Droits humains

Etat d’urgence renforcé

Nouveau recul des libertés annoncé aujourd’hui en Conseil des ministres

Manuel Marchal / 19 juillet 2016

La tragédie de Nice a été le fait d’une personne isolée qui était passée entre les mailles du dispositif policier exceptionnel qui n’a cessé de se renforcer depuis l’attentat de Charlie Hebdo en passant par les attaques de Paris. Le Premier ministre annonce comme réponse de nouvelles restrictions des libertés avec la présentation aujourd’hui d’un projet de loi prolongeant l’état d’urgence et augmentant encore le pouvoir de l’administration. Mais aucune mesure n’est prévue pour s’attaquer aux causes de la crise.

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Depuis 8 mois, les policiers doivent assurer des missions supplémentaires. Cette situation va durer trois mois de plus.

Aujourd’hui en Conseil des ministres, le Premier ministre doit présenter un projet de loi prolongeant de trois mois l’état d’urgence. Ces grandes lignes ont été déclinées hier lors d’une rencontre entre Manuel Valls, les présidents du Sénat, de l’Assemblée nationale, des groupes et commissions parlementaires, et les membres du gouvernement. Le texte donne de nouvelles prérogatives à l’administration. Outre les perquisitions sans autorisation d’un juge à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, le Premier ministre a annoncé hier qu’il sera possible de saisir et d’accéder aux informations stockées sur un ordinateur ou un téléphone. Cette disposition avait jusqu’alors été censurée par le Conseil constitutionnel. Manuel Valls a indiqué que le nouveau projet a été rédigé de façon à ce que cette institution ne trouve rien à redire en matière de respect de la vie privée.

Appel de 12.000 réservistes

Le gouvernement suit la même stratégie annoncée le 16 novembre dernier par François Hollande. Devant le Congrès des députés et des sénateurs, le président de la République avait lancé le Pacte de sécurité, c’est-à-dire de nouveaux moyens pour la police, la justice et l’armée. En effet, outre la prolongation de l’état d’urgence, le Premier ministre a indiqué hier que les 10.000 militaires supplémentaires déployés dans les villes françaises à l’occasion de l’Euro 2016 de football resteront mobilisés. À cela s’ajoutera la recours à 12.000 réservistes supplémentaires dans la gendarmerie et la police. Ce choix va donc entraîné des dépenses nouvelles dans le budget de l’État. Il reste à savoir comment les conséquences de cet effort supplémentaire sera réparti. Autrement dit, d’autres actions de l’État verront-elles leurs moyens diminuer ?

Les guerres continuent

Parallèlement, l’implication de la France dans les guerres au Moyen-Orient, en Libye et dans le Sahel ne faiblira pas. Aucune inflexion n’est donc à relever dans la politique du gouvernement. Cela signifie que l’examen de la loi Travail va se poursuivre dans un contexte de renforcement des pouvoirs de répression.

Le terrorisme est un phénomène global qui ne touche pas seulement la France. D’autres pays paient en effet un prix beaucoup plus lourd. L’attentat de Bagdad qui a fait plus de 200 morts au début du mois est là pour le rappeler, ainsi que les souffrances subies par notamment les peuples d’Irak, de Syrie et de Libye qui vivent dans l’insécurité permanente depuis des années. Elles sont à l’origine de l’exode de millions de personnes qui cherchent ensuite à se rendre en Europe. Il est clair que les gouvernements occidentaux portent une lourde responsabilité dans les drames qui se déroulent autour et sur la Méditerranée. Sans les guerres lancées par George Bush et Tony Blair en 2003 en Irak, ainsi que par Nicolas Sarkozy en 2011 en Libye, la situation ne serait pas celle qui prévaut actuellement. Mais dans sa communication d’hier, le Premier ministre n’annonce pas l’implication de la France dans une initiative visant à rechercher la paix dans ces régions du monde. Par ailleurs, il ne montre pas non plus une volonté de s’attaquer à la pauvreté et aux inégalités, deux phénomènes d’une rare violence qui sont le terreau du désespoir.

« Le risque zéro n’existe pas »

Face à l’émotion légitime suscitée par un acte ignoble que rien ne peut justifier, le gouvernement agit sur le levier de la sécurité pour répondre aux peurs. Pourtant, même le recul des libertés permit par l’état d’urgence n’a pas empêché que la France subisse un attentat meurtrier le 14 juillet à Nice. D’ailleurs, le Premier ministre l’a rappelé hier : « le risque zéro n’existe pas ». D’autres leviers existent pourtant pour réduire ce risque, ils se trouvent dans les politiques sociales et extérieures de la France. Mais les orientations annoncées hier par Manuel Valls montrent que l’état d’urgence sociale passe au second plan. Quelles seront les conséquences pour La Réunion ?


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