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Et si ce n’était pas “juste un mal de dos” ?

Destination santé

Témoignages.re / 16 juin 2011

Au moins 150.000 Français souffriraient de spondylarthrite ankylosante (SA), un rhumatisme inflammatoire chronique du bassin et de la colonne vertébrale. Méconnue, cette maladie est particulièrement insidieuse : il s’écoule 7 à 10 ans entre les premiers symptômes et le diagnostic. Ce qui paraît impensable, au regard des moyens dont dispose la médecine !

« Ce retard de diagnostic pose un vrai problème », nous confie le Pr Philippe Goupille, rhumatologue au CHU Trousseau de Tours. « Les généralistes sont peu sensibilisés à la reconnaissance de la SA. Dans la plupart des cas, ils reçoivent des patients jeunes — entre 20 et 40 ans, n.d.l.r. — qui se plaignent du dos avec des douleurs dans la fesse et la cuisse, interprétées comme des sciatiques ».
La suspicion de spondylarthrite s’efface alors derrière le mal de dos, ce “mal du siècle” totalement banalisé qui fait un coupable idéal. Un constat d’autant plus déconcertant que la maladie se manifeste par des symptômes bien spécifiques : « quand on apprend que les patients sont réveillés par ce mal de dos en deuxième partie de nuit, et qu’ils mettent une demi-heure le matin pour enfiler pantalon et chaussettes parce que leurs articulations sont comme “rouillées”, le diagnostic est quasiment posé », schématise à peine Philippe Goupille.
Douleurs en seconde partie de nuit, dérouillage matinal plus ou moins long… d’autres signes doivent alerter. « Les douleurs au talon sont fréquentes », poursuit le spécialiste. « Les patients sont également fatigués par les poussées inflammatoires. Ils peuvent ressentir une oppression thoracique, qui peut être confondue avec une affection cardio-vasculaire, mais qui correspond, en fait, à une atteinte des petites articulations du thorax ».

La spondylarthrite ne se voit pas…

Autant de signes très caractéristiques qui doivent amener à consulter. « Sans attendre », insiste même Philippe Goupille, citant également des « signes extra-articulaires ». Comme des épisodes d’œil rouge — des uvéites — sans oublier de rechercher « s’il y a des membres de la famille qui présentent des symptômes semblables ou souffrent d’une spondylarthrite avérée ».

Il existe en effet un « terrain génétique prédisposant ». Le gène HLA B27 est fréquemment retrouvé chez les patients. Au point de le rechercher systématiquement chez les enfants de malades ? « Non, car un enfant ou un adolescent peut porter le gène sans jamais déclencher de spondylarthrite. Il faut toutefois être vigilant et consulter son généraliste s’il se plaint de symptômes rhumatologiques ».
Au-delà, enfin, des douleurs qui “pourrissent” le quotidien des patients, Philippe Goupille soulève un problème supplémentaire : « contrairement à la polyarthrite rhumatoïde qui déforme les articulations, la spondylarthrite ne se voit pas de l’extérieur. Fatigués, handicapés par les douleurs, les patients sont incompris, au point parfois de passer pour des tire-au-flanc ». Une dernière bonne raison de consulter. Sans attendre.


Spondylarthrite et AINS : une histoire d’interrupteur…

Comme le souligne le Pr Philippe Goupille, « les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS) représentent le traitement de base de la spondylarthrite ankylosante ». Remarquables d’efficacité dans la plupart des cas, ils ont une manière bien spécifique d’agir sur la douleur associée à cette maladie. Ce qui, d’une certaine façon, permet d’en affirmer le diagnostic.
Dans le cas par exemple de l’arthrose, l’efficacité des AINS perdure quelque temps après la prise du médicament. Mais lorsqu’il s’agit d’une spondylarthrite, la douleur revient en force dès que le traitement cesse d’agir. Les AINS agissent alors sur la douleur à la manière d’un interrupteur. Ils l’éteignent immédiatement, et elle se “rallume” aussi soudainement. C’est un signe très caractéristique. Et c’est aussi pourquoi, selon Philippe Goupille, « il ne faut surtout pas arrêter le traitement d’un seul coup, mais de façon très progressive ».


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