Droits humains

Immigration clandestine : l’impasse de l’Union Européenne

Plus de 110.000 personnes arrivées clandestinement le mois dernier dans l’Union européenne.

@celinetabou / 24 août 2015

En mai 2015, l’Union européenne s’était émue du décès de plusieurs centaines de migrants le large des côtes libyennes. Quatre mois plus tard, près de 4.400 personnes viennent d’être repêchées de ces mêmes côtes.

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Plus de 110.000 personnes sont arrivées clandestinement le mois dernier dans l’Union européenne. (Photo Alfredo D’Amato/UNHCR)

La Macédoine de son côté a décidé de laisser les migrants entrer, car les autorités sont débordées par l’afflux de Syriens. En Italie, l’armée a secouru plus de 5000 personnes à bord d’une vingtaine d’embarcations samedi 22 août au large de la Libye.

La Macédoine dépassée par l’afflux

Plus de 5.000 migrants sont entrés dimanche 23 août en Serbie, pour se rendre vers l’Europe de l’Ouest, après la tentative des forces de l’ordre macédoniennes de les empêcher de pénétrer en Macédoine. Débordée par un afflux de réfugiés, essentiellement syriens, venus de Grèce, la Macédoine a mis des trains et des autocars à disposition pour les acheminer vers le nord.
Durant plusieurs jours, le pays a connu le chaos. Les forces de sécurité macédoniennes ont fermé la frontière sud et ont eu recours aux grenades assourdissantes et aux gaz lacrymogènes pour tenter de les empêcher d’entrer.
Des milliers de personnes se sont rendues dans le centre d’accueil pour migrants à la frontière de la Serbie avec la Macédoine, à Presevo, dans le Sud. Le gouvernement macédonien avait décrété l’état d’urgence jeudi 20 et ordonné la fermeture de sa frontière sud aux migrants, qui arrivent au rythme 2.000 par jour.
Des migrants venant d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie ont d’ailleurs formé de longues files d’attente en vue d’obtenir des documents légalisant leur traversée de la Serbie. À partir de ce pays, ils tenteront de passer à pied en Hongrie et d’accéder à l’espace Schengen de l’Union européenne.
En Grèce, un ferry est entré dimanche matin dans le port du Pirée, tout près d’Athènes, dans lequel près de 2.500 migrants sont arrivés des îles grecques. Le ferry est reparti deux heures plus tard pour en chercher d’autres dans les îles voisines. La Macédoine accuse d’Athènes d’acheminer les migrants en trop grand nombre à la frontière, provoquant des drames sur son territoire.

Les forces italiennes répondent à un SOS

Une vaste opération a été lancée samedi 22 août, en vue de répondre au SOS émis par une vingtaine d’embarcations au large des côtes libyennes. A l’arrivée, la marine italienne a porté secours à 4.400 migrants qui naviguaient à bord de canots gonflables et d’embarcations bondées. Un navire norvégien et un navire irlandais sont également intervenus dans le cadre de l’opération européenne de sauvetage Triton.
En 24 heures, plus de 5.000 personnes ont été secourues, il s’agit là de l’un des chiffres les plus élevés de ces dernières années. Le 30 mai dernier, près de 4.200 migrants avaient été secourus en Méditerranée en une seule journée. Et près de 110.000 migrants sont arrivés clandestinement le mois dernier sur le territoire de l’Union européenne, selon les chiffres communiqués mardi par Frontex, organisme de l’UE responsable de la coordination des activités des garde frontières.
Aucun décès n’a été signalé parmi les migrants acheminés vers les ports du sud de l’Italie. Mais depuis le début l’année, près de 2.300 personnes ont péri en Méditerranée, selon l’Organisation internationale pour la migration.
D’après les témoignages recueillis par la police, ils avaient dû payer 2.000 euros auprès de passeurs pour le trajet de l’Égypte vers l’Italie, pour une embarcation, dix fois plus remplie que ses capacités ne le permettaient. De nombreux migrants ont été découverts confinés dans la cale, ils devaient payer davantage aux passeurs pour pouvoir sortir prendre l’air.
Après avoir pris en charge financièrement et techniquement les précédentes opérations de surveillance et de sauvetage des eaux, l’Italie avait appelé à la solidarité européenne pour résoudre le problème de la migration clandestine en Europe.
Mais ce récent évènement a poussé les autorités italiennes à de nouveau tirer la sonnette d’alarme. « Je suis très inquiet. Aujourd’hui, c’est sur cette question que l’Europe soit redécouvrira son âme soit la perdra pour de bon », a déclaré le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, dans une interview publiée par le quotidien romain Il Messaggero.

L’Europe est dépassée

La Grèce et l’Italie sont les pays les plus exposés à l’afflux massif de migrants. Avant l’arrivée de samedi, les autorités macédoniennes avaient enregistré l’entrée dans le pays depuis le 19 juin de 42.000 migrants, dont plus de 7.000 enfants.
Pour le journal serbe Politika, « par son égoïsme, l’UE est en train de créer à sa périphérie une zone tampon, de peur d’être submergée par les immigrés illégaux, par la terreur extrémiste et par une culture qu’elle croit difficilement adaptable aux valeurs européennes ».
Une charge acerbe face à l’immobilisme de Bruxelles, qui connait « la plus grande crise migratoire depuis la Deuxième Guerre mondiale », dévoilant, selon le journal serbe, « que les principes de la tolérance, de la liberté et des Droits de l’homme ne valent que pour l’Europe. Celle-ci refuse de les appliquer aux migrants, exilés et réfugiés, les trois noms qu’on donne aux gens malheureux qui fuient les théâtres des guerres moyen-orientaux ».
Rapidement après les catastrophes de mai, les dirigeants européens avaient assuré leur volonté d’agir. Le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, avait affirmé que les dirigeants européens ne pouvaient pas « continuer comme cela, nous ne pouvons accepter que des centaines de personnes meurent en essayant de traverser la mer pour venir en Europe ».
Pour cela, la Commission européenne avait lancé un plan en 10 points, mais il relevait plus de l’intention que d’une réelle volonté des Etats de mettre en place des mesures de prévention, d’aide et de soutien des migrants ainsi que l’arrestation des passeurs et la coopération internationale avec les pays d’origine des migrants.


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