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17 août 2007
Un jeune agriculteur du Guillaume Saint-Paul m’expliquait comment fonctionne l’alambic que j’avais sous les yeux, depuis le géranium fraîchement cueilli dont on remplit la chaudière, jusqu’au feu de bois qui répond à certaines exigences et tous ces tuyaux de cuivre qui conduisent la lourde et riche vapeur jusqu’à son écoulement dans l’entonnoir final. Et mon jeune ami (35-38 ans tout de même) de me dire, le doigt pointé et le regard profond : « Vous savez, Raymond, les serpentins de la distillation ne sont jamais divagation »... J’avoue que, sur le coup, le propos me surprit. Et puis, rapidement, j’en appréciais la portée, séduit par le bon sens paysan et la simplicité de ces « gens de peu » auxquels le sociologue Pierre Sansot a consacré en 1992 un livre qui a fait autorité. J’ai beaucoup de respect pour les gens de la Terre...
... Paul Vergès a tenu beaucoup de propos qui nous incitent à la réflexion. Un livre - après “D’une île au monde” - ne suffirait pas pour présenter toutes les idées fortes dont il a fait sa vie de visionnaire. C’est un livre qui urge.
J’en cite un : « La mobilité, c’est le transfert de compétences dans le cadre d’un projet personnel ».
C’est simple, c’est net, c’est accessible. Tout comme est simple, nette et accessible l’opinion qu’il confia à un journaliste sur ces langues qui, en mourant, sont une perte pour l’humanité. « En aucun cas, avait-il précisé, le créole ne doit se substituer au français. La maîtrise totale du français est un objectif admis par tous et, pour l’atteindre, il faut tenir compte de l’environnement linguistique naturel. Le créole est ici la langue maternelle. L’utilisation du créole pour parvenir à la maîtrise du français, c’est différent de l’enseignement de la langue créole. La Réunion peut être riche du bilinguisme créole-français. Mais elle souffre aujourd’hui de diglossie, c’est-à-dire de l’opposition, dans un rapport de force, entre le créole et le français. C’est l’une des traductions de la véritable guerre civile que chaque Réunionnais porte en lui... ».
Je voudrais terminer ce tour des “Propos des autres” par Talleyrand qui souffla pour les générations d’après que « Administrer, ce n’est pas tout empêcher au nom du règlement, mais tout faciliter au nom du bon sens ». Comment, n’est-ce, être pleinement talleyrandiste ?
Raymond Lauret
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