Droits humains

"Journée d’animation au profit de la solidarité avec les sans abris"

Dimanche 30 août au Port

Jean Fabrice Nativel / 25 août 2009

Toute la journée de dimanche prochain, le Comité des chômeurs et des mal-logés du Port associé au restaurant "Zembrokal des Îles" et l’artiste musicien Dédé Fourez vous invitent à une animation solidarité pour les sans abris au Centre Cœur saignant au Port.

Vous organisez en fin de semaine une animation pour les personnes démunies dont les personnes sans domicile fixe du Port. Dîtes-nous en un peu plus sur cette initiative.

- C’est une idée de l’auteur, compositeur et chanteur Dédé Fourez, que l’on connaît pour ses mélodies salsa. Lui a vécu dans la rue deux années durant, alors qu’il vivait en France loin de La Réunion. La situation des personnes démunies l’affecte, d’où sa préoccupation quant à leur devenir. Leur offrir un moment convivialité autour d’un repas et d’une animation musicale colorée est la moindre des choses que l’on pouvait initier.

De quelle manière peut-on s’associer à cette action ?

- En participant ! Je m’explique. On peut faire des dons de vêtements et denrées non périssables. Comme vous le savez, nombre de familles réunionnaises connaissent de grandes difficultés financières. Une autre façon de se joindre à cette action et les prochaines est votre bénévolat.

Selon-vous, la pauvreté à La Réunion gagne-t-elle du terrain ?

- Énormément. Il suffit de s’intéresser aux chiffres de l’Insee quant au taux de surendettement, il croît. La vie est chère. Avant — au siècle dernier —, un paquet de brède coûtait 3 francs tandis qu’aujourd’hui, 1 euro. Avec 100 francs, je revenais d’une enseigne les sachets remplis, je ne pouvais les porter seule. De nos jours, avec 15 euros, qu’achète-t-on ? D’une manière générale, je constate que les produits de base ont considérablement augmenté sauf que les salaires, non. Conséquence, dès le 15 du mois, des personnes — qui pourtant travaillent — viennent nous demander une aide alimentaire.

Que pouvez-vous nous dire sur notre mode de consommation ?

- Il a évolué. On mangeait auparavant des produits de la cour. Avant, on mangeait du saumon, foie gras et camarons à l’occasion des fêtes, tandis qu’aujourd’hui, tous les jours de l’année. On ne se préoccupe pas des conditions dans lesquelles sont pêchés les camarons où les personnes sont exploitées.

Quels ont les partenaires de cette action fraternelle ?

- Se sont associés à ce rendez-vous la Mairie du Port, le restaurant Zembrokal des Îles, Dédé Fourez, des commerçants et entreprises du Port, que l’on remercie.

Contact Maryse Dache : 0262.43.42.68


"De plus fortes inégalités à La Réunion"

« Les inégalités monétaires ont toujours été plus prononcées à La Réunion qu’en France. Cette plus forte disparité est confirmée par les indicateurs tels que l’indice Gini ou le rapport d’interdécile. En 2006, les 10% des individus les plus riches de la population ont un niveau de vie cinq fois supérieur au 10% les plus modestes à La Réunion. Pour la France, ce rapport est de 3,6. Par rapport à 2001, les indicateurs mettent en évidence une accentuation des inégalités monétaires dans l’île. Celle-ci s’explique par une évolution différenciée des niveaux de vie, les hausses ayant essentiellement profité aux plus aisés » (1) - page 8.


"L’âge et la situation de famille"

« Les personnes de moins de 30 ans ont un niveau de vie inférieur à l’ensemble de la population (735 euros par mois). En effet, l’entrée dans la vie active s’accompagne de revenus plus faibles que la moyenne. Les jeunes doivent faire face aux difficultés d’insertion et ont des salaires moins élevés pour le premier emploi. Les 30-39 ans ont un niveau de vie médian plus élevé (880 euros par mois). Pour ces individus, les revenus s’accroissent avec l’ancienneté et bénéficient surtout de peu de charges familiales. À l’inverse, entre 40 et 49 ans, le niveau de vie baisse. Pour la moitié d’entre eux, il est inférieur à 745 euros par mois, les enfants les plus nombreux et plus âgés représentent une charge qui grève le niveau de vie de ces ménages. Le foyer se vidant au fur et à mesure et le patrimoine familial grandissant, les 50-64 ans voient leur niveau de vie médian croître davantage. Les 65 ans ou plus bénéficiant de petites retraites perdent en niveau de vie » (1) -pages 9-10.


"Le risque de pauvreté s’accroît pour les moins de 20 ans"

« Près de deux tiers des pauvres vivent dans des familles avec enfants (couples avec enfants et familles monoparentales). De ce fait, la population pauvre est constituée en grande partie d’enfants. Plus du quart vivent dans des familles en couple de trois enfants ou plus et 22% dans des ménages complexes. Au total, la population pauvre est composée de jeunes à 42% de moins de 20 ans, alors que ceux-ci ne représentent que 33% de la population » (1) (page 13).

(1) Revue économie de La Réunion n°134 - avril 2009 : N° Spécial diagnostic de la pauvreté à La Réunion "Mieux mesurer pour mieux agir".


Une personne SDF ?

Des personnes SDF (1) peuvent être « des migrants déboutés du droit d’asile ou en demande de papiers (donc interdits de travail), des travailleurs précaires, des expulsés, des errants de longue durée, des chômeurs en attente de HLM, des jeunes sans famille et sans RMI, des femmes battues parties de chez elles, des femmes mariées de force en cavale, des personnes toxicomanes, des anciens détenus, des fous sans asile, des seniors sans maison de retraite… »

Les raisons de cette situation (1) : « la perte de leur conjoint, l’impossibilité de payer le loyer, l’expulsion. L’événement déclencheur du sans-abrisme peut être une rupture familiale ou conjugale, une perte d’emploi qui implique une diminution des revenus… Mais l’errance ne frappe pas au hasard, la majorité de ces personnes étaient déjà en situation précaire auparavant, vis-à-vis du marché du travail, de l’histoire familiale… : la plupart se recrutent dans les classes populaires ; 4 sur 10 ne possèdent aucun diplôme. À un milieu d’origine modeste s’ajoute une enfance souvent difficile : placement, décès d’un proche, mauvais traitements, incarcération, addiction… Plus généralement, ce qui caractérise les personnes SDF est sans doute un cumul des handicaps : réseau familial faible, impossibilité de travailler (invalidité, manque de papier) ou précarité de l’emploi (CDD à répétition)… »

Les femmes à la rue (1) : « D’après la fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abris, 35% des femmes SDF européennes se sont jetées à la rue pour fuir un conjoint violent. En France, selon une enquête menée par les services sociaux de Seine-Saint-Denis, environ 10% des femmes momentanément sans domicile déclarent se séparer d’un compagnon frappeur. Plus souvent violentées que les hommes, mais aussi plus souvent au chômage et en contrats précaires, moins bien payées, plus souvent pauvres…, elles connaissent un risque plus grand que les hommes de se retrouver en situation de grande précarité ».

(1) Entretien de Katia Rouff avec Véronique Mougin, journaliste et auteur "Les SDF" Édition le Cavalier Bleu (2005), "Femme en galère" enquête sur celles qui vivent avec moins de 600 euros par mois, Édition La Martinière (2005). www.lien-social.com


Stop à la violence

Une “lame” de violence vient de secouer le Sud. Récemment, il a été proposé de créer un Observatoire de la violence au quotidien — terme totalement négatif — et pourquoi pas un Observatoire du copinage. Le cœur du problème est bien de guérir de la violence et non pas de réaliser une énième enquête et encore moins de faire usage de « y a qu’à… ». Quand on parle de violence, attention de ne pas stigmatiser l’homme comme seul auteur de maltraitances. Le problème est bien plus complexe. En lui-même, le bourreau cache une victime. C’est pourquoi il est nécessaire de faire appel à des professionnels de l’accompagnement de la personne, de plusieurs disciplines dont l’art thérapie, le photo-langage… Une des conditions pour cette aide, c’est que le professionnel soit en paix avec lui-même, en phase avec la réalité réunionnaise et le respect.

J.-F. N.


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