Droits humains

Entre espoir et désespoir

Ses femmes qui vivent dans la rue

Témoignages.re / 18 juillet 2012

Nul ne pourrait penser que Cathy, Josie et Géraldine sont des personnes sans domicile fixe (SDF) ! Pourtant si. Etablir le contact avec ses femmes — et ses hommes — a demandé du temps. Cette raison suffit à la discrétion quant au lieu où elles dorment notamment. En pleine discussion, on les a rencontrées hier matin autour d’un café.

• Cathy : mère de famille

Penser au présent

C’est une jeune mère de famille. Aujourd’hui avec son compagnon, ils ont, entre leurs mains, les clefs de leur logement. Pourtant, il lui arrive encore de dormir dans un coin de quartier et de rentrer tard dans la nuit. « Vous savez lorsque l’on a vécu dans la rue, on perd ses repères. Au plus profond de moi, je souhaitais retrouver une case. Sauf qu’après deux ans et demi, j’ai encore du mal à m’y faire », raisonne-t-elle.

Elle s’accroche à la vie. Cet enfant, fruit de leur amour, la motive. « Nous faisons tout notre possible pour lui apporter une bonne éducation », affirme-t-elle. Être père et mère dans leur situation, cela ne s’improvise pas. « Nous avons le soutien d’un psychologue », confie-t-elle. « Avec lui nous menons, une thérapie de couple. Nous nous sommes responsabilisés, retrouvés et aimés », explique-t-elle.

Une nouvelle vie

Leurs ami(e)s de rue resteront leurs amis. Ils les rencontrent toujours. « Nou boi in kou ansamb », dit-elle. Avec l’alcool, le couple a mis de la distance. « Un verre de temps à autre », jure-t-elle. Il y va de la santé de chacun et de l’ambiance familiale. S’il y a un détonateur de disputes dans certaines circonstances, c’est bien l’alcool ¬¬— pas à 90 degrés. Surtout, ils comptent donner d’autres naissances.

On peut le dire : du jour au lendemain, elle s’est retrouvée hors du domicile familial. Suite à une énième dispute et des reproches à profusion, elle s’enferme dans sa chambre, attend le sommeil de ses parents. Entre temps dans un petit sac, elle met carte d’identité et papiers utiles. Elle prévient une amie. L’occasion propice, elle s’enfuit par la fenêtre pour la rejoindre. Chez elle, elle séjourne quelque temps.

C’est là qu’elle rencontre son compagnon… qui vit dans la rue.

• Josie : la plus âgée

Vivre, déjà un challenge

Elle est la plus âgée des trois. Son visage est marqué d’une plaie. Elle résulte d’une bagarre un soir « avec un mec », se souvient-elle. Et ce pour « une histoire de ladi lafé ». Cette rue, Josie n’est pas prête à la quitter. Elle s’y sent comme chez elle. Sous « un porche », elle dort seulement la nuit venue : pas avant 2 heures/3 heures du matin.

La journée, elle flâne et boit de bar en bar. A midi, « moin lé pété », dit-elle. « Apré mi dor dan in koin », continue-t-elle. Aussitôt réveiller, l’après-midi et la soirée s’annoncent, comme elles ont commencé, autour d’un verre et même « din ti join ». De cette situation, elle porte de nombreuses cicatrices apparentes et non apparentes.

Son monde s’écroule

Comme vous le savez, vivre dans la rue n’est pas sans risque. Outre les bagarres et disputes régulières, il n’est pas rare de se faire tabasser. Josie en sait quelque chose. Elle se rappelle, un soir elle rentrait chez elle — façon de parler —, un groupe de jeunes la roue de coups et vole sa monnaie. Un passant alerte aux pompiers. Il la croit morte.

Comment se sortir de cette douloureuse vie ? Elle ne le sait. Tantôt, elle désespère. Tantôt, elle reprend confiance. Avant d’être dans la rue, elle travaillait, menait une vie de couple épanouie, se baladait, aimait la lecture, le ciné, les concerts. Elle était heureuse. Des projets de maisons, voyages... pullulaient avec « mon chéri ». Soudain, tout bascule.

Suite à une rupture, elle a vu son monde s’écrouler.

• Géraldine : la plus jeune

S’accrocher et encore s’accrocher

Elle est la plus jeune. Sur les circonstances qui l’ont amenée à se retrouver SDF, on ne saura rien — c’est son droit. En revanche, elle fait part de son quotidien. « Avec un groupe d’amis, dont des filles, nous dormons dans une case abandonnée », confie-t-elle.

Mine de rien, il règne une bonne ambiance et « nous nous respectons les uns les autres », assure-t-elle. La journée, « j’aborde des personnes pour leur demander quelques euros. Ils nous servent à acheter des cuisses de poulet, des conserves, du pain », précise Géraldine. Dans le squatt, la compagnie a aménagé un coin-cuisine.

Une vie normale ?

Pour avoir « de l’argent », il lui arrive « de faire autre chose ». Selon elle, sa vie est « bousillée ». « Qui voudrait de moi ? » se demande-t-elle. Son rêve est de mener une « vie normale » avec « un petit ami, une maison, travailler et peut-être des enfants ». Souvent, elle se réfugie, réfléchit à son avenir.

Récemment, elle a décidé de rencontrer une assistante sociale. Elle lui a conseillé de se rendre dans un premier temps dans un centre d’hébergement. Dans un second, de se reposer, se faire accompagner et prendre du recul. Et dans un troisième, d’effectuer des marches en vue de trouver un studio.

Ce challenge, elle se dit « prête à le relever » comme à reprendre « mes études ».

Ces femmes sont braves et courageuses. Malgré les vicissitudes de la vie, elles pensent qu’un autre présent est possible. C’est pourquoi on les encourage à aller de l’avant.

JFN


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