Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
La vie est toujours plus chère, les salaires ne suivent pas
8 septembre 2006

Un Observatoire des prix et des revenus, cela peut être aussi un moyen d’affirmer clairement quel est le minimum vital pour vivre dignement à La Réunion.
La lutte pour la hausse des salaires et contre la vie chère est une revendication permanente à La Réunion. Les plus anciens d’entre nous se souviennent par exemple que le 18 février 1974, une grande journée d’action s’était déroulée dans notre île à l’appel de la CGTR. Des milliers de Réunionnais ont défilé pour soutenir 3 mots d’ordre : 8.000 francs d’augmentation par mois et tout de suite, discussion immédiate d’accords de salaires et de conventions collectives, une Commission paritaire pour un budget-type minimum à La Réunion.
Dans son édition du 9 février 1974, "Témoignages" expliquait la justesse des revendications essentielles portées par les syndicalistes. "8.000 francs d’augmentation par mois tout de suite pour faire face à l’extraordinaire flambée des prix, qui d’ailleurs s’aggrave de jour en jour (...), il est évident aussi que tous malentendus comme les discussions sans fin sont provoqués par l’absence des éléments d’un budget-type minimum pour La Réunion et valable pour tout le monde. En définissant ces éléments sera ainsi établi un budget qui, loin d’être parfait, aura au moins le mérite de partir de la réalité réunionnaise et d’avoir une existence sous le contrôle même des intéressés".
32 ans après "la plus grande journée d’action jamais réalisée à La Réunion", selon "Témoignages" du lendemain, la création d’un outil permettant de faire la transparence sur cette question est toujours une des principales luttes. D’autant plus que la loi d’orientation votée voici déjà 6 ans a inscrit cette revendication dans la législation : "Il est créé dans les régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique, et La Réunion un Observatoire des prix et des revenus. Un décret en Conseil d’État fixera la composition, les missions ainsi que les modalités de fonctionnement de cet Observatoire". Mais 6 ans après, ce décret n’est pas sorti. Ce qui fait qu’il n’existe à ce jour aucun moyen légal d’expliquer clairement, chiffres à l’appui, pourquoi la vie est chère, et de combien. Et à partir de là, quel peut être le revenu minimum avec lequel il est possible de vivre décemment à La Réunion.
Baisse du pouvoir d’achat
Des constats s’imposent, ils traduisent un appauvrissement des plus démunis. Les travailleurs vivent une érosion de leur pouvoir d’achat. Le taux d’inflation est ici supérieur à celui de la France. 3,2% ici, 2,8% là-bas. Le 1er juillet dernier, le gouvernement décide d’augmenter le SMIC de 3,05%, ce qui ne permet pas de rattraper l’inflation à La Réunion. C’est une perte nette de pouvoir d’achat pour les travailleurs dont le salaire est calculé en fonction de cet étalon : ceux qui sont payés au SMIC mais aussi les personnes qui ont un travail à temps partiel, dont le salaire est un SMIC mensuel incomplet. Mais comment vivre avec un demi-SMIC par mois ?
Pour les chômeurs indemnisés, la situation est plus grave du fait de la stagnation du montant des allocations en 2005, et d’une faible hausse de 2% cette année.
Ce n’est pas un hasard si à La Réunion, un des mots d’ordre en tête des manifestations et des mouvements sociaux est la hausse des salaires : la vie est toujours plus chère, et ce sont les plus pauvres qui paient le prix le plus élevé.
Dans son édition d’hier, "Témoignages" relatait la bataille quotidienne menée par un érémiste pour sa survie. Avec 382 euros, il n’a pas de quoi vivre décemment et doit faire le choix entre chercher un travail ou manger. C’est un exemple parmi des dizaines de milliers d’autres : Les Réunionnais observent qu’il est de plus en plus difficile de faire face aux dépenses de la vie courante.
Renforcer les revendications
Quel minimum pour vivre à La Réunion ? Nul doute qu’un Observatoire des prix et des revenus permettra de répondre à cette question, avec la plus grande transparence.
Cela renforcera les revendications portées par celles et ceux qui demandent que les salaires et les allocations soient réévalués pour tenir compte de la vie chère. Et quand ce revenu minimum sera calculé et rendu public, alors chacun pourra mesurer clairement le chemin qu’il restera à accomplir pour que chaque Réunionnais puisse vivre dignement, avec un revenu décent.
M.M.
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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