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26 janvier 2008
Par voie de communiqué, la Préfecture informait que le représentant de l’Etat à La Réunion allait soumettre à la Commission d’expulsion des étrangers une procédure à l’encontre de Rafiki Hamidou, le « dézordër » de Saint-André, la terreur, dit-on, qui martyrise les commerçants saint-andréens.
On ne fera pas la boutade de dire que le premier délinquant doit porter cravate et costume pour vraiment faire la loi, même contre la loi, à Saint-André. Rafiki Hamidou, arrêté dans le cadre d’une affaire de stupéfiants, aura, “à ses dépens ?”, créé une émeute à Saint-André. Ainsi, Monsieur le Maire fit savoir son mécontentement face à la violence urbaine qui s’installe dans sa commune. Et d’encourager le préfet dans sa démarche d’expulsion. En effet, hier, le préfet faisait valoir les dispositions des articles L 522-1, L 521-3 et R 522-3 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile devant les magistrats membres de la Commission d’expulsion des étrangers. L’article L 521-3 du CESEDA explique qui est concerné par la mesure d’expulsion. « Ne peuvent faire l’objet d’une mesure d’expulsion qu’en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes », lit-on. Rafiki Hamidou était en garde-à-vue au moment des émeutes de Saint-André, et c’est d’ailleurs poussé par la police qu’il a participé au retour au calme. Mais bon, au vu de la mention de cet article, peut-être que Rafiki est considéré comme un “étranger” portant atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Etat, à moins qu’on lui reproche seulement l’émeute. C’est l’arrestation de Rafiki Hamidou qui a causé l’émeute, et ce n’est sûrement pas lui que l’on trouvait en train d’agresser les rues réunionnaises et les bâtisses de l’Etat.
Qui est le plus grand caïd de Saint-André ?
Peut-être que l’affaire Nourdine est déjà oubliée dans l’esprit des Réunionnais, mais c’est tout de même la deuxième affaire de reconduite à la frontière depuis la fin de l’année 2007. L’une concerne une famille modèle, d’abord honorée, puis humiliée, puis rétablie à ses honneurs. L’autre serait le malfrat de Saint-André. Non, il y en a d’autres, qui ne sont pas Comoriens. Là, il paraît que les fonctionnaires s’attachent à la régularité de la procédure administrative de l’expulsion de M. Rafiki Hamidou. Il fut avisé de la procédure, convoqué et entendu par l’autorité administrative. Le préfet faisait valoir les raisons de sa demande d’expulsion devant la Commission d’expulsion des étrangers. Dans 1 mois, ou peut-être même avant, la Préfecture nous présentera les conclusions de la Commission. On se dira : « lui au moins, il méritait de partir ». Certes, « l’étranger » a des devoirs envers la société. Mais que dire de cette manipulation ? C’est à se demander si une famille ô combien ordinaire n’a pas été un simple bouc émissaire, pour que l’on fasse bien la différence entre ceux qui n’ont rien fait, sinon d’avoir commis des bénignes « erreurs administratives », et celui qui a fait trembler Monsieur le maire, et apparemment aussi l’Etat. Est-ce que nous rentrons délibérément dans l’ère de l’expulsion ? La maîtrise de l’immigration prévue par Nicolas Sarkozy incite certains à faire du zèle. Et de pointer du doigt un autre bouc émissaire. Parce qu’à Saint-André, la justice ne doit pas s’arrêter sur les seuls agissements de Rafiki Hamidou, qui, dit-on, était “lontan” chevalier servant pour le chef de l’Hôtel de ville.
« La France, tu l’aimes ou tu la quittes »
On l’arrête pour trafic de drogues et on le relâche, se plaint Pierrot Dupuy dans “Le petit journal”. Et oui, Rafiki Hamidou fut libéré par le Vice-procureur Auter et placé sous contrôle judiciaire. Pourquoi il fuirait, où ? Aux Comores ? Pierrot Dupuy s’inquiète de savoir où l’individu pourrait errer. Et ce dernier de rappeler un message « des braves citoyens » : « qui votent, qui paient leurs impôts et qui attendent en contrepartie de l’Etat et des élus qu’ils les protègent et qu’ils mettent hors d’état de nuire des individus tels que ce Rafiki Hamidou ». Voilà des paroles qui peuvent inciter à l’émeute, je m’en émeus moi-même. Oui, parce que l’on continue à transmettre une mauvaise image d’une communauté qui fait - n’allons pas encore le rappeler - partie intégrante de notre société.
Pour Monsieur Rafiki Hamidou, s’il est reconnu coupable de trafic de stupéfiants, qu’il en soit puni comme la loi le prévoit. Mais la loi dit-elle qu’il faut expulser le criminel ? L’étranger est placé sous des lois différentes, c’est un fait. Mais nous sentons que derrière ces deux affaires, on nous miroite une politique plus stricte de l’immigration. Le Président de la République aime à répéter : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ». Il faut croire que même en l’aimant, certains sont obligés de la quitter. Sommes-nous déjà à l’ère de la politique du chiffre ? Au moindre écart, c’est “dehors, au revoir !”. Voyons quelles seront les conclusions de la Commission d’expulsion des étrangers sur cette affaire.
J.T
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