Droits humains

Dominique Versini : « S’unir est la seule solution pour construire un monde juste et durable »

Célébration réunionnaise de la Journée Mondiale du Refus de la Misère

Témoignages.re / 22 octobre 2015

Samedi dernier, le 17 octobre, sur le parvis des droits de l’Homme à Champ-Fleuri (Saint-Denis), le Mouvement ATD Quart Monde de La Réunion, présidé par Dominique Versini, a organisé la traditionnelle célébration réunionnaise de la Journée Mondiale du Refus de la Misère. Nous publions ci-après l’allocution d’ouverture de cet événement, prononcée par Dominique Versini.

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Dominique Versini, président du Mouvement ATD Quart Monde de La Réunion.

Chères familles et amis issus des quartiers de toute l’île, Mesdames et messieurs les représentants des institutions civiles, politiques et religieuses ainsi que des associations, vous tous qui êtes ici sur le parvis des droits de l’homme, en ce jour pour affirmer votre refus de la misère, merci de votre présence.

Je voudrais tout d’abord rendre hommage à toutes les personnes qui, à chaque instant de leur existence, mènent un combat éprouvant où rien n’est gagné d’avance et où leurs droits sont très souvent bafoués. La misère ne se vit pas, vous le savez, que parce que l’on est dans l’incapacité de pouvoir faire face aux besoins cruciaux alimentaires, mais parce que certains des droits fondamentaux sont bafoués, comme le droit au logement, au travail, à l’éducation, à la culture, à la santé. Je voudrais rendre hommage à tous les absents, à ceux qui ne sont pas là aujourd’hui et qui ne pourront peut-être jamais être là, qui luttent encore et encore, qui sont écrasés qui n’existent pas pour les autres, qui sont exclus et s’excluent eux-mêmes à cause du regard des autres.

Combien de personnes doivent s’éclairer à la bougie, doivent aller chercher l’eau à la fontaine publique quand elle existe encore ? Combien de nos jeunes n’ont qu’un avenir de contrats précaires quand ils peuvent les décrocher ? Combien de parents sont dans la douleur, du fait de leur famille éclatée, car les enfants ont été placés par un système basé sur des règles et non sur les personnes.
Je voudrais aussi rendre hommage à ceux qui luttent avec eux, que ce soit dans une ONG, une association locale, une institution publique ou bien seuls, comme cette maman qui crie à l’injustice de voir d’autres mamans souffrir pour leurs enfants faute d’eau dans le quartier.

Avenir durable. Mais de quel avenir parle-t-on ? Pour qui ? Pour ces personnes qui sont, à partir du milieu du mois, pour les plus chanceux, sans plus aucune ressource, à devoir développer des trésors d’imagination et faire jouer la solidarité intra-familiale ou dans le quartier en attendant le versement des prochaines prestations ? Sans parler de tous ceux qui vivent dans le chemin en ayant juste une adresse dans une association pour pouvoir toucher le RSA.

Le durable, tel qu’on l’entend, a une connotation trop technologique ou environnementale et pas assez sociale. L’humanité avance à grand pas pour beaucoup d’aspects technologiques mais pour ce qui est de sa dignité ; chacun est témoin de l’inertie dans laquelle nous vivons.
Nous tous qui sommes ici, avons-nous conscience de la vie que certains mènent quotidiennement ? Connaissons nous réellement l’ampleur et la gravité des conditions de vie des plus pauvres, des laissés pour compte ?

Nous allons entendre des témoignages de vie au cours de cette cérémonie. Croyez-vous qu’ils soient différents ? Bien sur, dans les événements de chaque vie cela diffère ; mais toutes ces personnes vivent les mêmes humiliations, les mêmes découragements, les mêmes refus, le même mépris, la même exclusion. Savez-vous ce qu’est être exclu et méprisé ? Je ne le souhaite à personne. Et pourtant, combien de personnes vivent chaque jour ces épreuves.

Mais si vous êtes ici, c’est que vous croyez en chaque personne, en sa capacité à vouloir que le monde change, à croire que tous ont un avenir. Des actions sont entreprises, des associations s’organisent, des lois sont votées ou vont l’être, comme la loi sur la discrimination. Tout cela est bien mais les choses avancent doucement, vraiment trop doucement, ce n’est pas suffisant. Je crois qu’il revient à chacun de se tourner vers l’autre, de changer de regard, de changer d’attitude.
Pour construire l’avenir, je voudrais vous proposer deux choses concrètes.
La première, à titre individuel : là où vous êtes dans votre quartier, osez aller vers les plus pauvres et simplement de dire bonjour. Soyez aux côtés de ceux qui sont exclus afin qu’ils ne le soient plus. Mieux encore, ayez l’audace de dénoncer les injustices. De leur dire qu’ils sont importants à vos yeux, qu’ils peuvent compter sur votre soutien, et ils vous regarderont d’un autre œil.

Pour la deuxième, je m’adresse aux institutions, associations et à chacun de vous. Je voudrais vous proposer de faire en sorte que cette journée soit davantage source d’espérance pour l’humanité. Il existe un comité international du 17 octobre. Si vous pensez que de créer un même comité au niveau de notre île serait utile pour éradiquer la discrimination, l’exclusion et la misère, pour redonner la dignité à l’Homme, unissons nos forces dans ce sens.

Le Mouvement ATD Quart Monde est et sera toujours avec les plus pauvres pour leur avenir mais c’est avec vous tous que nous pouvons donner un visage humain à cette société.
S’unir est la seule solution pour construire un monde juste et durable, car ce sont les personnes vivant dans le plus extrême dénuement qui nous montrent ce chemin de solidarité, de courage et d’espérance. Je vous remercie de votre attention.


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