Droits humains

26 ans après les Réunionnais de nouveau insultés

Mais quand le commissaire divisionnaire va-t-il présenter ses excuses ?

Céline Tabou / 20 août 2010

Il y a une semaine, Habdul-Hack Juan, a été interpellé par la police avec violence, pour avoir proféré des insultes en créole, lors du passage d’un véhicule de police. En pleine rue piétonne, face à la mosquée de Saint-Denis, des officiers de la Brigade anti-criminalité ont fait usage de tasers et gaz lacrymogènes, entraînant le chaos dans la rue.

Cette affaire fait ressurgir des heures sombres de l’Histoire de La Réunion. En 1984, les manifestations des lycéens et collégiens, et de leurs parents, pour la gratuité de la cantine, et le versement de la bourse, a dégénéré en affrontement avec les forces de l’ordre. Face à eux, racisme et brutalités policières.

Un combat sans fin

En 1984, le gouvernement prélevait des bourses des élèves demi-pensionnaires, le prix des repas à la cantine, et faisait payer les parents qui travaillaient la cantine et le FASO (fonds d’action sociale obligatoire). Ce système excluait les familles défavorisées, et poser une charge supplémentaire sur les parents du secteur privé. Cependant, les nouvelles mesures, qui ont conduit des milliers d’élèves dans les rues, sont la diminution des bourses scolaires, et le paiement de la cantine. Face à cette politique, les jeunes Réunionnais ont donc décidé de descendre dans les rues de l’île, pour demander le versement complet des bourses, et la gratuité de la cantine.

Ces jeunes ont dû faire face à la violence policière, les forces de l’ordre chargeaient les jeunes avec des matraques, et frappaient tout ceux en travers de leur chemin. De plus, ils ont dû subir les propos racistes, les provocations, les grenades lacrymogènes lancées lors de l’arrestation d’un maire d’origine indienne, les méfaits sont nombreux. La police ne sent se coupable en rien, il est presque normal pour les policiers de tabasser, insulter, et rabaisser les Réunionnais.

Les propos de M. Cohet, directeur départemental des Polices urbaines, avaient d’ailleurs soulevé l’indignation. Lors d’une conférence de presse, le directeur de la police avait qualifié, en des termes injurieux tels que “racaille”, “trublions”, “vieille technique réunionnaise de lancer de galets”, les jeunes manifestants. En réponse à ces insultes, Paul Vergès avait proclamé : « Nous disons que tous les Réunionnais aujourd’hui doivent se sentir à la fois des Indiens parce qu’on a jeté, en prison un des leurs alors qu’on ne le fait pas pour les autres. Nous devons tous nous sentir des Noirs, parce qu’on a insulté la population du Port ; et nous sommes tous de la racaille, de la racaille réunionnaise luttant pour sa dignité face au colonialisme ».

Après des jours de grève, et de lutte, les jeunes Réunionnais parviennent à obtenir la gratuité de la cantine, et le versement total de la bourse. Ce succès vient renforcer le besoin pour les Réunionnais d’avoir droit au même traitement qu’en France. Cet épisode met en évidence l’injustice sociale et politique, accompagnée de propos racistes. 26 ans plus tard, la situation est la même. Un Réunionnais a été brutalement interpellé, et des passants et fidèles ont été incommodés par des gaz lacrymogènes.

Violences policières, et racisme

Aujourd’hui aussi, des responsables politiques, des citoyens se sont indignés contre ce mépris raciste pour les Réunionnais. Les Réunionnais demandent des excuses de la part de Philippe Trenec, directeur de la Sécurité publique de La Réunion. Ce responsable doit prendre en compte les effets de cette arrestation brutale par ses officiers, et s’excuser pour le comportement violent, notamment l’usage de gaz lacrymogènes envers les citoyens présents.

“Le Quotidien” expliquait le 14 août que pour “calmer les esprits”, le commissaire Trénec avait réaffirmé que la déontologie policière avait été respectée. Selon lui, écrit “Le Quotidien”, “l’incident” n’a aucun rapport avec la religion. Il a également ajouté : “Les policiers réunionnais sont républicains. Il y en a d’ailleurs un certain nombre de confession musulmane. Les policiers réunionnais sont très respectueux de l’ensemble des religions”. Voulant enfermer le débat sur une question religieuse, le commissaire crée un écran de fumée pour ne pas s’excuser pour l’utilisation des gaz lacrymogènes, et des tasers envers les citoyens présents, devant la mosquée.

Il ne s’agit pas comme l’a indiqué, mercredi 18 août, Rémi Boniface de s’attaquer à l’institution, mais « dans toutes les institutions vous avez quelques parfaits abrutis, et quelques francs cow-boy partout, c’est ceux-là qui font énormément de tort ».

Céline Tabou

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Brutalités et injures vont être les réponses des forces de l’ordre — plutôt du désordre — à l’égard des manifestants. Une attitude condamnée par Paul Vergès.

Un Réunionnais victime de violences policières

Habdul-Hack Juan a un prénom et un nom, il n’est pas besoin de préciser à chaque fois le “fils de”. Il est le fils de sa mère et de son père, comme bon nombre de Réunionnais qui ont dû subir des violences policières. Pourquoi vouloir modifier son identité. Habdul-Hack Juan est un citoyen victime de la violence policière, qui est actuellement en pleine procédure judiciaire. Il y a là une volonté de nuire de la part de ceux qui souhaitent le considérer comme “fils de”.

Dans le cadre politique, de nombreux “fils et fille de” ont vu leur identité passée à la trappe, pour être l’enfant d’un tel ou un tel. Il y a là, un déni d’identité, vis-à-vis de Habdul-Hack Juan, qui est jugé au premier abord parce qu’il est le fils de Nassimah Dindar, présidente du Conseil général. De plus, le choix manifeste d’un des deux parents destitue Habdul-Hack Juan de sa citoyenneté, car il n’est pas seulement un “fils de”.



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  • que d’histoire pour pas grand chose se jeune homme,a déjà dans le passé insulté ,car il se croix à l’abri de tous à cause de sa famille .la patrouille de police a le droit de passé ou bon lui semble,la route est à tous .Je ne comprend pas que se jeune homme est fait ressurgir de la haine,du racisme c’est bien triste pour tous.

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