Droits humains

35 personnes disparues dans un naufrage entre Anjouan et Mayotte

Le plus grand cimetière marin du monde est dans notre région

Manuel Marchal / 15 mai 2014

D’après une information publiée par notre confrère France Mayotte Matin, 35 personnes sont portées disparues suite au naufrage de leur embarcation entre Anjouan et Mayotte. Le plus grand cimetière marin du monde se trouve à quelques heures de La Réunion, il est la conséquence de plusieurs décisions politiques d’un gouvernement qui n’avait pas anticipé la croissance démographique dans l’archipel.

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Chaque jour, des dizaines de personnes tentent une périlleuse traversée clandestine. Sans doute des milliers de disparus depuis 20 ans. (photo Marine nationale)

Dans son édition de mardi, France Mayotte Matin a annoncé qu’un kwassa-kwassa transportant 45 personnes entre Anjouan et Mayotte a fait naufrage. Seules 10 personnes ont été retrouvées, 35 autres sont donc portées disparues dans un océan plein de requins. Le naufrage a eu lieu la semaine dernière, ce qui laisse peu de chance de retrouver des disparus. Cette nouvelle a été confirmée par Orange Réunion et Imaz Press.

Dimanche matin, la marine française a intercepté 3 bateaux transportant 60 passagers. Ils étaient presque arrivés à Mayotte. Ils seront renvoyés vers les autres îles de l’archipel et tenteront sans doute de rééditer cette traversée.

À quelques heures de La Réunion, de l’autre côté de Madagascar, c’est sans doute le plus grand cimetière marin du monde. C’est la conséquence de plusieurs décisions politiques prises au moment de la décolonisation des Comores, après le référendum du 22 décembre 1974.

Pas de libre circulation

La politique menée par les gouvernements qui se sont succédé a créé une inégalité économique entre Mayotte d’une part et les autres îles de l’archipel d’autre part. Mayotte est intégrée dans la République et elle est même devenue une région ultrapériphérique de l’Union européenne.

A la rupture des liens économiques, Paris a ajouté un obstacle à la libre circulation des personnes dans l’archipel.

Depuis 1994, un résident d’Anjouan, de Mohéli ou de la Grande Comore doit avoir un visa pour se rendre à Mayotte. Ce visa coûte des frais de dossiers s’élevant à 99 euros pour un long séjour, 9 euros pour un court séjour. Cet argent est encaissé, que le visa soit accordé ou pas. Le revenu brut moyen aux Comores est d’un peu plus de 50 euros. Ce visa présuppose un passeport en cours de validité, qui coûte environ 60 euros. À titre d’exemple, un visa court-séjour nécessite pour l’examen du dossier des justificatifs de revenus, de situation professionnelle, de situation familiale, la réservation aller-retour du billet d’avion, un justificatif d’assurance-voyage d’une couverture minimale de 30.000 euros. Quant à la personne qui accueille, elle doit fournir une attestation d’accueil, une autre de prise en charge financière du demandeur, des justificatifs de situation familiale, de ressource et de domicile. Toutes les pièces demandées doivent être en original et en copie, les copies étant à la charge du demandeur.

Depuis 20 ans le visa obligatoire

Et pour un séjour plus long, il faut justifier d’un compte en banque doté de la somme suffisante pour couvrir les dépenses.

Brutalement, des obstacles financiers et procéduraux se sont dressés devant ceux qui avaient toujours l’habitude de se rendre à Mayotte.

C’est à partir de là que se sont développés les kwassa-kwassa. Des voyageurs paient des passeurs et embarquent sur de frêles embarcations pour traverser la nuit un bras de mer de 60 kilomètres. C’est très risqué, et cette région est devenue le plus grand cimetière marin du monde, avec des milliers de victimes estimées.

Tant qu’une solution à cette crise ne sera pas trouvée, les drames vont continuer. Souhaitons que le dialogue permettra de réparer les conséquences de décisions politiques désastreuses prises sans anticiper l’avenir.

 M.M. 


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