Droits humains

Chagos : dernières nouvelles du front

Les Chagossiens toujours en lutte pour avoir le droit de retourner dans leur pays

Témoignages.re / 13 septembre 2016

Le 2 juillet dernier, le Comité de solidarité Chagos-Réunion a envoyé deux notes d’information, au lendemain du jugement de la Cour Suprême. Depuis, c’est le statu quo, du moins en surface. Car entre cette période actuelle d’août – septembre et la fin de l’année 2016, des lignes vont bouger, et les Chagossiens vont tout faire pour arracher justice par leur RETOUR aux Chagos. La présente note d’information diffusée par le Comité résume les ’nouvelles du front’ en quatre points.

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Manifestation des Chagossiens devant l’ambassade du Royaume-Uni à Maurice : « honte pour le gouvernement britannique ».

Tout d’abord ce bref rappel historique 

La tragédie infligée au peuple chagossien remonte à un demi-siècle, dans les années 60 puis 70, quand les deux puissances Etats-Unis et Grande-Bretagne se sont liguées pour faire de Diego-Garcia la plus grande base militaire au monde (hors USA). C’est dans ce contexte de grande violence que les Chagossiens ont été déportés de leurs îles (Peros Banhos, Salomon, Diego Garcia…) où ils vivaient paisiblement depuis deux siècles. Exilés à Maurice et aux Seychelles, ils ont traversé les pires conditions d’existence : rejet, chômage, misère, prostitution, alcool, suicides…

Mais les Chagossiens ont su trouver la force incroyable de mener une lutte exemplaire et opiniâtre pour crier haut et fort qu’ils ont été victimes d’un crime contre l’humanité, que leurs droits fondamentaux avaient été violés et devaient être restaurés par leur retour dans leur pays, dans leurs îles Chagos, là où ils sont nés.

Le bail de location de Diego Garcia accordé par la Grande Bretagne aux USA expire au 30 décembre 2016. Son renouvellement constitue une échéance capitale pour que le droit au retour des Chagossiens se traduise enfin dans la réalité. C’est l’objectif unique qui a couru tout au long des innombrables procès gagnés puis perdus auprès des cours de justice britanniques.

Aujourd’hui le dénouement est proche. Comme on va le voir, il pourrait passer par les Nations Unies (point 1), par une prise de conscience de plus en plus élargie en Grande-Bretagne même (point 2) et dans l’océan Indien (point 3). Le gouvernement britannique est sous la pression… Va-t-il tenter une n-ième manœuvre ? Ou va-t-il enfin sortir de l’impasse ? (point 4)

1. Pris entre le marteau britannique et l’enclume mauricienne, Olivier Bancoult doit adapter le positionnement des Chagossiens à la SITUATION de juillet-août 2016 qui a suivi le jugement de la Cour Suprême. Cette situation est la suivante :

a. AUCUNE PROPOSITION de la Grande-Bretagne - au contraire manœuvre dilatoire à propos de l’étude sur la réinstallation soi-disant “incomplète” – alors que l’échéance du 30 décembre se rapproche

b. “réveil” de la diplomatie mauricienne sur la souveraineté et parallèlement rapprochement avec Olivier Bancoult (certes dicté par l’opportunité)

Le GRC (Groupe réfugiés Chagos) vote donc en assemblée générale la décision suivante : oui pour faire partie de la délégation mauricienne à l’ONU (2e quinzaine de septembre) (entrevue Bancoult – Jugnauth du 15 juillet), un accord assorti d’une condition formulée explicitement par Bancoult au gouvernement mauricien : les Chagossiens n’interviendront que sur leur histoire et le combat qu’ils mènent pour le retour aux Chagos. Ils ne traiteront à aucun moment de la question de la souveraineté.

Il faut savoir que Londres voit d’un très mauvais œil la décision de Maurice de se retourner vers les Nations-Unies pour que le dossier soit traité en assemblée plénière en vue de sa transmission devant la Cour internationale de Justice. David Cameron avait demandé un délai pour répondre à l’ultimatum posé pour fin juin par Jugnauth, délai suivi en fait d’aucun effet (Brexit, démission de Cameron…). D’où la décision des Mauriciens d’aller à l’ONU en septembre. D’où aussi les appels du pied au GRC, pour mettre le maximum d’atouts de leur côté. Londres est donc inquiet. La preuve : l’ambassadeur britannique à Port-Louis a fait venir Olivier Bancoult le 31 août pour… lui présenter les nouvelles propositions de son gouvernement ? Pas du tout. Mais pour lui faire un numéro d’intimidation, voire de chantage ! Le seul but de l’entrevue était d’obtenir que Bancoult n’aille pas à l’ONU avec la délégation mauricienne. « La Grande-Bretagne continue de bafouer les Chagossiens » nous a dit Olivier Bancoult au soir de la rencontre. « Comment avancer avec eux alors qu’il n’y a AUCUNE PROPOSITION ? » « Comment accepter cette duplicité alors que la Cour Suprême dans son jugement a reconnu l’injustice commise et a délivré une assez claire “recommandation” à la GB de sortir de cette impasse “illégale”, « irrationnelle, déraisonnable et disproportionnée » ?

Tel est donc le positionnement tactique du GRC, entériné dans son comité de responsables : secouer le nouveau gouvernement britannique, devant l’impact que devrait avoir la voix des Chagossiens, même si ce n’est pas encore en Assemblée plénière.

2. La déclaration de Snoxell et du ’groupe des parlementaires britanniques pour les Chagos’ en date du 30 août 2016.

Snoxell, ancien ambassadeur de la Grande-Bretagne à Maurice, a pris, on le sait, fait et cause pour la cause chagossienne. Il dirige un groupe d’une cinquantaine de députés de tous les partis qui demandent réparation pour les Chagossiens.

Le texte réclame que la Grande-Bretagne règle une fois pour toutes et dans son ensemble le problème chagossien (réinstallation, souveraineté et Parc Marin) avant la date du 29 décembre 2016. Après avoir récapitulé l’essentiel de la lutte des Chagossiens, Snoxell et son groupe écrivent : « Il est parfaitement possible qu’avec un sens du compromis et de la diplomatie de la part de la Grande-Bretagne, un règlement politique d’ensemble englobant les USA et Maurice soit validé pour le 29 décembre. Cela mettrait fin à la tragédie des Chagossiens, à l’isolement international de la GB sur la question et éviterait la poursuite de litiges sans fin à venir ».

Le texte rappelle que dans une lettre au journal ’The Times’ du 4 juillet, le groupe disait : « Il est temps que survienne une décision politique qui restaure les droits au retour des Chagossiens et mette enfin cet épisode honteux derrière nous ». Et voici la conclusion de la déclaration : « La continuation de l’exil des Chagossiens ne peut qu’apporter un surcroît de honte à la Grande Bretagne ».

Ce groupe de pression solidaire, venant de l’intérieur même de l’institution politique britannique, est un appui important pour Bancoult et le GRC. Espérons qu’il va faire bouger les lignes dans les prochaines semaines.

3. La déclaration de solidarité avec le peuple chagossien des évêques de l’océan Indien.

« En cette année de la Miséricorde promulguée par le Pape François, nous voulons manifester encore une fois notre soutien fraternel au peuple Chagossien qui souffre toujours du traumatisme causé par le fait d’avoir été cruellement déracinés de leurs îles » (…) « Nous soutenons leur lutte pour que ce retour sur leurs îles auquel ils ont droit, devienne une réalité. » La seconde partie du texte soutient la position mauricienne sur la souveraineté.

4. Dernière heure : ce mercredi 7 septembre nous prenons connaissance de la lettre de Peter Hayes, « directeur des territoires d’outre-mer » au Foreign Office, adressée à Olivier Bancoult l’invitant à rencontrer la ministre des territoires d’outre-mer, Baroness Anelay, entre le 6 et le 18 septembre.

… Mais Olivier Bancoult nous informe le 10 septembre, que le rendez-vous fixé au jeudi 15 septembre est accompagné d’une exigence formulée par le Foreign Office : que le dirigeant chagossien vienne seul et ne soit accompagné d’aucun de ses avocats conseils ! Une exigence parfaitement inacceptable pour Olivier Bancoult. Que cache une telle attitude ? « La rencontre aura lieu en présence de mon avocat, ou elle n’aura pas lieu. Je ne peux accepter pareille humiliation ».

Pour le CSCR, le 12 septembre 2016
Georges Gauvin, président
Alain Dreneau, secrétaire


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