Santé vie pratique

La maladie d’Alzheimer bientôt prévisible ?

Destination santé

Témoignages.re / 30 janvier 2012

Une équipe française dirigée par le Pr Etienne-Emile Baulieu (Paris) est sur la piste d’un test prédictif de la maladie d’Alzheimer. Les scientifiques ont découvert les vertus d’une protéine — FKBP52 — qui protègerait contre les démences séniles. Explications.

La maladie d’Alzheimer affecterait aujourd’hui, selon les estimations, 25 millions de personnes dans le monde, dont plus de 800.000 rien qu’en France. Cette affection neuro-dégénérative incurable entraîne la perte progressive et irréversible des fonctions mentales. L’importance de cette découverte, si elle se confirme, serait donc majeure.

C’est en 1988 que le Pr Michel Goedert de l’Université de Cambridge (Grande-Bretagne) identifie la protéine Tau. Cette dernière joue un rôle important dans le bon fonctionnement des neurones. Et lorsqu’elle vient à dysfonctionner, elle forme des amas cellulaires — les plaques amyloïdes — qui perturbent l’activité des cellules neuronales, et favorisent ainsi le développement de maladies neuro-dégénératives, comme la maladie d’Alzheimer. Le rôle reconnu à la protéine Tau dans ces affections est tel que les scientifiques les désignent sous le nom générique de tauopathies.

Quatre ans plus tard (en 1992), le Pr Etienne-Emile Baulieu découvre un composé naturel dont il n’identifie pas alors la fonction : c’est l’immunophiline FKBP52. En janvier 2010 (18 ans après sa découverte donc), celle-ci est enfin corrélée avec celle de Goedert. Les équipes de l’Institut Baulieu constatent, en effet, que la protéine FKBP52 inhiberait ou tout du moins réduirait l’effet de la protéine Tau. Elle protègerait donc en quelque sorte contre les tauopathies. A l’époque déjà, ces résultats, co-publiés par Baulieu et Goedert dans les annales de l’Académie nationale des Sciences aux États-Unis, avaient fait sensation.

Traiter, mais aussi prédire

Un nouveau travail actuellement sous presse pour être publié dans “The Journal of Alzheimer Disease” confirmerait le bien-fondé de ces approches. Chez des patients décédés de la maladie d’Alzheimer, il aurait permis de retrouver des indices concordants qui confirment les modèles physico-chimiques, cellulaires et animaux. Deux axes de recherche « vont nous guider dans les années à venir », explique le Pr Baulieu dans un communiqué. D’une part, les chercheurs de l’Institut vont tenter de « booster la protéine FKBP52 pour en faire l’antidote de la protéine Tau ».

D’autre part, ils ont relevé une « diminution de la FKBP52 chez les patients souffrant de la maladie d’Alzheimer ». Cette protéine étant naturellement présente chez l’être humain, on peut espérer qu’une mesure de son niveau permette d’identifier les personnes à risque de tauopathie. Aujourd’hui, le dosage de FKBP52 se fait à partir du liquide céphalo-rachidien. Il nécessite donc une ponction lombaire, peu compatible avec la notion de dépistage de masse… Pourtant, les chercheurs n’excluent pas, à terme, le développement d’un test prédictif à partir d’un échantillon de sang.

Pour mener à bien leurs travaux, le Professeur Baulieu et son équipe expliquent toutefois « avoir besoin d’environ un million d’euros par an pendant cinq ans ». Une somme qui, selon eux, ne représente qu’« une goutte d’eau dans l’océan lorsque l’on sait que retarder, ne serait-ce que d’un an, l’entrée dans la dépendance de 10% des malades économiserait 1 milliard d’euros de dépenses pour notre seul pays ».


Kanalreunion.com