Droits humains

« Éliminer la pauvreté »

Les revendications de la Marche mondiale des femmes

Témoignages.re / 4 mars 2013

À l’approche du 8 mars, traditionnelle Journée internationale des femmes, "Témoignages" a consacré samedi dernier toute une page à la "Déclaration de la Marche mondiale des femmes". Cet appel à la mobilisation lancé par le Secrétariat international de la Marche mondiale des femmes (1) est suivi par un texte des revendications pour la défense des droits des femmes. Nous publions une première partie de ce texte ci-après, avec des inter-titres de "Témoignages". Il préconise avant tout « la mise en place par tous les États d’une loi-cadre et de stratégies visant l’élimination de la pauvreté ».

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Au cœur des luttes, les femmes . (photo d’archives)

« Une loi cadre est une loi "parapluie", de portée générale, qui donne une orientation globale, affirme des principes et établit des objectifs. Cette loi-cadre doit être prise en compte pour inspirer d’autres lois qu’un gouvernement voudra promulguer sur le même sujet, en l’occurrence l’élimination de la pauvreté.

L’appellation "loi-cadre" peut varier selon les pays. En Amérique latine par exemple, on utilise "agenda national".

Autonomie économique et sociale

Cette loi-cadre doit inclure des mesures pour garantir l’autonomie économique et sociale des femmes à travers l’exercice de leurs droits. Elle doit prévoir l’adoption de législations, de programmes, de plans d’action, de projets nationaux propres à assurer aux femmes, sans discrimination, les droits et l’accès :

Aux ressources de base.

À l’eau potable ;

À la production et la distribution de la nourriture pour assurer une sécurité alimentaire à la population.

Au logement décent.

Aux services de santé de première ligne et de santé reproductive.

À la protection sociale.

À la sécurité du revenu tout au long de la vie.

À la culture.

À la fin du processus d’homogénéisation des cultures.

À la citoyenneté.

À la reconnaissance de la citoyenneté par l’accès aux documents officiels (carte d’identité).

À la participation égale des femmes aux instances politiques.

Aux ressources naturelles et économiques.

À la propriété de biens familiaux et à la répartition équitable de l’héritage.

Au crédit.

Aux ressources en éducation.

À l’alphabétisation.

À la formation professionnelle.

Aux connaissances scientifiques et technologiques.

À l’égalité au travail.

À l’équité et à l’égalité salariales aux plans national et international.

Au salaire social minimum.

À la protection statutaire pour les travailleuses à la maison et dans les secteurs informels de l’économie.

À la syndicalisation et à la liberté d’association.

À des postes de décision.

Au respect des normes du travail (dans tous les lieux de travail y compris les zones franches) telles qu’adoptées par le Bureau International du Travail.

À l’égalité dans le partage des tâches ».

(1) Secrétariat international de la Marche mondiale des femmes 
Rua Ministro Costa e Silva, 36 Pinheiros São Paulo SP Brésil - Code postal : 05417-080 
Tel. +55 11 3032-3243 • Fax : +55 11 3032-3239 • info@marchemondiale.org • Voir en ligne : www.marchemondialedesfemmes.org

Les tâches des États

« Les États doivent promouvoir, par des mesures incitatives, le partage des responsabilités familiales (éducation et soin des enfants, tâches domestiques) et adopter des mesures concrètes de soutien aux familles telles que des garderies adaptées aux horaires de travail des parents, des cuisines communautaires, des programmes de soutien aux devoirs et leçons, etc.

Les États doivent donc prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre un terme aux valeurs patriarcales et sensibiliser la société à l’importance de démocratiser les structures familiales.

Les femmes revendiquent aussi que cesse la marchandisation de leur corps via les médias pour répondre aux besoins du marché. Elles insistent enfin pour que les États et les organisations internationales soient tenus de prendre des mesures pour contrer et prévenir la corruption ».
Des indicateurs sur les comportements des États

« Tous les actes, toutes les lois, tous les règlements, toutes les positions des États nationaux seront évalués à la lumière d’indicateurs comme :

• l’Indicateur de la pauvreté humaine (PH), proposé dans le Rapport mondial sur le développement humain de 1997 ;

• l’Indice de développement humain, proposé par le Programme des Nations Unies pour le développement ;

• l’Indicateur sexospécifique de développement humain (incluant un indicateur de représentation des femmes dans les postes de pouvoir), proposé dans le Rapport mondial sur le développement humain de 1995 ;

• la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail concernant les droits des peuples autochtones ».
Des mesures urgentes

« Nous demandons l’application urgente de mesures comme :

• La taxe Tobin ; les revenus de cette taxe seront versés dans un fonds spécial :

·dédié au développement social ;

·géré démocratiquement par l’ensemble de la communauté internationale ;

·selon des critères de respect des droits humains fondamentaux et de démocratie ;

·avec une représentation paritaire des femmes et des hommes ;

·auquel les femmes auront un accès prioritaire.

• L’investissement de 0,7% du produit national brut (PNB) des pays riches dans l’aide aux pays en voie de développement ;

• Le financement adéquat et la démocratisation des programmes des Nations Unies essentiels à la défense des droits fondamentaux des femmes et des enfants tels UNIFEM (Programme pour les femmes), le PNUD (Programme pour le développement) et UNICEF (Programme pour les enfants) ;

• La fin des programmes d’ajustements structurels.

• La fin des compressions et coupures dans les budgets sociaux et les services publics.

• Le rejet du projet d’Accord multilatéral sur les investissements (AMI).

• L’annulation de la dette de tous les pays du tiers-monde en tenant compte des principes de responsabilité, de transparence de l’information et d’imputabilité.

Nous exigeons l’annulation immédiate de la dette des pays les plus pauvres de la planète, en appui aux objectifs de la campagne "Jubilé 2000".

À plus long terme, nous demandons l’annulation de la dette de tous les pays du tiers-monde et la mise en place d’un mécanisme de surveillance de la radiation de la dette qui veillera à ce que l’argent dégagé serve à l’élimination de la pauvreté et au bien-être de la population la plus affectée par les programmes d’ajustements structurels, dont les femmes et les enfants (particulièrement les petites filles) constituent la majorité.

• L’application de la formule 20/20 entre pays donateurs et pays récepteurs de l’aide internationale. Ainsi, 20 % de l’argent versé par les pays donateurs doit être dédié au développement social et 20 % des dépenses de l’État qui reçoit des dons doit être consacré aux programmes sociaux.

• Une organisation politique mondiale, non monolithique, ayant autorité sur l’économie, avec une représentativité égalitaire et démocratique entre tous les pays de la terre (s’assurer d’une parité entre pays pauvres et pays riches) et avec une représentativité paritaire entre les femmes et les hommes ».


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