Droits humains

Éducation nationale : les Réunionnais encore et toujours discriminés

Geoffroy Géraud-Legros / 17 juillet 2010

Un peu plus de 6 mois après le CIOM, les autorités locales et nationales ne montrent aucune volonté d’appliquer les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy. Au contraire, tout porte à croire que le pouvoir laisse la situation se dégrader.

Il y a un an à peine, le syndicat étudiant UNEF révélait le recrutement dans l’Hexagone d’un nombre excédentaire de professeurs des écoles. Une situation insupportable, alors que le nombre des effectifs offert au concours à La Réunion est notoirement maintenu à un niveau très bas, faisant du recrutement des maîtres à La Réunion le plus concurrentiel de la République. En parallèle, malgré une discrétion certaine des faiseurs d’opinions, des constats émergeaient des travaux institutionnels tenus dans le sillage des États généraux de l’Outremer (EGOM). De manière quelque peu surréaliste, on put lire dans le rapport du Sénat les propos du rapporteur UMP Éric Doligé, rappelant que pour 1.000 emplois ouverts chaque année dans l’Éducation, 900 échappaient aux Réunionnais. Pour y remédier, le sénateur du Loiret allait jusqu’à envisager l’organisation d’examens en langue créole !

Le CIOM demeure lettre morte

Les États généraux de l’Outremer étaient supposés trouver un débouché via les décisions du Conseil interministériel de l’Outremer (CIOM). Celles-ci furent rendues publiques par Nicolas Sarkozy le 6 novembre 2009, devant un parterre fourni de représentants des Outremers. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le chef de l’État ne fut pas avare de promesses et d’engagements.
On se souvient encore du tableau ironique et un brin cruel qu’il dressait alors de la sous-représentation "caricaturale" des ultramarins dans leurs pays. Son discours ne fut guère plus tendre pour la rigidité les principes de la mobilité, le chef de l’État faisant mine de tenir pour évidente la nécessité de leur adaptation aux conditions spécifiques de l’Outremer.
D’avoir été prononcées sous les ors élyséens n’a pas donné plus de pouvoir à ces « grandes » décisions : un an après, rien n’a été fait. Un constat établi par Gilles Leperlier, président de l’Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion (AJFER), en pointe sur ces dossiers depuis plusieurs années.

« Nouvelles menaces »

« On ne voit aucune évolution », déclare-t-il. À l’inverse, la mastérisation fait peser de nouvelles menaces, avec la perspective d’une obligation des stagiaires de devoir se rendre dans l’Hexagone pour effectuer leur stage. En parallèle, l’affaire du collectif profs 974 et le traitement négatif qu’elle a reçu montrent bien ce que valent les promesses dont on a abreuvé la jeunesse, qui a pourtant joué le jeu du projet. Dans la manière de faire, on ne voit aucun changement : une fois de plus, on ressent du côté du Rectorat une volonté de cacher les chiffres réels des affectations… exactement comme c’était le cas l’an dernier. Dans ces conditions, nous allons nous mobiliser, et l’on peut compter sur nous pour être en pointe à la rentrée ».

Les injustices progressent

Une tendance à l’aggravation des problèmes dont témoignent aussi les organisations syndicales.
Ainsi, le SNES attirait récemment l’attention sur les restrictions apportées aux capacités de stage à La Réunion, pour les nouveaux titulaires des concours de l’Éducation nationale. Le syndicat enseignant émet de sérieux doutes quant à la volonté réelle de l’Administration de changer la donne dans ce domaine... et fait émerger le constat d’un statu quo caricatural : « qu’aucune capacité n’est prévue en Créole » révélait le 1er juillet dernier un communiqué de cette organisation, « alors que c’est la seule possibilité d’affectation pour les lauréats de La Réunion » ; en revanche, « il est prévu d’affecter un stagiaire d’Italien alors qu’il n’y a aucun besoin ».
D’autre part, la même organisation évoquait le sort de 10 professeurs, soumis à un véritable arbitraire de la part du ministère. Ceux-ci, précise le syndicat, « avaient été avertis par le Rectorat via la direction générale des Ressources Humaines à Paris qu’ils avaient obtenu, pour la rentrée prochaine, une affectation provisoire à La Réunion », pour « rester proches de leur conjoint (…) et de leurs enfants ». Ce qui n’a pas empêché « un contre-ordre de dernière minute », bloquant les affectations provisoires au cabinet de Luc Chatel, où on a purement et simplement « refusé de signer leurs arrêtés d’affectation ». Ces enseignants, rappelle le SNES, « avaient tous déjà une affectation provisoire à La Réunion au moins depuis un an, deux ans pour la plupart et même 6 ans pour l’un d’entre eux ». Une décision prise alors que l’une des enseignantes est sur le point d’accoucher.
Laxisme, cynisme, incompétence, blocages bureaucratiques, ou… volonté de pourrissement ? Tout indique en tous cas que les pouvoirs publics n’ont aucune intention de mettre en actes les promesses peu coûteuses formulées au sommet de l’État…

Geoffroy Géraud-Legros


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