Santé vie pratique

Les anticoagulants, efficaces, mais très sensibles

Témoignages.re / 19 novembre 2011

« En raison d’un risque hémorragique toujours présent, les anticoagulants sont des médicaments très compliqués à manier », explique Jean-Paul Bounhoure, professeur de Cardiologie et membre de l’Académie nationale de Médecine. « Il y a là un vrai besoin de recherche ».

Avec plus de 17.000 hospitalisations et un bilan qui se monte à 4.000 morts par an, les hémorragies sous antivitamines K (les anticoagulants les plus couramment utilisés depuis 50 ans) sont en effet la première cause d’accidents iatrogènes. Pour autant, la lutte contre la coagulation est très souvent une nécessité vitale. Quadrature du cercle ? La raison d’être d’un anticoagulant, c’est de limiter le potentiel de coagulation du sang et de le fluidifier. L’objectif est de prévenir la formation ou le développement de caillots sanguins, des thrombus. Ces derniers sont susceptibles de provoquer une thrombose (ou une embolie) pulmonaire ou cérébrale.

Les anticoagulants sont prescrits aux patients souffrant de troubles cardiaques (fibrillation auriculaire, athérosclérose coronaire) — ou vasculaires comme dans les suites d’une thrombose veineuse profonde (TVP). Ils peuvent également être prescrits à titre préventif. Par exemple à des patients immobilisés à la suite d’une fracture de jambe, ou d’une intervention chirurgicale lourde. Dans ce cas, l’objectif est de prévenir l’apparition d’une phlébite.

L’efficacité des AVK varie selon les patients

Les antivitamines K sont en quelque sorte le symbole de ce maniement difficile évoqué par le Pr Bounhoure. Leur efficacité importante varie en effet d’un patient à l’autre et chez un même patient, en fonction de nombreux facteurs :

- la coexistence d’autres maladies ;

- la prise d’autres médicaments ;

- l’alimentation : la vitamine K est présente dans de nombreux aliments comme les brocolis, les épinards, la laitue et… le café. Ces derniers doivent donc être évités par les patients traités par AVK, sous peine de diminuer l’effet anticoagulant.

La dose efficace d’AVK nécessaire à chaque patient est donc délicate à déterminer. Pour évaluer l’action de ces médicaments sur la fluidité du sang, les médecins recourent à l’INR (International Normalised Ratio). Sa détermination repose sur des prises de sang régulières durant le traitement, ce qui constitue une réelle contrainte. Pour éviter le risque de saignements, cet INR ne doit être ni trop élevé (signe que le traitement est certes efficace, mais avec un risque hémorragique non négligeable), ni trop faible.

4.000 morts par an…

Parfois, l’équilibre est particulièrement difficile à trouver. Chaque année, 600.000 Français sont traités par AVK. Comme le souligne la Haute Autorité de Santé, « les risques hémorragiques des AVK sont au premier rang des accidents iatrogènes dans notre pays. Environ 17.000 hospitalisations par an sont dues aux complications hémorragiques des AVK ». Et 4.000 décès sont ainsi recensés !

« Pour toutes ces raisons, il existe un vrai besoin de recherche dans ce domaine avec de nouvelles études conduites sur de larges cohortes et sur la durée », insiste le Pr Bounhoure. « Mais dans la mesure où le but de ces traitements est de limiter la coagulation du sang jusqu’à un certain point, qui varie selon les patients, le risque hémorragique existera toujours ».


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