Droits humains

Crise migratoire : l’UE tente de répondre à l’urgence

Un milliard d’euros pour les réfugiés

@celinetabou / 25 septembre 2015

Le sommet extraordinaire sur la crise migratoire qui a eu lieu mercredi à Bruxelles a abouti à la mise en œuvre de plusieurs mesures visant d’une part à renforcer les frontières extérieures de l’UE, et d’autre part, à mener une campagne d’aide humanitaire auprès de leurs voisins, afin de freiner le flux de migrants.

JPEG - 52.8 ko
Réfugiés sur l’île grecque de Lesvos. (photo Louisa Gouliamaki/IRIN)

A Bruxelles, les Etats membres de l’UE sont parvenus à s’accorder sur la “relocalisation” de 120.000 réfugiés en deux ans. Ces derniers viennent prioritairement d’Italie et de Grèce, où seront installés les “hotspots” annoncés par la Commission.
L’entente n’aura pas été complète, la République tchèque, la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie sont les plus récalcitrants, en votant contre la décision prise à la « majorité qualifiée ». Malgré ce refus, ils devront recevoir plusieurs milliers de personnes sur leur sol de manière permanente.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a dénoncé mercredi « l’impérialisme moral » que tente selon lui d’imposer la chancelière allemande, Angela Merkel, au reste de l’Europe. Cette dernière plaide depuis plusieurs semaines pour des quotas contraignants et permanents. Le Premier ministre slovaque Robert Fico a dénoncé un “diktat” de certains pays, et annoncé qu’il allait saisir la Cour de justice de l’UE pour faire annuler la décision.

1 milliard prévu pour les réfugiés syriens

À la sortie de cette réunion de six heures, le président du Conseil européen Donald Tusk a annoncé qu’ « au moins 1 milliard d’euros supplémentaires seront mobilisés pour aider les réfugiés » dans les pays voisins de la Syrie. Ces fonds devraient aller au Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) et au Programme alimentaire mondial (PAM), qui avait réduit son action dans les camps, faute de financements, provoquant le départ de nombreux réfugiés vers l’Europe.
Selon des sources européennes citées par l’Agence France Presse, cette enveloppe correspond à l’addition de 500 millions d’euros proposés par la Commission européenne, des crédits appartenant au budget de l’UE, et des sommes que les Etats membres sont appelés à verser en complément.
La France a annoncé qu’elle allait s’engager à hauteur de « 100 millions d’euros sur deux ans », tandis que le Premier ministre britannique David Cameron a prévu 136 millions d’euros. Pour le président français, François Hollande, « ces moyens vont aller précisément dans les camps de réfugiés pour que ces femmes, ces hommes, ces familles puissent vivre dignement »
Dans une lettre adressée aux membres du Conseil européen, Donald Tusk avait indiqué que « le Programme alimentaire mondial a besoin de fonds pour fournir de la nourriture à 11 millions de personnes en Syrie et dans la région. Il a déjà considérablement réduit l’aide alimentaire apportée aux réfugiés ».
Raison pour laquelle, il a « lancé un appel à chacun d’entre vous : n’attendez pas notre prochaine réunion pour faire des dons au Programme alimentaire mondial, en coordination avec l’ECHO ».
Un écho entendu tant bien que mal, car les dirigeants européens ont convenu d’apporter davantage d’aides au Liban, à la Jordanie et à la Turquie, qui accueillent des centaines de réfugiés quotidiennement. Ces derniers tiennent ainsi à freiner le flux vers l’Europe.

Mise en place de “hotspots”

Les dirigeants européens ont conforté le programme d’action présenté par la Commission européenne. Cette dernière souhaite la mise en place de “hotspots”, centres d’accueil et d’enregistrement des migrants, qui devront être « opérationnels rapidement en Italie et en Grèce », soit d’ici la fin novembre.
Il faut « assurer que ceux qui arrivent en Europe sont rapidement enregistrés, que leurs empreintes digitales sont prises, et qu’on puisse faire une sélection rapide entre ceux qui restent et ceux qui ne peuvent rester », a expliqué Frans Timmermans, vice-président de la Commission. Ces centres existent déjà mais la Commission européenne veut que leur fonctionnement soit supervisé par elle-même et qu’elle réponde à ces critères.
Ces structures doivent être assurées par les pays de première entrée dans l’Union, en vertu de la convention de Genève et du règlement de Dublin. Face au débordement de la Grèce et de l’Italie, l’UE a adopté deux plans de relocalisation. Ainsi, 160.000 demandeurs d’asile seront transférés dans les autres pays de l’UE, qui traiteront leurs demandes. Seuls les Syriens, Irakiens et Erythréens auront de grandes chances d’être relocalisés.
Mais pour cela, les “hotspots” devront sélectionner et identifier les candidats éligibles et ceux qui n’ont aucune chance d’obtenir l’asile, les migrants économiques. Ces derniers ne peuvent justifier d’un besoin de protection internationale pour cause de guerre, persécution, etc.
Les dirigeants européens veulent également améliorer l’efficacité de leur « politique de retour » des migrants économiques illégaux. 39 % des personnes déboutées de leur demande d’asile sont effectivement expulsées. C’est pourquoi, ils souhaitent engagée des négociations avec des pays africains pour des accords de réadmission afin qu’ils reprennent leurs ressortissants.
Dans une démarche de contrôle, la Commission a réitéré sa volonté de mettre en place « un corps de garde-côtes et garde-frontières européens », dont le sujet devrait être débattu avant la fin de l’année.


Kanalreunion.com