Santé vie pratique

Aspartame : toujours pas de risque établi

Témoignages.re / 6 juin 2011

A l’occasion d’une conférence qui s’est récemment tenue à Bruxelles, l’Association internationale des fabricants d’édulcorants (ISA) s’est attachée à répondre aux critiques récurrentes formulées à l’encontre de l’aspartame, présent dans plus de 6.000 produits alimentaires. Deux études récentes ont en effet pointé des risques liés à cet édulcorant.

Un travail italien, réalisé sur des lignées particulières de souris par le Centre de Recherche sur le Cancer Ramazzini de Bologne, a mis en évidence une augmentation du risque de certains cancers en cas d’absorption massive d’aspartame. Une étude danoise, menée sur près de 60.000 femmes enceintes, a pour sa part démontré une augmentation du risque de prématurité lié à la consommation de boissons contenant des édulcorants. Concernant ces deux études, l’ISA renvoie aux conclusions de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). En effet, pour l’EFSA — tout comme pour l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) en France —, ces travaux ne justifient pas de réviser les évaluations précédentes.

L’EFSA poursuit toutefois ses analyses. Elle a notamment demandé à l’équipe italienne « des éclaircissements et des compléments d’information concernant la conception de son étude et ses méthodes d’analyse statistique ». L’agence européenne avait en effet reproché à cette même équipe, dans un passé récent, des biais statistiques et méthodologiques qui entachaient ses travaux.

Andrew Renwick est professeur émérite de pharmacologie à l’Université de Southampton, au Royaume-Uni. Il souligne également que des questions subsistent concernant l’étude danoise. « Celle-ci établit une association entre la prématurité et la consommation de sodas contenant des édulcorants. Une association, mais pas un lien de cause à effet », explique-t-il. « Par ailleurs, il n’y a pas de rationnel biologique expliquant comment l’aspartame pourrait favoriser un accouchement prématuré ». Une évaluation de ces études est donc toujours en cours pour valider — ou non — le risque encouru par les consommateurs d’édulcorants.

Une question de dose

L’une des controverses concernant ces derniers porte sur la dose au-delà de laquelle ils pourraient constituer un risque. « Tout produit est potentiellement toxique... à partir d’une certaine dose », souligne le Pr Renwick. « Pour déterminer la dose journalière acceptable (DJA) d’un produit, on commence par donner celui-ci à un animal de laboratoire. Puis on augmente la dose jusqu’à observer un effet sur l’organisme. La dernière dose pour laquelle aucun effet n’est observé est ensuite divisée par 100, ce qui donne la DJA ».

Pourquoi 100, et pas 50 ou 150 ? « Le facteur 100 a été choisi dans les années 1960 et constitue une approche de précaution », explique Andrew Renwick. « Il s’agit d’un facteur 10 correspondant à la variabilité entre animaux et humains, multiplié par un facteur 10 pour la variabilité entre humains. C’est une approche certes pas très précise, mais pragmatique. Et elle donne une marge de sécurité ». Chaque produit a donc une DJA différente. Celle de l’aspartame est de 40mg/kg de poids/jour. Ce qui, pour un adulte de 70 kg, représente 2.800 mg ou 2,8 g. Soit l’équivalent en pouvoir sucrant de 35 canettes de 33 cl de soda à l’aspartame ! « Et toutes les études sur les consommations d’édulcorants dans le monde montrent que même chez les gros consommateurs, la dose d’aspartame est inférieure à la DJA », indique le Pr Renwick.

Quels composants ?

Une fois absorbé, l’aspartame est dégradé, au niveau de l’intestin, en acide aspartique, en phénylalanine et en méthanol. C’est d’ailleurs la présence de phénylalanine qui interdit aux patients atteints de phénylcétonurie de consommer cet édulcorant, mais aussi de la viande, du poisson, des œufs, des laitages et des féculents. Et c’est le méthanol que les études italienne et danoise mettent en accusation. Mais le Pr Renwick souligne que ces trois composants sont présents dans d’autres produits alimentaires. « Il y a dix fois plus d’acide aspartique dans le lait écrémé que dans une boisson contenant de l’aspartame », précise-t-il. « Quant au méthanol, il est tout aussi présent dans les jus de fruits que dans des boissons aux édulcorants ».


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