Droits humains

2012 : la crise politique s’aggrave en France

Conséquence de l’aggravation de la crise économique et de l’application d’un plan d’austérité

Manuel Marchal / 29 décembre 2012

Après la parution des chiffres du chômage jeudi, ceux de la croissance diffusés hier illustrent les difficultés qui s’aggravent. Pour y faire face, le gouvernement a décidé d’une stratégie, elle est contestée au sein même de sa majorité. Avant-hier, le PCF a publié une vidéo prenant comme référence les engagements de campagne du président de la République. La réponse cinglante du premier secrétaire du PS, Harlem Désir, témoigne de la crise politique qui traverse la majorité à son plus haut niveau.

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L’année se termine par une situation tendue au sein de la majorité présidentielle. Six mois plus tôt, François Hollande a été élu président de la République. Le candidat soutenu par le Parti socialiste avait été l’objet d’un mode de désignation particulier.

François Hollande n’a pas été choisi uniquement par des adhérents à un parti à jour de leurs cotisations. Sa désignation a été la conséquence d’un vote ouvert à toutes les personnes prêtes à signer une charte en faveur des valeurs de gauche : les Primaires citoyennes de novembre 2011. À La Réunion, c’est le soutien du Parti communiste réunionnais à François Hollande qui a permis à ce dernier d’arriver en tête. Ce soutien était le résultat d’une lettre d’engagement adressée par le candidat à Paul Vergès.

Au total, plus de 2,5 millions de personnes ont participé à cette première, cela voulait dire que le candidat qui devait affronter Nicolas Sarkozy, président sortant, était déjà un candidat rassemblant au-delà de son parti d’origine.

32% des voix et 52% des sièges

Cette dynamique s’est vérifiée lors de la présidentielle. Le vainqueur des Primaires citoyennes était devant Nicolas Sarkozy au premier tour. C’était la première fois qu’un président sortant n’arrivait pas en tête du premier tour de ce scrutin. Au second tour, François Hollande battait Nicolas Sarkozy. En France, il avait fait l’objet de nombreux soutiens. Au soir du premier tour, le candidat du Front de Gauche appelait à voter pour lui. Les Verts d’Europe Écologie adoptaient la même position ainsi que le candidat du MoDem, qui annonçait son soutien à François Hollande à titre personnel sans donner de consigne de vote.

Du fait du mode de scrutin aux élections législatives en France, il est possible pour un parti qui n’est pas majoritaire de détenir à lui seul la majorité des sièges de l’Assemblée nationale. Au premier tour, 32% des voix pour le PS et apparentés, et au soir du second tour, plus de 52% des sièges.

Sur la base de ce résultat, le Parti socialiste peut gouverner seul. Mais ce formidable capital de confiance est rapidement dilapidé. Le PS renoue avec un comportement déjà observé lors de la première alternance après l’élection de François Mitterrand. Il place ses partenaires de la majorité présidentielle devant le fait accompli, prenant des décisions qui ne correspondent pas aux engagements pris durant la présidentielle. Et lorsque ces partenaires utilisent les voies démocratiques pour rappeler au gouvernement les engagements du candidat Hollande, ils sont accusés de faire le jeu de l’opposition.

Cacophonies dans le gouvernement

En septembre, le débat sur le Traité européen a été le premier révélateur de la crise. Le président de la République s’était engagé à renégocier le traité signé quelques mois auparavant par Sarkozy. Mais pour les partenaires de la majorité présidentielle, le texte soumis au Parlement ne respectait pas l’engagement pris devant la population.

Le 23 septembre dernier, le Conseil national des Verts a voté contre le Traité européen que le gouvernement soutient. Logiquement, ses parlementaires avaient donc pour mission de s’opposer à ce projet gouvernemental alors que les Verts comptent deux ministres dans le gouvernement. Ils ont appliqué la décision de leur parti sans que leurs ministres soient exclus du gouvernement ou sans que les Verts ne soient l’objet d’un communiqué virulent.

Pour leur part, les communistes ont également refusé de voter le texte. Il a fallu que l’UMP joigne ses voix à celles du PS pour que le Traité européen soit adopté. Cet épisode traduisait bien un malaise, car ce texte était le premier grand rendez-vous du gouvernement avec sa majorité.

Avec l’aggravation de la situation économique et la montée de l’exaspération au sein de la population, la crise s’est révélée.

Tout le monde a encore en mémoire cet autre épisode : le sauvetage des hauts-fourneaux de Florange. Là encore est apparue au grand jour une divergence entre le ministre du Redressement productif et d’autres ministres. Au final, c’est le premier qui a été désavoué publiquement.

Au Sénat, les membres du groupe communiste n’ont pas voté avec l’opposition contre le projet de budget du gouvernement, ils se sont abstenus. Pouvaient-ils faire autrement face à la montée du mécontentement du peuple qui avait donné mandat pour le changement ? Cela a entrainé le rejet du texte par cette assemblée parce que le PS n’a pas su rassembler au-delà de sa propre chapelle. Ce rejet n’est pas définitif et le PS peut malgré tout imposer le texte, car il dispose à lui seul de la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Cette majorité, elle est la conséquence d’un rassemblement lors de la présidentielle.

La sous-estimation de la crise

Sans ce rassemblement, c’est Nicolas Sarkozy qui aurait vaincu, et l’UMP aurait gagné dans la foulée les législatives comme en 2007 et en 2002. N’oublions pas non plus qu’à La Réunion, le PS a, lui, été véritablement un adversaire de la gauche en offrant la Région à l’UMP dans sa volonté de combattre le Parti communiste réunionnais (voir encadré) .

Enfin, la réponse du PS à l’initiative du PCF ne tient pas compte du contexte exceptionnellement grave de la situation. Nous ne sommes plus en 1981, à la sortie des Trente Glorieuses, mais en 2012, 4 ans après que la plus grave crise économique depuis les années 1930 ait touché les rives de l’Europe. Il est donc clair que la solution aux problèmes ne réside pas dans un seul parti, mais dans le rassemblement de toutes les bonnes volontés.

Les trois dernières élections partielles ont bien confirmé que le peuple est en colère : trois défaites pour les candidats de la majorité. Le message est clair et s’il n’est pas entendu, c’est toute la majorité qui en subira les conséquences. En tant que chef de file de cette majorité, le PS va-t-il créer les conditions du retour du dialogue ?

Manuel Marchal

Les chiffres du chômage explosent. C’est à ce moment que la majorité connaît une grave crise, de quoi sera fait 2013 ?

L’incroyable réponse du PS à son principal partenaire de la majorité présidentielle

En réponse à la diffusion par le PCF d’une vidéo comparant les engagements du candidat socialiste à la politique menée par le président de la République, le premier secrétaire du PS a tenu des propos pour le moins inhabituels vis-à-vis d’un membre de la majorité. Voici le contenu de ce communiqué qui, par sa virulence, aura des répercussions dans l’opinion :

« Le Parti communiste vient de dévoiler un clip vidéo qui vise de façon inacceptable le Président de la République et le gouvernement. Ce clip est de mauvaise foi, mensonger et caricatural : il est une faute contre la gauche.

François Hollande et la gauche qui gouverne sont la cible exclusive de ce clip qui épargne totalement la droite et l’extrême droite.

Ce clip est une honte pour ses auteurs. Il ne met pas seulement en cause le Président de la République, il ignore délibérément l’action menée depuis 8 mois au service des Français : il passe sous silence les emplois d’avenir, les contrats de générations, la hausse du SMIC de 2% dès juillet 2012, l’augmentation de l’Allocation de rentrée scolaire, la retraite à 60 ans pour les carrières longues, les nouveaux postes dans l’Education, la loi de séparation des activités bancaires, la loi sur le logement, la création de la Banque publique d’investissement... Plusieurs de ces lois ont d’ailleurs été votées par le Parti communiste au Parlement.

Ce clip passe aussi sous silence l’incohérence du Parti communiste qui a, pour la première fois avec la droite au Parlement, voté contre des réformes qui améliorent la vie quotidienne des Français comme le budget de la Sécurité sociale.

J’appelle le PCF à cesser de se tromper d’adversaire, à se garder d’une dérive contraire à sa tradition de responsabilité.

Ces caricatures sont insultantes et dangereuses pour l’unité de la gauche. La France n’a rien à gagner à la division de la gauche.

Au lieu de faire la guerre à la gauche, le Parti communiste devrait aider le gouvernement à faire la guerre au chômage et à la crise ».
À La Réunion, le PS a vraiment fait « la guerre à la gauche »

Pour les Réunionnais, le communiqué du PS ramène à une situation vécue. Car dans notre île, le PS a clairement pris pour adversaires l’Alliance et le PCR, et il a donc fait « la guerre à la gauche » pour reprendre les propos du communiqué du PS.

Lors des élections régionales de 2010, l’objectif du PS était d’affaiblir le PCR au travers de la défaite de l’Alliance. Pour cela, il n’a pas hésité à faire perdre la liste de gauche arrivée en tête au premier tour pour offrir la Région Réunion à l’UMP. Le chef de file des socialistes de la Région, Michel Vergoz, a même été jusqu’à féliciter le président UMP de son élection, chose qu’il n’avait jamais faite lors des élections précédentes de Paul Vergès. Michel Vergoz a ensuite été choisi pour être le sénateur socialiste de La Réunion.


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