APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
11 juin 2008

Il y a comme un vent dans l’air, qu’il faudrait "sanctuariser" tous les lieux de mémoire, les sites du marronnage et quoi d’autres encore ? La religion malgache (laquelle ?) viendrait soudain guérir tous les maux ; et bien sûr on aurait plus besoin de revendiquer quoique ce soit, ni socialement, ni économiquement et encore moins juridiquement, question de faire valoir ses droits, puisque le simple fait d’installer des sanctuaires dans les hauts de l’île comme le souhaitent certains membres de MIARO viendraient non seulement calmer les douleurs mais soigner un peuple qui a faim de justice et de dignité.
Le rapport à l’ancestralité est d’abord un rapport à la spiritualité. Et il faudrait cesser de le mettre à toutes les sauces, tantôt dans les lieux publics, tantôt dans les sites historiques. Le droit à l’histoire, l’appropriation de l’histoire de l’esclavage à la liberté passe par son enseignement à l’école, de la primaire à la faculté et sa laïcité. Il faut stopper cette ritualisation à outrance des sites liés à l’esclavage et au marronnage mais plutôt en faire des lieux publics qui restitue de la façon la plus honnête possible cette histoire, par des expositions et une approche muséale notamment. Il n’y a toujours pas à la Réunion de Musée de l’Esclavage et du Marronnage, est-ce tout à fait normal ?
Trop de sites sont actuellement privatisés : les calbanons de Saint-Louis récupérés par la maison de l’Inde, le cimetière de la Grande Chaloupe investi par l’association TAMIL SHANGAM, Le "sanctuaire" de DIMITILE investis par les malgaches récemment arrivés avec la complicité de l’association Capitaine Dimitile.
Le culte aux ancêtres se pratique depuis l’esclavage, et même au plus fort moment de son interdiction, dans les kours et les cases. Ce culte a été transmis de génération en génération. Il est certes nécessaire de changer la représentation de ce culte, de sortir certains réunionnais de leur méconnaissance et de leur peur face à cette pratique ancestrale, par une plus grande information notamment et non pas une pratique à ciel ouvert du culte aux ancêtres qui est d’abord et avant tout un culte familial. Il faut arrêter de faire l’amalgame entre Religion et Histoire. Rendre hommage aux ancêtres esclaves, marrons et engagés, c’est d’abord et avant tout leur accorder la place qu’ils méritent dans la société réunionnaise, rendre visibles et publiques leurs apports ; réhabiliter les sites historiques tels que les Lazarets, et notamment le Lazaret de la Ravine à Jacques qui n’est toujours pas classé, hasard ou déni ? Il en est de même des calbanons. D’autre part, les cimetières comme tous les lieux de sépultures sont des lieux publics, chacun doit être libre de déposer son offrande de la manière qui lui convient de le faire, mais seules les fouilles archéologiques pourront nous permette d’identifier les dépouilles. Que fait la commission d’archéologie préventive ?
La réhabilitation de l’histoire est un travail d’une extrême importance, elle doit se faire au service de tous et non pas de quelques illuminés qui se donnent des missions et qui veulent nous donner des leçons d’ancestralité. Il fut un temps où c’étaient les prêtes catholiques qui voulaient évangéliser les esclaves pour leur apporter "un peu d’humanité". Maintenant ce sont des missionnaires d’autres sortes qui envahissent le paysage réunionnais et qui prétendent pouvoir soigner les descendants d’esclaves avec un zeste de religiosité. Si MIARO laissait les officiants réunionnais faire leur travail comme ils l’ont toujours fait, si les pouvoirs publics mettaient en place des programmes publics de réparation sociale, économique et culturelle, si les Servis Kaf é Malgas étaient mieux connus et respectés de tous, comme les Servis Malbar, la Religion Catholique, la Religion Musulmane ou encore le GUAN DI, alors chacun de nous trouverons naturellement notre place et notre ancestralité dans une société tolérante, riche de ses apports multiples.
Notre association a déjà exprimé à de multiples reprises notre désaccord avec la "stratégie religieuse" de MIARO qui s’assimile à de l’interventionnisme, qui plus est sur des lieux publics.
Au fait quel culte royal célèbre l’association MIARO ?
Et qui sont ces rois malgaches qui ont été envoyés en esclavage à la Réunion ? Voilà ce qu’on pourrait demander à l’histoire de nous apprendre !
Par ailleurs, les sites du marronnage sont des sites réunionnais et il est totalement faux de faire croire que les marrons étaient d’abord et avant tout des Malgaches. Sur ces sites sont morts des Malgaches, des Africains, des Créoles au nom de la liberté ; ils méritent tous notre considération.
L’association Rasine Kaf appelle à un débat public sur la question du patrimoine et sa définition. Elle s’oppose à toute récupération de l’histoire à des fins politiques, religieuses ou idéologiques.
Ghislaine Bessiere, AssociatIon Rasine Kaf
Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
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