Santé vie pratique

Dépendance à l’alcool : une maladie pas assez diagnostiquée

Destination Santé

Témoignages.re / 9 mai 2016

L’image de l’alcool en France reste de nos jours encore trop positive. C’est en tout cas l’opinion du Dr Alain Rigaud [1], psychiatre et addictologue, président de l’association nationale de prévention en alcoologie et addictologie. Selon lui, l’assouplissement de la Loi Evin est en contradiction totale avec la nécessaire accélération de la prise en charge du problème alcool.

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L’abus d’alcool nuit à la santé, à consommer avec modération.
Photo Phovoir

« La vision sociétale de l’alcool, encouragée par les lobbies et relayée par les politiques s’avère très binaire », explique le Dr Rigaud. « On est présumé buveur modéré et responsable tant que l’on n’a pas été déclaré buveur malade alcoolique. Soit on est l’un, soit on est l’autre ! » Or cette conception ne prend pas en compte les patients qui un jour ou l’autre pourront être confrontés à un problème avec leur consommation d’alcool.

Pour asseoir encore son discours, le Dr Rigaud évoque les dégâts liés à l’assouplissement de la Loi Evin. « Plus vous êtes exposés à la publicité, plus cela donne une norme de consommation sociale. Or l’alcool est aujourd’hui un produit trop valorisé. Cela fragilise le travail de prévention sur une consommation raisonnable. Oui boire un verre de temps en temps, cela relève du plaisir. Mais attention à la régularité de la consommation, elle peut devenir nocive ».

Ce contexte ne facilite pas le diagnostic. Le Dr Rigaud parle de « sous-diagnostic ». Plus de 2 millions de Français souffriraient de dépendance à l’alcool et seulement 10 % seraient pris en charge. Or l’arsenal thérapeutique est plus large aujourd’hui. « Le modèle de l’abstinence dominant depuis les années 50 s’est enrichi d’une vision plus souple. Celle du contrôle de la consommation. Ne plus boire une goutte d’alcool n’est pas une approche forcément accessible à tout le monde ». Pour le Dr Rigaud, il convient de considérer le soin « comme un chemin vers l’abstinence. Depuis plusieurs années, nous accompagnons nos patients avec un objectif de réduction de la consommation. Avec l’arrivée de nouvelles molécules, cela nous a permis d’officialiser ce modèle de prise en charge ».

© Agence Destination Santé - 2016

[1Interview du Dr Alain Rigaud, février 2016


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