Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
10 août 2009

Quand on parle de pauvreté, le risque est grand de s’en tenir à des arguments à “faire pleurer Margot”. Quand on parle de pauvreté, le risque est aussi grand de se limiter à l’énoncé de chiffres désincarnés.
Or, derrière les chiffres, se trouvent des vies humaines.
En 2006, 52% des personnes vivant à la Réunion avaient un niveau de vie inférieur au seuil national établi à 880 euros. Prudence ! Nous dit-on aussitôt, ce seuil n’est pas valable à La Réunion puisque, pour notre île, le seuil de pauvreté est de 473 euros.
Dans un courrier des lecteurs du 11 juin, Manuel Socratès rappelle que, pour mesurer la “pauvreté en condition de vie”, on utilise plusieurs indicateurs. « Quinze indicateurs ont été retenus à la Réunion contre les 27 généralement utilisés (1). […] En 2006, les personnes connaissant les difficultés les plus fortes (soit au moins 5 des critères retenus) représentaient 14% de la population ».
Ces données sont objectives et simples à saisir. Pourtant, à partir d’une publication (2) s’est développée une polémique (3). Jean-Yves Rochoux rappelle judicieusement qu’on « utilise trop souvent les données chiffrées sans tenir compte de leur relativité et donc sans tenir compte de leur sens véritable ».
Pour éviter ce type d’écueil, depuis la fin des années 1970, les chercheurs ont affiné les critères permettant de cerner l’état de pauvreté : « incapacité de mener une vie décente » (1979), « ressources ne permettant pas à une personne d’avoir le mode de vie minimum acceptable dans la société à laquelle elle appartient »(1993) ; ne pas disposer des « biens perçus comme nécessaires par la société » (2003).
On le voit, la pauvreté fait autant appel à des critères variables qu’au ressenti que les personnes ont de leur situation : “lassitude” et/ou “honte” puisque, dans nos sociétés, la pauvreté est souvent associée à la “paresse”. Deux chercheurs, Paugam et Selz (2005) font toutefois observer que « les personnes interrogées sont moins nombreuses à expliquer la pauvreté par la paresse lorsque le chômage augmente, davantage d’individus étant alors exposés au risque de perdre leur emploi ».
Pour conclure aujourd’hui, ne peut-on s’accorder à dire que — dans leur immense majorité — les habitants de La Réunion souhaitent que soit éradiqué le fléau de la pauvreté. Ne conviendrait-il donc pas, pour que tous nous tirions dans le même sens, de ne pas désarçonner l’opinion par l’emploi de critères d’apparence aussi contradictoire qu’un seuil de pauvreté de 880 euros en France continentale ramené à 473 euros à La Réunion ? Dans notre île, en effet, selon maints rapports récents, 1 - le coût de la vie est supérieur à celui de la France ; 2 – l’État, pour tenir compte de ce différentiel, indexe les salaires de ses agents… mais le seuil de pauvreté serait de 473 euros !
Plutôt que nous affronter sur un seuil métropolitain quasiment double de celui de La Réunion, demandons-nous plutôt si nous envisagerions de vivre décemment avec, non pas 473 euros mensuels, mais avec 880 euros.
Jean Saint-Marc
(1 ) L’OCDE en utilise 7 : 1. La possibilité de climatiser correctement le logement ; 2. La limitation du choix de produits alimentaires ; 3. Le manque d’espace ; 4. Les nuisances environnementales ; 5. Les retards de paiement de factures courantes ; 6. Les retards de paiement de crédit hypothécaire ou de loyer ; 7. La capacité de boucler le budget du ménage.
(2) "Ma Région et moi" (n° 10). “Tribune libre” - W. Bertile.
(3)“Plus un mensonge est gros...” – JIR 05.08.09 (Daniel Lallemand) et “52 % de pauvres à la Réunion ?” – JIR - 08.08.2009 – Jean-Yves Rochoux.
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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