APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
14 novembre 2006

Allocution de Radjah Véloupoulé le 23 octobre 2006 à l’occasion de la parution du livre “Oui au créole, oui au français” d’Axel Gauvin, Yvette Duchemann, Fabrice Georger et Laurence Daleau.
« Le Conseil régional de La Réunion a clairement énoncé comme priorité politique, en début de mandature en 2004, sa volonté de promotion et de valorisation de l’identité réunionnaise. Loin de constituer un poncif militant, cette identité existe et possède des caractéristiques spécifiques qui la distinguent de l’expression d’autres identités et qui, loin d’enfermer, d’exclure, de rejeter, a toujours su accueillir, s’étoffer et partager.
Dans une problématique mondiale où l’identité peut être meurtrière, La Réunion suit une dynamique inverse où, forte du fait qu’elle dû, par la dialectique de son peuplement et de ses apports, s’ouvrir toujours, elle offre aujourd’hui une démarche culturelle novatrice en se délestant progressivement du fardeau idéologique colonisateur. La langue réunionnaise, pilier de l’identité réunionnaise, constitue le vecteur de réflexion peut-être le plus approprié, pour mesurer l’étendue de l’aliénation coloniale.
Cette langue qui a su intégrer des signes linguistiques provenant de trois continents et du monde insulaire, qui a su servir de ciment pour la cohésion d’un peuple exploité, meurtri, bafoué durant trois siècles, qui a su même évoluer, vivre, s’épanouir, contre toutes les velléités jacobines centralisatrices, est parvenue à un tournant historique aujourd’hui.
Et ce n’est pas le moindre des mérites de ce livre, dont les auteurs nous ont gratifié du privilège de leur présence, que de retracer la lente mais sûre progression juridique et politique quant à la reconnaissance pleine et entière du statut linguistique du créole réunionnais.
Un autre mérite, tout aussi important, est la thèse fondamentale de l’enseignement intégré du créole réunionnais et du français qui permettra de sortir d’une situation diglossique obsolète révoltante, génératrice de profondes inégalités, aussi bien d’un point de la modernité et de la mondialisation, pour entrer dans un bilinguisme et plurilinguisme assumé, respecté et valorisant.
De nombreux témoignages d’experts illustrent parfaitement ce fait, et je tiens à souligner l’immense mérite des auteurs d’avoir réussi le véritable tour de force de conjuguer une argumentation solide, des interviews éclairantes et une accessibilité totale qui font de cet ouvrage la réponse idéale à la malhonnêteté intellectuelle, à l’ethnocentrisme nostalgique, ou tout simplement à une pensée qui ne s’adapte plus au temps présent.
Je parlais à l’instant d’un tournant historique. Nos prédécesseurs furent des précurseurs, des avant-gardistes et nous ont transmis un savoir inestimable, une langue, car cette langue maternelle instaure ce qui à mon sens est la chose la plus difficile au monde, la relation humaine, la relation avec l’autre, avec celui qui nous est le plus souvent étranger, inconnu, dont on a généralement peur. Elle instaure également une relation avec soi, celui ou celle que l’on ne connaît pas si bien, qui bien souvent surprend, fascine ou effraie.
La langue structure notre vision du monde, permet ancrage et affirmation, et loin d’amener le repli d’un peuple, elle lui donne l’instrument d’une conversation polyphonique.
Il est donc de notre devoir et de notre responsabilité en ce moment de prendre conscience de cette richesse, de l’entretenir, pour ne pas la voir périr « par substitution », de lui donner toutes les conditions d’un développement, comme sa graphie, car elle nous apporte « des réponses vivantes de l’humanité », pour reprendre l’expression d’Alain Dorville, en conclusion du livre présenté ce soir. »
Radjah Véloupoulé
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