier, un éleveur de bovins, une exploitante de fruits et légumes, un salarié d’une coopérative agricole, etc…
En créant ce syndicat, ces producteurs pays veulent aujourd’hui tirer la sonnette d’alarme et attirer l’attention de l’opinion publique sur la situation de la filière locale au regard de l’importation. « Voulons-nous d’une Réunion sans agriculture ? », demande le président. Car c’est ce qui risque d’arriver si rien n’est fait pour préserver la production pays. Et ce sont les grandes surfaces qui sont dans le collimateur de ces producteurs.
L’importation doit venir en complémentarité de la production locale
Il est vrai qu’au cours de ces 30 dernières années, des partenariats se sont créés entre la grande distribution et les agriculteurs. Aujourd’hui, « cette situation est paradoxalement en train de se retourner contre les producteurs locaux qui, de fournisseurs privilégiés, sont en passe de devenir des fournisseurs “bouche trou” de la grande distribution au motif que les consommateurs privilégient le tout venant à bas prix ».
La production locale ne peut pas faire concurrence avec « des produits venus d’ailleurs, faits n’importe comment et sans aucune traçabilité ».
Selon Benjamin Elma, il est essentiel que la grande distribution « joue le jeu » et consacre une large place à la production locale, dans le but de préserver toute la filière agricole et les milliers d’emplois qui en découlent. De plus, « on ne peut pas comparer un steack de Limousine et un steack haché congelé », nous dit Carole Ramalingum de la FRCA. Les mentalités évoluent et, de plus en plus, les gens recherchent la qualité, la traçabilité, « ils veulent être sûrs de ce qu’ils consomment », il n’y a pas donc pas que le prix à prendre en considération.
« Nous ne voulons pas d’une Réunion sans agriculture et sans production locale pour laisser place aux importations de produits sans saveurs, sans origine déterminée, sans traçabilité apparente et sans âme », soutient Benjamin Elma.
Créer les conditions pour pérenniser la filière locale
Et pour sauvegarder la production et la consommation locales ainsi que les emplois, le SPPAP souhaite voir mises en œuvre les préconisations qui figurent dans les conclusions de l’atelier 2 des Etats Généraux de l’Outre-mer, et notamment la régulation des importations.
« Nous allons demander audience au préfet pour lui exposer la nécessité de mettre en place un mécanisme de régulation des importations dans nos interprofessions ». Le syndicat prévoit également de rencontrer la grande distribution pour lui proposer de s’approvisionner de manière préférentielle chez les producteurs locaux.
« Il faut impérativement créer les conditions favorables pour consolider et pérenniser le modèle de développement économique et sociale de La Réunion. Si ces démarches n’aboutissent pas, nous envisagerons des mesures plus radicales pour préserver notre revenu et nos outils de travail », a conclu le président du syndicat.
Sophie Périabe
Le bureau du SPAP
Président : Benjamin Elma, éleveur de volailles, adhérent coopérative Avipole
Secrétaire : Rito Hoareau, éleveur bovins engraissement, adhérent Sica Révia
Trésorier : Vital Hoareau, éleveur de volailles, porcs et bœufs, adhérent Avipole, CPPR et Sica Révia
© Copyright 5 mai 1944-2012 Témoignages | Tous droits réservés.
La reproduction, même partielle, des contenus des pages de ce site sans accord préalable est strictement interdite (les citations sont autorisées par le droit français pour commentaires et critiques, tant que ceux-ci y sont strictement concomitants et que sont précisés l’auteur original et le lien Internet vers la page source).