Droits humains

Grèce : sept mythes sur les réfugiés réfutés

Un travailleur humanitaire contre les idées reçues

Témoignages.re / 15 octobre 2015

Fotini Rantsiou, un travailleur humanitaire grec actuellement en congé d’OCHA, l’organe de coordination de l’aide d’urgence des Nations Unies, a travaillé deux mois en tant que bénévole sur l’île de Lesbos.

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Photo : Fotini Rantsiou/IRIN

La crise européenne des réfugiés disparaît peu à peu de la Une des médias, mais selon les derniers chiffres fournis par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le nombre de migrants arrivés par la mer en Grèce a augmenté, passant d’environ 4500 par jour à la fin du mois de septembre à 7000 par jour la semaine dernière.

L’île grecque de Lesbos a reçu 220000 personnes depuis le début de l’année, soit 40 pour cent des 575000 réfugiés et migrants qui ont atteint l’Europe en 2015.

Au cours des deux mois passés sur l’île de Lesbos, j’ai rencontré des centaines de réfugiés, des responsables locaux et des membres de la communauté, et il est devenu évident qu’un certain nombre d’idées largement répandues – et régulièrement reprises par les médias – sur les réfugiés qui arrivent ici sont basées sur les observations de journalistes étrangers et de bénévoles qui ne passent souvent que quelques jours sur l’île.

Ce texte aborde quelques-uns des mythes les plus répandus et révèle la vérité sur les réfugiés.

Mythe #1 : tous les réfugiés qui arrivent en Grèce viennent de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan

Si la majorité des migrants qui arrivent en Grèce sont originaires de Syrie et d’Afghanistan, il y a aussi beaucoup de Palestiniens (qui vivaient en Syrie), de Pakistanais, d’Algériens, de Marocains, de Yéménites et un nombre moins élevé de Soudanais, de Somaliens, de Camerounais, de Nigérians, de Sri-Lankais et de Bangladais. Conscients que la priorité est souvent donnée aux Syriens, bon nombre d’arabophones essayent de se faire passer pour des réfugiés syriens ; c’est le cas de nombreux Irakiens. À leur arrivée en Grèce, certains Iraniens se présentent comme des Afghans, dans l’espoir de recevoir un traitement plus favorable. Lors du processus d’enregistrement initial, qui a lieu sur les îles grecques, les fausses déclarations relatives à la nationalité peuvent passer inaperçues, mais il y a peu de chances qu’elles résistent à un examen minutieux une fois que les réfugiés atteignent les pays du nord de l’Europe et essayent d’obtenir l’asile.

Mythe #2 : si on augmentait l’aide humanitaire apportée aux pays voisins de la Syrie, le nombre de Syriens arrivant en Grèce diminuerait

L’idée selon laquelle une augmentation de l’aide humanitaire contribuera à maintenir les Syriens dans la région s’inscrit dans une logique pratique pour les pays comme le Royaume-Uni, qui préfèrerait augmenter le montant de ses contributions pour l’aide humanitaire plutôt que d’accueillir un nombre plus important de réfugiés, et pour les organisations d’aide humanitaire qui tentent de financer leurs interventions au Moyen-Orient, mais elle est fausse à plusieurs titres. Tout d’abord, les Syriens réfugiés en Jordanie, au Liban, en Turquie et en Irak qui dépendent de l’aide humanitaire internationale sont les plus pauvres. Ensuite, la majorité des nouveaux arrivants indiquent qu’ils ont quitté la Syrie et l’Irak il y a moins d’un mois, après avoir vendu toutes leurs possessions ou avoir reçu de l’argent envoyé par de la famille installée à l’étranger. La majorité des migrants qui arrivent en Grèce appartiennent à la classe moyenne et sont venus directement de Syrie.

Mythe #3 : tous les Syriens et tous les Irakiens fuient l’EIIL (prétendu Etat islamique)

Les Syriens fuient les combats qui font rage à travers tout le pays, et notamment dans les régions encore contrôlées par le gouvernement. La majorité d’entre eux disent qu’ils rentreront chez eux dès la fin de la guerre, mais pour l’instant, ils ne voient pas d’autres solutions que de venir en Europe où leurs enfants peuvent aller à l’école et où ils peuvent exercer leur métier tout en jouissant d’une certaine qualité de vie. Les Syriens qui vivent dans des zones plus stables ont, eux aussi, pris la décision de partir, car ils craignent l’avenir, ils sont confrontés à des pénuries en matière de services (notamment des services d’eau et d’électricité dans de nombreuses villes et communes) et ils ont des proches en Europe.

Bon nombre d’Irakiens viennent de Bagdad, qui est encore sous le contrôle du gouvernement, et bon nombre de réfugiés ont quitté Mossoul avant et après la chute de la ville aux mains de l’EIIL, et ont franchi la frontière turque à pied.

Mythe #4 : tous les hommes célibataires qui quittent la Syrie veulent échapper au service militaire obligatoire

Bon nombre de jeunes Syriens souhaitent échapper à la conscription dans l’armée syrienne, mais cela n’est pas la seule raison de leur départ. Beaucoup sont étudiants et souhaitent finir leurs études en Europe, car ils ne peuvent pas le faire en Syrie. Il y a également des jeunes actifs et des artistes qui ont essayé de vivre en Syrie ces quatre dernières années, mais qui ne pouvaient plus gagner leur vie finalement.

Mythe #5 : les Afghans, la deuxième nationalité la plus représentée parmi les migrants qui arrivent en Grèce, fuient les conflits qui secouent leur pays

Suite aux entretiens réalisés auprès de nombreux réfugiés afghans et de leurs interprètes à Lesbos, il apparait clairement que la grande majorité des Afghans arrivés en Grèce appartiennent à la minorité ethnique des Hazaras, longtemps persécutée en Afghanistan. Depuis plusieurs années, ils vivent en tant que réfugiés en Iran et certains sont nés sur place. Après des années de discrimination en Iran, ils profitent de la route qui s’est ouverte pour rejoindre le nord de l’Europe en passant par la Turquie et la Grèce. Il est difficile de dire comment leurs demandes d’asile seront traitées et si leur vulnérabilité en Iran sera reconnue et sera suffisante pour qu’ils obtiennent le statut de réfugiés.

Mythe #6 : ce sont surtout les bénévoles étrangers qui gèrent la réception des nouveaux arrivants

Un certain nombre de bénévoles sont venus en Grèce pour combiner vacances et aide ; ils se sont joints aux étrangers qui vivent sur les îles et contribuent aux efforts d’urgence. Ce phénomène a été largement couvert par les médias européens, ce qui a donné l’impression que les lacunes dans l’aide fournie aux réfugiés par le gouvernement et la lenteur initiale de la réponse des organisations non gouvernementales (ONG) étaient comblées par les seuls bénévoles étrangers. En fait, les bénévoles grecs et les résidents des îles ont été et sont les premiers intervenants. Par exemple, les pêcheurs repèrent souvent des canots à la dérive ou qui menacent de couler, et ils ramènent les réfugiés à terre ou alertent les gardes côtes.

Mythe #7 : l’impact économique sur les îles est négatif

C’est un fait : cet été, les touristes de l’île de Kos se sont plaints de voir des réfugiés arriver sur les plages où ils bronzaient. Il est aussi vrai qu’un certain nombre de croisières ont été annulées et que l’impact a été négatif pour le tourisme sur l’île de Mytilène où des milliers de réfugiés dormaient dehors, sans toilettes adéquates. Mais les réfugiés ont aussi stimulé l’activité des nombreux hôtels, taxis, magasins et restaurants de l’île. Les plus entreprenants ont fait des stocks de tentes, de matelas et de sacs de couchage, et ont proposé des dispositifs pour recharger les téléphones. Il ne reste plus qu’à réaliser une évaluation approfondie de l’impact économique global sur les îles.

Source : IRIN

Voir en ligne : http://www.irinnews.org/fr/report/1...


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