Droits humains

Femmes au coeur des luttes à La Réunion

8 mars : journée internationale des droits des femmes

Melkali / 8 mars 2017

À La Réunion, le 8 mars donne un coup de projecteur sur l’implication décisive des femmes dans la lutte pour le respect des droits des Réunionnais. C’est en effet dans la bataille pour les droits sociaux que se trouve l’origine du mouvement des femmes à La Réunion.

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Fidèles à l’héritage de leurs aînées, les femmes réunionnaises sont en première ligne dans les luttes sociales.

C’est aujourd’hui le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes. Comme tous les ans, des ateliers de danse, maquillage, zumba fleurissent, des expositions çà et là, quelques conférences mais surtout le mot féminisme décliné partout et par tous. C’est un féminisme développé à l’aune du féminisme européen. Même si on ne peut qu’être pour la défense des droits des femmes, de la libre disposition de leur corps, de la liberté de choisir leur sexualité, il nous faut cependant réfléchir à ce qu’est pour nous Réunionnaises, le 8 mars.

Paul Vergès disait souvent que « dans la case d’un chômeur, il y a quelqu’un qui souffre encore plus la femme du chômeur ».

Et dans notre pays où le chômage atteint des sommets hors norme, on peut imaginer la souffrance de la majorité des femmes dans notre pays. Comme le souligne une étude de l’INSEE publiée hier, elles sont plus durement touchées par le chômage que les hommes. Cette inégalité à l’emploi est particulièrement accentuée parmi les personnes n’ayant pas de diplôme. Aux inégalités entre Réunionnais s’ajoute celles entre Réunionnaises et Réunionnais. Cela rappelle qu’à La Réunion, la lutte des femmes s’inscrit dans un mouvement global pour changer la société.

L’histoire rappelle que dans notre île, les femmes ne se sont pas soumises à un destin de misère et ont participé à tous les combats.

Rassemblement contre le statut colonial

Sans remonter aux combats de nos aïeules esclaves qui ont pratiqué l’avortement volontaire pour priver le maître « de nouveaux outils », toujours les femmes réunionnaises étaient en première ligne dans la lutte.

Elles ont combattu contre la misère, pour la sécurité sociale, pour la santé. Elles ont ainsi eu un rôle décisif dans la bataille menée par le rassemblement des Réunionnais contre le statut colonial. Les photos des meetings du CRADS montrent qu’elles étaient très nombreuses à s’impliquer dans la lutte du mouvement dirigé par le Docteur Raymond Vergès.

Puis face à la persistance de la grande pauvreté malgré la départementalisation, elles furent les premières à se structurer en organisation réunionnaise. La section de l’Union des femmes de France est devenue le 14 septembre 1958 l’Union des femmes de La Réunion. C’était une conséquence d’une analyse de la situation spécifique de notre pays et de décisions pour prendre en compte les problèmes des femmes de La Réunion.

Lutte contre la misère

« Le soir je n’ai qu’un peu de riz pour mes enfants et je crois que je deviens folle avec cette misère », écrivait une mère de famille de cinq enfants à Témoignages quelques jours avant ce congrès fondateur. « Je dois 5 mois de loyer (10.000 francs), je ne travaille pas, car partout où je me présnte on préfère une personne logée, or je ne peux pas à cause de mes enfants et j’aimerais mieux une matinée ou une journée de travail. Je ne perçois pas d’allocations familiales bien entendu ; je percevais un secours maximum de 3000 francs par mois, mais on vient de me le réduire à 1000 francs. Là-dessus il faut nourrir une famille de 5 enfants. Je cours toute la journée pour trouver du travail, laissant les plus petits de mes enfants à la garde de l’aînée de 12 ans. Le soir je rentre et je pleure, car je ne peux donner qu’un peu d’eau et une poignée de riz à mes enfants (riz que veut bien me donner le commerçant chinois). Je ne sais plus quoi faire et je sens que je deviens folle ».

Une autre femme déclarait : « J’ai ma fille qui passe en 4e. Je suis sans soutien, mon mari étant à l’hôpital depuis 2 mois et devant être amputé d’une jambe. Les effets classiques que je dois acheter pour ma fille s’élèvent à 3640 francs ». et une troisième de souligner : « On a beau essayer de réduire les dépenses au minimum, on arrive pas à joindre les deux bouts. Et encore j’ai de la chance, mon mari travaille. Je suis adhérente de l’Union des femmes françaises. J’approuve tout ce que vous faites, car il n’est plus possible de continuer à vivre ainsi. Je vous appuyerai dans vos démarches pour l’augmentation des salaires et des allocations familiales et pour la gratuité des livres scolaires ».

Lutter pour les enfants

Autour de sa présidente Isnelle Amelin, et d’une direction composée notamment d’Alice Peverelly, Augusta Letoullec, Marie Gamelle, Aliette Gauvin, Odette Mofy et Laurence Vergès, l’UFR a aussi mené le combat pour un juste salaire pour les nénénes, les bonnes, ces personnes qui étaient à la merci d’employeurs.

C’était également la lutte pour la reconnaissance des enfants de La Réunion. Des enfants bons pour l’armée française mais considérés comme des non français à leur naissance puisque n’ayant pas droit aux allocations familiales mais au seul triste argent carnet, distribué par Monsieur le Maire.

Pas d’allocations familiales pour ces « négresses », ces « autochtones analphabètes » et « pondeuses invétérées ». Souvenons-nous de cette publicité où la femme réunionnaise représentée par un kangourou femelle ayant dans sa poche ventrale deux petits et un troisième à ses côtés qui criait : « Assez ». C’était l’époque où des milliers de Réunionnaises étaient victimes d’avortements et de stérilisations forcées.

Les gouvernements se succédaient et ne cessaient de mépriser les Réunionnaises surtout à travers ce qui leur est plus cher : leurs enfants.

C’est cela le 8 mars.

Melkali


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